Botswana, coucher de soleil sur l’Okavango © Marie-Ange Ostré

Botswana, au coucher du soleil sur l’Okavango… Vous, je ne sais pas, mais moi j’aime de temps en temps me réserver de petits moments seule au cours des voyages que j’effectue en groupe, avec les équipes de tournage. J’ai besoin parfois de m’asseoir à l’écart, pour pouvoir réfléchir, pour pouvoir admirer en toute sérénité, pour simplement goûter le moment et absorber le fait que j’ai de la chance de vivre tout cela même s’il s’agit de travail avant tout. J’ai besoin de moments de contemplation.

Coucher de soleil sur l’Okavango

Parfois cette solitude survient d’elle-même, au gré des conditions de tournage. Comme par exemple ce soir-là, au Botswana, sur le delta de l’Okavango…

Pierre Stine, notre réalisateur, souhaitait filmer une interview par l’Homme au coucher du soleil dans le marais. Pour ce faire, nous empruntons une barque à moteur mise à disposition par un Botswanais ainsi que deux pirogues pilotées par des locaux souriants : une pour l’Homme et son invité, l’autre pour le réalisateur et son ingénieur du son. Concrètement, pas de place pour moi ! Mais plutôt que rester au camp de base à ne rien faire, je choisis de les accompagner malgré tout et de rester dans la barque à moteur en attendant qu’ils en terminent.

Pierre Stine et Francis Le Guen sur le delta de l’Okavango

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que le soleil se coucherait si lentement et que le réalisateur aurait les plus grandes difficultés à filmer cette interview : au gré des mouvements, même légers, du piroguier, la caméra oscille et le plan est à refaire. D’autre part, il faut réussir à faire en sorte que les deux pirogues restent alignées à égale distance tout au long de l’interview en dehors des herbes hautes qui ne permettent pas forcément aux deux piroguiers de suivre le même chemin… Sans compter le soleil qui se joue des nuages au ras de l’horizon… Bref, à faire et refaire, le temps passe et les pirogues s’éloignent chaque fois davantage dans le marais. Petit à petit, les hommes disparaissent de mon champs de vision et les voix s’estompent.

Coucher de soleil au Botswana

Assise dans le fond de la barque qui nous a servi à véhiculer les quatre personnes et le matériel, je reste seule avec le pilote qui mâchonne une herbe folle, le regard fixé au loin. J’essaie d’engager la conversation mais l’homme ne parle pas un mot d’anglais et le botswanais n’entre pas dans les quatre langues de mon répertoire. De plus, visiblement il n’a pas envie de bavarder outre mesure. Je reste calme un moment, écoutant de toutes mes oreilles les sons environnants et petit à petit je deviens de plus en plus consciente du souffle répété des hippopotames et des « ploufs » qui indiquent qu’un animal vient de quitter une berge pour se glisser dans l’eau. A la tombée de la nuit, dans l’éclat des dernières volutes rose et or du soleil africain, l’atmosphère devient vite pesante, presque inquiétante…

Je sors mon dictaphone numérique pour enregistrer le souffle de l’Afrique. Les chants d’oiseaux s’éteignent, celui des grenouilles accompagne le croassement de quelques derniers échassiers qui rejoignent leur nid à l’abri des prédateurs, les herbes se froissent et les autres cris et hurlements des singes se mêlent aux parfums de la nuit qui prend ses aises en douceur.

Coucher de soleil sur le delta de l’Okavango

J’admire le paysage si serein, si trompeur, et je prends quelques dernières photos en testant quelques réglages inédits pour multiplier les effets. Je suis encore en test du Canon 400D et je le découvre un peu chaque jour. Et je patiente, mon regard volant d’une rive proche sur laquelle je devine une présence jusqu’à une trentaine de mètres devant nous quand j’entends un petit plongeon dans l’eau. C’est alors le jeu des devinettes : « qu’est-ce ? un gnou ? un oiseau inoffensif ? un félin en quête de pitance ? un croco aux aguets ?…« . Je suis quasi seule, au milieu de nulle part, sur l’un des plus grands marais du monde, au coeur de l’Afrique, avec des dizaines de bestioles que je ne vois pas, à proximité immédiate. Et l’imagination s’envole…

Une heure passe… Plus le voile sombre de la nuit s’étend sur l’Okavango, plus le tournage tire en longueur, plus je sens de l’hostilité autour de nous ! Je me demande si notre équipe n’a pas rencontré quelque problème : dans le marais, un hippo mal disposé, et c’est une pirogue qui se retourne ! Un croco curieux, et c’est l’autre pirogue qui bascule. De nuit, tout peut se produire très vite, et je me fais rapidement quelques noeuds au cerveau. Les circonstances, l’épaisseur de la nuit, les sons environnants alimentent mes scenarii catastrophe et j’ai beau tenter de nouveau d’entrer en communication avec mon pilote, il sourit vaguement et se détourne pour marquer son intention de ne pas faire d’autre effort. Il attend, je dois en faire autant. En comptant sur son expérience du milieu et ne pas trop m’en faire.

C’est au bout de deux heures que je vais enfin entendre les premiers sons de voix masculines que j’identifie avec bonheur : notre réalisateur, suivi de notre animateur. Je n’étais pas anxieuse, mais presque inquiète. Les entendre rire, même sans les voir, même de très loin, me rassure et m’incite à me moquer de moi-même illico : je me suis fait un film (une belle fiction !), tout va bien, et les hommes ont l’air heureux. En effet, lorsqu’ils rejoignent la barque, ils ont un large sourire et Pierre et Francis se félicitent mutuellement des images splendides qui feront, vous l’avez vu depuis, l’une des plus belles séquences de L’Or Bleu Sous les Sables, notre film sur l’Afrique australe.

Un très beau souvenir, un coucher de soleil unique en son genre, à l’autre bout du monde et pourtant dans le même fuseau horaire. Et j’ai fait quelques belles photos. Un moment de solitude que je n’ai pas su apprécier cette fois, et je me serais aisément passé de la dernière heure…

 

Mon lodge sous tente au Botswana… Abu Camp, Mon reportage sur Abu Camp
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