Botswana, éléphant sauvage prêt à charger © Marie-Ange Ostré

Dernier jour de tournage au Botswana : l’équipe terrestre tourne les séquences d’illustration de son côté pendant que l’équipe sous-marine filme les « raccords » nécessaires aux séquences subaquatiques. Levés dès 05:30, vers 10:00 il fait tellement chaud que j’ai presque un malaise alors que je photographie en macro depuis 30 minutes une belle libellule qui s’obstine à butiner ailleurs chaque fois que je déclenche…

Assise en tailleur sur une langue de sable farineux, entre deux rives de joncs inondées, le soleil m’écrase de ses 40° et je joue à cache-cache avec cette demoiselle aux ailes de dentelle qui minaude avant de revenir chaque fois à quelques centimètres de mon objectif, mais jamais au même endroit…

Libellule de l’Okavango, Botswana
Lorsque je me relève, un vertige me saisit, je suffoque un peu, et je me réfugie dans l’ombre du 4×4 garé à une vingtaine de mètres pendant que le caméraman sous-marin et l’Homme se perdent entre les tiges des nénuphars, sous le regard attentif des 9 hippopotames qui rôdent à cinquante mètres et dans l’inquiétude du croco que nous avons vu plonger au même endroit il y a deux jours… Un garde armé scrute la surface et les berges…

Il faudra plusieurs heures pour enregistrer les séquences satisfaisantes, dans une eau troublée par les dépôts des dernières pluies, quelques semaines auparavant, et surtout les allers et retours des éléphants que nous avons filmés là. L’embourbement de notre véhicule dans le marais, puis un pique-nique agréable, deux nouvelles heures de 4×4 sur une piste cahotante dans la savane, croisant autruches, zèbres et girafes, puis nous rentrons au camp déposer notre assistant sous-marin qui doit commencer à emballer tout le matériel de prise de vue puisque nous quittons l’Afrique demain matin. Et puis il a saturé son PC hier avec les toutes dernières photos qu’il a prises, c’est vrai qu’il y a tellement à voir ici !…

Nous repartons à trois, l’Homme, René Heuzey et moi pour un dernier plaisir de tournage, avec la satisfaction du travail accompli : le tournage est bel et bien terminé, et notre guide nous promet une belle promenade au coucher du soleil pour voir les hippos dans une mare située à une heure de voiture. Sereins après une belle journée de travail, nous nous emplissons voluptueusement les poumons de ces senteurs d’herbes sèches, ces vapeurs d’air brûlant chargées d’odeurs de bêtes fauves, de bouse d’éléphants et d’acacias en fleurs. Nous laissons pour la dernière fois le soleil caresser notre peau déjà brûlée par ses rayons trop ardents, violence atténuée par la brise du soir qui s’ébauche.

Phacochère du Botswana, Okavango

Nous croisons un troupeau de zèbres le long de la piste d’atterrissage, ils nous regardent comme des vaches regardent les trains en Normandie… Puis deux phacochères broutent les touffes d’herbes vertes dans le sable (photo ci-dessus), peu soucieux de notre véhicule, leur barbichette rousse frémissant au rythme de leur machouillage. Nous entrons dans une vaste plaine d’herbe jaunie par cette fin de saison sèche et ralentissons devant une dizaine de gnous bleus, curieux de notre présence mais restant malgré tout à bonne distance. Notre guide s’arrête alors devant une famille d’antilopes graciles aux oreilles dressées et au museau humide que l’on a envie de caresser. René filme, déformation professionnelle mais archives personnelles. L’Homme et moi faisons crépiter les appareils photos, chacun son objectif, chacun ses réglages par rapport à la distance, à la lumière qui baisse, au mouvement des animaux qui se déplacent…

Comme nous voulons absolument photographier nos mammifères massifs, nous pressons Mattamo de nous conduire à la mare aux hippos. Il quitte la piste et coupe à travers la plaine bordée de touffes éparses de palmiers et épineux mis en valeur par des raies de lumière dessinant de sublimes effets de couleurs chatoyantes et chaleureuses. Nous ne savons où regarder dans ce désir intense de profiter de notre chance exceptionnelle, de goûter scrupuleusement chaque dernier instant de notre voyage fabuleux au coeur de cette Afrique enchanteresse. Nous nous sourions tous les trois, conscients de ces instants partagés, en dehors de toute scorie du monde extérieur…

Savane de l’Okavango, Botswana

Puis Mattamo freine sèchement au détour d’un bosquet : la silhouette mastodonte d’un éléphant gigantesque est a demi cachée par les arbres qu’il est en train de fouiller pour choisir les meilleures feuilles, faisant craquer les branches avec des sons sinistres évoquant un soir de tempête dans une forêt sombre.

Notre guide arrête le moteur pour nous permettre d’admirer la puissance de cet animal qu’il nous confirme être « sauvage » (c’est-à-dire non habitué à la présence des hommes) et qu’il nous annonce être le plus gros de la région (ci-dessous). Et gros, il l’est ! Nous sommes stationnés à une vingtaine de mètres et René cadre l’éléphant dans son viseur tandis que l’Homme et moi changeons d’objectif en vitesse : il s’agit de prendre les photos avant que le géant ne disparaisse, comme l’ont fait tous les éléphants sauvages que nous avons croisé depuis 4 semaines.

Eléphant sauvage du Botswana, Okavango

Mais celui-ci n’est pas comme les autres… Il n’apprécie pas notre intrusion au beau milieu de son festin !

Et il nous le fait savoir : il s’agite un peu d’avant en arrière, se balance sur ses énormes pattes et sort de son bosquet en avançant vers nous de sa démarche chaloupée. Notre guide toujours souriant nous dit en anglais « don’t move…« , ce qui n’est pas pour nous rassurer. Immobiles sur nos sièges, les bras le long du corps, nous déclenchons tout de même frénétiquement pour profiter de l’aubaine qui nous est donnée de photographier un si beau specimen à moins de quinze mètres de distance, et René élargit son cadre pour filmer l’environnement de l’animal.

Puis tout s’accélère en moins de trois secondes : l’éléphant pousse un barrissement à faire frémir et s’avance vers nous en agitant ses larges oreilles et en dressant ses défenses d’ivoire en avant (photo ci-dessous), une procédure classique d’intimidation qui a l’avantage de parfaitement fonctionner puisque cette fois nous n’en menons pas large ! Toujours relax mais attentif, Mattamo le sourire aux lèvres, répète « don’t move, don’t move…« . Et nous ne bougeons plus d’un poil, seuls nos yeux évaluent la puissance de la bête et la petitesse de notre véhicule ! L’éléphant s’arrête une seconde à 12 mètres du 4×4 puis s’élance vers nous au pas de course, lançant toute sa masse volumineuse en faisant trembler le sol sous ses pas !!!

Eléphant sauvage du Botswana, Okavango

Derrière moi j’entends l’Homme murmurer : « p… on est bons !« , et même si je déclenche instinctivement j’ai à peine le temps d’enregistrer cette réflexion mentalement que notre guide lance son moteur et envoie, sans embrayer, quelques coups d’accélérateurs bien bruyants. Ce qui a le don de stopper la course de l’éléphant… à 4 mètres de notre voiture !!!…

Il danse alors d’une patte sur l’autre, agite ses oreilles tout en balançant sa trompe en l’air, notre moteur rugit une nouvelle fois et l’éléphant recule enfin d’un pas hésitant, puis de deux, puis trois…

Lorsqu’il s’est éloigné d’une dizaine de pas, Mattamo coupe le moteur et nous regarde les uns après les autres : nous sommes tous figés par la surprise et la frayeur ! René souffle : « p…, vous avez photographié la charge ? moi j’ai bougé et je l’ai raté ! » avec son célèbre accent marseillais. L’Homme répond « je sais pas, faut que je vérifie… » encore étourdi par la soudaineté de l’action. Quant à moi, je ne peux dire un mot : j’ai le coeur qui bat dans la gorge et j’ai une bouffée de chaleur !…

Mattamo éclate de rire et nous demande : « you were scared ?« , ça l’amuse mais cet homme, comme tous les Botswanais, est si gentil que nous savons que ce n’est pas méprisant. Il nous explique qu’il savait que l’éléphant n’était qu’en phase d’intimidation et précise : « si ses oreilles avaient été plaquées contre son dos, il aurait été vraiment dangereux et j’espère que j’aurais pu démarrer pour filer plus vite que lui ! Mais là, il agitait ses oreilles, donc c’était juste pour nous faire peur et nous éloigner de son territoire« . Il a beau dire, je me sens encore sous le coup de l’émotion et je lui rappelle en bredouillant que nous voulions voir les hippos et qu’il faut peut-être laisser ce mammouth tranquille dans ses branchages. Il sourit et démarre la voiture pour nous repositionner dans le bon angle face à l’éléphant et permettre à René de reprendre le film !

L’éléphant se tourne de nouveau vers nous et barrit encore une fois, comme s’il nous invectivait. Mattamo nous précise c’est le plus gros de la région, et le plus agressif. Nous faisons encore quelques photos mais maladroites puisque réflexion faite, nous préférons respecter l’intimité de notre massif compagnon. Et enfin le 4×4 s’éloigne pour laisser l’éléphant brouter ses arbres en paix !…

Je crois n’avoir jamais eu peur à ce point face à un animal ! Et je n’ai pas honte de le dire…

Si un jour vous vous trouvez en pareille situation, n’oubliez jamais l’avertissement de l’un de nos guides au cours de ce tournage : « never, ever run !!!… » Si un animal vous charge, faites-lui face et ne bougez pas d’un cil. Normalement il s’arrêtera, quelqu’il soit. Si vous lui tournez le dos pour prendre vos jambes à votre cou, il vous détectera immédiatement comme une proie, et vous n’aurez aucune chance de lui échapper, sauf peut-être en grimpant dans un arbre. Si c’est un rhino ou un hippo, choisissez un arbre assez costaud pour ne pas être déraciné. Si c’est un fauve ou un éléphant,…

En tout état de cause, si un jour vous devez courir, il vaut mieux courir vers lui, ce qui vous offrira 50 % de chances de le déstabiliser, de l’arrêter, et si votre bonne étoile est bien présente au-dessus de votre tête ce jour-là, de le faire fuir dans l’autre sens…

😉

Mon lodge sous tente au Botswana… Abu Camp, Mon reportage sur Abu Camp
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