premier voyage en AfriqueEtes-vous déjà allé(e) en Afrique ? Ce vaste continent dont on ne garde en général que deux images, celle de l’Afrique du Nord et celle de l’Afrique australe. Je n’avais jamais mis les pieds en Afrique, quelque soit sa couleur de peau, quelque soit sa religion. Je n’avais pas vraiment hâte, parce que j’ai longtemps voyagé seule et que par conséquent il y a des zones qu’on évite instinctivement. Mais vînt le jour où je ne voyageai plus seule et où l’Homme me dit un beau un matin « nous partons dans dix jours, tu vas voir ce qu’est l’Afrique avec un grand A !« . Il ne croyait pas si bien dire, ce fut l’une des grandes claques de ma vie de voyageuse. Parce qu’on ne revient pas d’Afrique totalement indemne ; elle vous marque de son sceau.

Femmes du Malawi

En ce matin de novembre 2006, je soulève le hublot timidement après avoir somnolé trois ou quatre heures sur ce vol de nuit entre Paris et Johannesburg. Nous sommes encore très haut dans le ciel mais je découvre avec gourmandise un paysage verdoyant, le grenier viticole de l’Afrique du Sud. Il est alors 5:00 du matin, heure locale, et nous atterrissons deux heures plus tard.

Ce n’est qu’une escale indispensable vers notre première destination. Le temps est couvert, il fait tout juste 15° et il nous faut une heure pour réenregistrer nos bagages sur le vol suivant. Des visions fugitives de Nelson Mandela, des mères en boubou, des jeunes femmes aux bijoux clinquants et au regard frondeur, une famille indienne avec mâle dirigeant enturbanné en escale vers où ?… Toute la faune hétéroclite d’un aéroport international dans un pays au brassage ethnique coloré. Nous aurons tout juste le temps de traverser à grandes enjambées l’espace duty-free qui me fait de l’œil et auquel je promets mentalement une exploration approfondie lors de notre retour. Et à peine le temps de réaliser que la porte d’embarquement n’est plus celle qui était annoncée à l’atterrissage, et nous courons dans l’autre sens pour ne pas rater le bus qui nous mène sur le tarmac jusqu’au pied de l’avion…

Un vol de deux heures, pendant lequel je somnole de nouveau, puis nous atterrissons enfin dans une capitale improbable, dont je n’avais encore jamais entendu prononcer le nom pourtant mélodieux : Lilongwe. Si vous me suivez depuis déjà un an, puisque je vous en ai déjà parlé, vous savez qu’il s’agit du Malawi, le quatrième pays le plus pauvre du monde. Triste record. Et ici l’aéroport est réduit à sa plus stricte expression : un guichet de change où je récupère quelques billets froissés, un bureau de douane sommaire avec des employés en short et hautes chaussettes de coton blanc malgré les 30° annoncés dans l’avion, une zone d’accueil des passagers qui n’est qu’un petit hall carrelé et très familial, une agence de location de voitures.

Notre contact, Ken MacKaye, nous accueille là, entre chariots chargés d’électroménager rapportés par les familles et sacs de vivres emballés dans des couleurs criardes aux armes de supermarchés sud-africains. Ken est Américain, établi pour moitié au Malawi et pour le reste au Nicaragua. Un mode de vie original que ce grand écart permanent entre civilisations et continents différents. Ken nous entraîne rapidement jusqu’à son pick-up et nous faisons connaissance avec sa femme, Alison, dont je vais vous reparler sous peu. Extraordinaire Alison…

Ils ont fait des emplettes à Lilongwe, pour l’arrivée de toute l’équipe que nous précédons de cinq jours, juste assez pour faire un repérage de notre côté, surtout en subaquatique pour déterminer les meilleurs sites de plongée et gagner du temps lorsque les autres nous rejoindrons. Et cinq jours ne seront pas de trop…

Le coffre du pick-up est plein à craquer et nous embarquons à l’arrière du véhicule poussiéreux et cahotant, aux suspensions fatiguées. Comme partout sous les tropiques et sur les terrains difficiles, la meilleure climatisation est offerte fenêtres grandes ouvertes. Et je prends en plein visage mes premières bouffées d’Afrique, la vraie. Celle des grands romans de début du siècle, celle des explorateurs.

Paysages et montagnes du Malawi

Deux heures trente de route nous attendent, traversant tour à tour les abords clairsemés de la capitale (ici, point de zone commerciale ou industrielle, ou à peine), puis de vastes étendues de prairie et de collines verdoyantes, voir même quelques sommets éloignés qui nous indiquent que le Malawi est divers. Puis le paysage se transforme au fur et à mesure que nous progressons vers l’Est : les flamboyants aux fleurs vermillons font place aux premiers baobabs (le gigantesque), la route goudronnée est remplacée par une piste de terre rouge, celle dont la poussière veloute les visages, celle qui laisse des traces au corps et au cœur. Les maisons de ciment s’estompent alors rapidement au profit de maisons basses en briques rouges, puis les huttes rondes en pisé au toit de paille apparaissent doucement, regroupées en petits villages ceints par des clôtures basses, les protégeant de quels prédateurs ?… J’en apprendrais davantage dans les jours à venir.

Routes et flamboyants du Malawi

Pour l’heure, j’ai le nez à la fenêtre, les yeux protégés du soleil intense par des lunettes sombres et je découvre, j’observe, j’absorbe. Tout et rien. Les petits détails comme les cartes postales. Les premiers enfants qui nous saluent joyeusement et ceux, plus timides, qui nous regardent passer avec de grandes questions plein les yeux. Les femmes portant leur bébé dans le dos, n’attendant qu’un sourire de ma part pour me renvoyer un geste d’amitié… Et les jeunes hommes regroupés autour d’un unique vélo qui tient plus de la carcasse que de celui, sophistiqué, qui supporte les efforts de l’Homme pour chaque vacances scolaires. Ils fument, rient, paressent ensemble, sur le bord de la route, à l’abri d’un acacia en fleurs ou sous la haie épaisse d’un bougainvillée rose.

Quelques chèvres sur la route ralentissent parfois notre progression, elles s’éloignent sans hâte, nullement impressionnées par notre apparition. Ce qui me laisse le temps de humer des effluves de cuisine au feu de bois, mélange évocateur de braises et d’épices. Ici, quelques femmes lavent leur linge ensemble auprès de la fontaine unique du village, d’autres l’étalent au soleil sur l’herbe de la prairie en friche d’à côté. Là, nous sommes arrêtés par des policiers qui posent quelques questions, vérifient l’immatriculation du véhicule et les papiers présentés par Ken. Ils ne nous demandent pas nos passeports ; ils traquent surtout les émigrants du Mozambique voisin et le trafic de drogue. Plus loin c’est une fabrique de sièges en bambou ou en bois de manguier qui exhale un parfum de sève fraîche. Puis les termitières aux pics élevés qui annoncent les terres arides dans lesquelles nous nous enfonçons davantage.

Paysages du lac Malawi

Nous filons vers le Cape Maclear, au Sud du lac Malawi. Le lac est frontière naturelle entre trois pays : Malawi (dont il tire son nom), Mozambique et Tanzanie. Le lac est si important au Malawi qu’il est représenté sur le drapeau national sous forme des reflets d’un lever de soleil sur le lac. Si des traces de population sur les bords du lac remontent jusqu’en 55 000 avant JC, ce sont les Portugais qui « découvrent » le pays, puis le célèbre David Livingstone qui remonte la rivière Shire au Sud pour aboutir au lac en 1859. Etablissant un protectorat sur toute la région, les Britanniques contrôlent la zone jusqu’à la proclamation de l’indépendance en 1964, sous adhésion au Commonwealth. Le Malawi est une démocratie depuis 1994 avec élection d’un Président tous les cinq ans.

Cape Maclear au Malawi

Quelques kilomètres avant d’entrer dans la presqu’île de Cape Maclear, nous gravissons péniblement la pente d’une colline d’où nous surplombons un vaste paysage avec le lac en arrière-plan. Quelques babouins traînent au bord de la route et je pressens que je vais passer quelques semaines en plein environnement sauvage, peuplé de tous ces animaux que je n’ai jamais vus qu’à l’étroit dans les zoos.

Et là, je réalise : je suis en Afrique, la grande, la fière, la belle.

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