Cap-Vert, plage de l’île de Sal © Marie-Ange Ostré

Envie de soleil, de chaleur, de douceur de vivre… Un documentaire sur les favelas de Rio, des accents de bossa nova qui succèdent à ceux d’un archipel sur mon lecteur mp3, et soudain quelques images envahissent l’écran de mes souvenirs… Courte escapade vers le Brésil et le Cap-Vert, population métissée aux hanches rondes et à l’accent chuintant, reflets d’une colonisation portugaise coulant dans les veines d’ébène d’ancêtres contraints : deux nations qui s’observent de chaque côté de l’Atlantique sur un fond de cuisine et de musique commune.

Je n’ai encore jamais mis les pieds au Portugal pourtant mes voyages m’ont entrainée par deux fois aux confins de cette langue chaleureuse particulièrement propice à la nostalgie ou au rythme endiablé qui participe au succès des carnavals. Sans parler le moindre mot de la langue de Vasco de Gama comment ne pas se laisser entrainer dans les méandres alanguies ou exaltées d’un fado ou d’une samba ?…

Avez-vous eu l’occasion d’observer des danseurs de capoeira ? Ignorant tout de cette chorégraphie élaborée je me suis un jour arrêtée, fascinée, pour suivre sur les hauteurs de San Salvador au Brésil les mouvements tranchés au sabre de ces jeunes gens appliqués à reproduire une version moderne d’une danse créée par des anciens entravés n’ayant que ce moyen d’expression pour traduire leur désarroi. On confondrait aujourd’hui danse et art martial…

Mais ma plus belle émotion sans doute l’ai-je vécue sur l’île de Sal, au Cap-Vert. Par une nuit sous une brise caressant la pierre chauffée à blanc par des heures de soleil ardent, trois hommes et une femme m’ont envoutée en me faisant découvrir les mystères d’une langue inconnue et pourtant proche. A peine si je captais quelque vague ressemblance avec le vocabulaire espagnol qui m’est plus familier, à peine si je distinguais les sonorités des instruments mettant en valeur la voix douce et rauque à la fois d’une chanteuse liane au chignon serré sur la nuque, silhouette timide agrippée au micro qui l’obligeait à faire face à un public européen venu chercher là l’oubli d’une frénésie dépensée ailleurs.

Oubliez le glamour des chanteuses au décolleté avantageux ou à la cuisse alerte et huilée. Ici, point de poudre aux yeux mais la magie d’un rythme et d’une tessiture qui lance dans le velours de la nuit étoilée les accents d’une saudade qui a fait le tour du monde grâce à Cesaria Evora. J’ignorais encore qui était la seule célébrité du Cap-Vert mais je savais avoir déjà entendu cet air-là, cousin du fado, portugais quand la nostalgie flirte avec l’espoir. La saudade vous entraine au-delà de la tristesse, elle puise le sourire au fond du spleen cher à Baudelaire, et les plaintes des instruments font frémir les plus résistants d’entre nous.

L’entendre une fois, et ne plus jamais l’oublier… Ces notes entêtantes vous entraînent au-delà de l’expression, à tel point que saudade oublie son orthographe et se lit parfois sodade. En duo ou solitaire, elle vous prend au cœur à moins que les corps ne se prennent dans une étreinte aux confins de la mélodie de l’âme et du sentiment. Il vaut mieux être deux lorsqu’elle vous happe, pour vous noyer dans un autre regard, et ne pas vous perdre en chemin. Saudade langoureuse, ou saudade dangereuse…

Saudade voluptueuse.

Vous qui rêvez déjà de votre prochain voyage, en fermant les yeux et en écoutant le  titre de Cesaria Evora que je vous propose ici sur YouTube dans sa version originale, peut-être serez-vous soudain transporté(e) sur une plage de Sal ou de Sao Vincente dans l’archipel capverdien au large du Sénégal…

Allez…

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