voyage Cambodge, photo CambodgeIl y a des photos qui demandent une mise en scène, d’autres qui se font à l’instinct. Au Cambodge il suffit d’être présent, d’avoir les yeux grands ouverts. Ce jour-là en novembre dernier je commençais à fatiguer : trop de temples sous un soleil de plomb, trop de marches à monter puis à redescendre, trop de dates, de siècles, d’histoire. Je respecte infiniment ce que d’autres appellent « les vieilles pierres », surtout lorsqu’elles sont aussi vénérables que celles de ces temples de la région d’Angkor. Mais ce midi-là, je rêvais d’une pause. J’avais besoin d’humain !

J’avais demandé à mon guide cambodgien de m’emmener dans ce temple enfoui sous les arbres, peut-être le plus photogénique d’entre eux du fait de l’enchevêtrement des pierres prisonnières sous les racines d’arbres. A coup sûr très esthétique même s’il n’est pas facile de jouer avec les sous-expositions / sur-expositions dues à l’ombre intense projetée par les ficus gigantesques et les rayons de soleil qui filtrent à travers quelques branches souvent là où vous aimeriez qu’il ne se place pas. Ce temple magique, c’est celui de Ta Prohm.

Ta Prohm fut un monastère avant d’être englouti par la végétation. Et lorsqu’il fut découvert au XIXème siècle par l’Ecole française d’Extrême-Orient les archéologues et historiens décidèrent de le laisser autant que possible dans son état « naturel » pour témoigner des travaux pharaoniques qu’il fallait mettre en oeuvre pour dégager tous ces édifices aux alentours de Angkor.

Mon guide m’a fait passer par un chemin moins utilisé par les touristes, un chemin de terre qui contourne le périmètre et l’enceinte du temple. Puis je suis passée sous une tour, dévorée par les racines. Et je l’ai suivi sur un bon kilomètre à travers la jungle cambodgienne et j’ai pensé en longeant une pièce d’eau à ces scènes de films américains qui dénoncent l’enfer vert des pays asiatiques (et bonjour les moustiques !). Enfin nous avons débouché sur une clairière, sur le côté Est de l’entrée du temple de Ta Prohm.

J’ai été tout d’abord décontenancée par le nombre de visiteurs. Je ne sais pourquoi dans une grande envolée pseudo-romantique sans doute j’avais imaginé être seule ou presque à m’aventurer jusque-là sur les ruines d’un temple somme toute… très visité.

Et tandis que je cédais à un léger découragement sur le thème du « que vais-je bien pouvoir photographier sans avoir des dizaines d’humains faisant le signe de la victoire devant chaque vieille pierre ? », j’ai perçu un léger mouvement derrière moi.

Je me suis retournée, et j’ai capté le regard de cette toute petite fille qui se balançait lentement sur une racine de fromager, cet arbre immense aux bras démesurés. Je lui ai souri. Elle en a fait autant. Je lui ai fait un clin d’oeil, elle a détourné le regard pudiquement. Avant de revenir soutenir le mien avec davantage de curiosité et de hardiesse.

Fillette du Cambodge au temple Ta Prohm

J’étais sur le point de changer d’objectif pour adapter le 10-22 mm afin de prendre un cliché très grand angle de l’enceinte du temple ; j’ai changé d’avis. J’ai gardé le 70-200mm, et j’ai fait signe à la fillette qui n’a pas réagi, glissant ses yeux sur le fourreau blanc de l’objectif puis vers mon visage de nouveau. Nullement effrayée, même pas impressionnée. Trop de touristes sur le site, sans doute avait-elle déjà vu des objectifs bien plus impressionnants.

Je l’ai cadrée une première fois, et elle a écarté une mèche de cheveux noirs de son visage. Puis elle a pris la pose… Et voici la photo.

Je la lui ai montrée sur l’écran de l’appareil-photo, elle a souri et a planté son regard dans le mien, toute joyeuse, rieuse. Et son attention a alors été distraite par un groupe de gamins sautillant non loin de là derrière des touristes allemands : « one dollar, please, one dollar« . Ils tendaient des cartes postales presque décolorées par trop de soleil, et de menus objets confectionnés avec des feuilles de palme.

Chaque fois que je regarde ce visage sur mon écran je repense à cet échange avec cette fillette aux portes du temple de Ta Prohm. 40% de la population cambodgienne a moins de 30 ans…

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