Il est un site dont Anne-Sophie Lejeune (Safari Bali) m’avait parlé neuf mois auparavant avec des étoiles plein les yeux. Elle promettait monts et merveilles d’une plongée muck-diving du côté de Gilimenuk, au Nord de Bali, en Indonésie. Je n’avais pas eu le temps de vérifier sur site, découvrant alors la célèbre épave de Tulamben avec délectation.

Oursin de feu à Bali, site de plongée de Gilimanuk

Mais en juillet dernier lorsque j’ai revu Anne-Sophie devenue maman, elle a insisté avec cette plongée et comme elle m’avait fait découvrir ma première muck-diving (de nuit !) en me montrant pléthore de petites bestioles comme je les aime, je lui ai fait confiance de nouveau ; et quand Arnaud Théry, son conjoint, m’a dit un beau matin « il paraît que j’ai deux ou trois choses à te montrer« , j’ai souri.

Il nous entraîne sur un bout de plage presque laid, sable volcanique comme il se doit, dans une large baie et nous prévient : « attention, parfois un courant peut se lever et si vous vous éloignez trop, mieux vaut avoir votre parachute de palier pour qu’on puisse vous repérer de loin« . Nous entrons dans l’eau à 24° et je grimace un peu : hier à quelques minutes de là, sur un autre site, elle était à 28° et je sens la différence… Souriez lecteur impénitent, mais passez donc une heure dans l’eau à 24° et vous verrez… Mais déjà nous voici sur une pente douce, du sable à perte de vue, dans une eau à visibilité moyenne. A priori, rien d’exceptionnel, et si je ne faisais pas confiance à ces deux fins connaisseurs des fonds balinais, j’aurais déjà envie de rebrousser chemin.

Arnaud se retourne, échange quelques signes avec ses moniteurs et ses plongeurs, compte ses ouailles, redresse une ceinture de plomb, resserre la bretelle d’un gilet puis repart tranquillement, à faible allure. Il sait où il nous emmène, et le fait sans précipitation, observant à droite puis à gauche, tel un chasseur aux aguets.

hippocampe de Bali, site de plongée de Gilimanuk

En nous orientant vers la gauche, il nous fait longer un très léger tombant, une dune de sable acier sur lequel s’accroche parfois une algue longiligne. Ses moniteurs sont restés en arrière, et déjà ils montrent quelques poissons aux autres plongeurs. Puis Arnaud se retourne et me fait signe, là !… Je m’approche, distingue une algue brune. Non, un bâton. Enfin, une brindille ou un bâton qui flotte entre deux eaux mais à 15 cm du sable. Sachant tout de même qu’Arnaud n’attirerait pas mon attention sur un débris, je m’approche encore un peu et je constate mon erreur : il s’agit d’un hippocampe, long de 20 centimètres environ, ressemblant à un syngnathe. L’animal me regarde d’un œil curieux mais continue à onduler doucement, sans fuir.

Alors Arnaud me presse l’épaule et me fait signe de le suivre sur un petit plateau sur sa gauche et je découvre un champ d’algues vertes, comme celles que l’on trouve dans les aquariums en ville. Et concomitamment, il pointe le doigt vers un très bel hippocampe ! Je suis ravie !… C’est mon premier vrai hippocampe. En fait, non, il me semble en avoir vu un gris ailleurs, nettement plus petit, mais je n’en ai plus un souvenir très précis. Peut-être à l’île Maurice ?… Par contre je suis très surprise parce que celui-ci est très clair, et il est gros ! Sa queue est tire-bouchonnée autour d’une racine d’algue, il est dressé, à l’affût, et bouge à peine lorsque j’approche mon masque de voyeuse.

hippocampe de Bali, site de plongée de Gilimanuk

Si je viens un peu trop près, il se redresse et avance de quelques centimètres à peine mais ne semble pas apeuré. Je l’observe pendant cinq bonnes minutes, prenant plaisir à cette première rencontre, puis je lève le regard : plus loin Arnaud m’attend, en « vol » stationnaire.

Mais au moment où je m’apprête à le rejoindre je découvre deux autres espèces : un petit poisson-lime vert piqueté de jaune orangé puis un baliste juvénile de même taille que je prends d’abord pour un poisson pomme de pin (Arnaud me confirmera en sortant qu’il s’agit bel et bien d’un baliste juvénile). Je les lui montre de loin, il se rapproche et nous les observons tranquillement pendant quelques minutes, à peine effrayés, le baliste ayant tendance à valser bec en bas, queue en l’air (photo ci-dessous).

Puis Arnaud m’entraîne à deux ou trois mètres et me désigne un oursin. Pas n’importe quel oursin. Un oursin comme je n’en ai jamais vu !!!… Une boule d’épines couleur feu avec des rangées de points violet fluo autour de la bouche !… Splendide ! Somptueux ! Au début j’ai même du mal à croire à un vrai, et je suis presque heureuse quand je le vois se déplacer aussi vite qu’il le peut avant de s’arrêter de nouveau, comprenant que nous ne sommes pas des prédateurs (voir la photo en tête de cet article). Et autour de lui je découvre un champ d’étoiles de mer larges comme des poêles à frire, épaisses comme de gros coussins, de couleur crème, à pointes brunes ou rouilles. Elles sont là par dizaines et me font penser à de grosses meringues passées dix secondes de trop sous le grill !

Baliste juvénile de Bali, site de plongée de Gilimanuk

Puis dans mon champ de vision c’est un autre oursin qui m’interpelle, un gros, noir, hérissé de piquants menaçants, se déplaçant avec une rapidité confondante au milieu des étoiles. Je m’approche et reste stupéfaite : je suis tombée sur des oursins façon disco ! Celui-ci, et ses confrères alentours, est d’un noir de geai mais zébré de lignes pointillés qui oscillent entre le bleu métallique et le violet fluo !… Incroyable !

Nudibranche de Bali, site de plongée de GilimanukUne poignée de poissons de verre juvéniles s’abrite entre les épines de chaque gros oursin noir et une douzaine de poissons rasoirs passent à moins d’un mètre, puis c’est le petit poisson lime qui revient me voir avant qu’Arnaud ne m’entraîne encore ailleurs, vers un tout petit poisson crapaud juvénile d’à peine trois ou quatre centimètres de long, blanc, puis vers un nudibranche orange marbré de blanc, qui n’est peut-être qu’un vers plat (ci-contre).

Avec les autres plongeurs qui nous ont rejoint et qui mitraillent de leurs flashs une rascasse volante qui ne doit pas être bien âgée, nous restons au-dessus de ce champ jusqu’à ce que l’un d’eux déclare forfait en montrant qu’il frôle la réserve d’air. Nous sommes dans moins de 9 m d’eau, il me reste encore 90 bars mais avec ma combinaison 3,5 mm je grelotte presque d’être restée trop longtemps sans bouger, en observation attentive. Et je les suis dans leur remontée.

Je dois des remerciements renouvelés à Anne-Sophie : Arnaud a tenu la promesse qu’elle m’avait faite en me montrant plusieurs espèces que je n’avais encore jamais vues. Et il n’y a qu’à Bali que j’en vois chaque jour autant d’un coup… Il n’y a qu’à Bali que je regrette, chaque fois, de n’avoir pas quelques connaissances approfondies de biologiste marin pour être capable d’identifier les espèces et de connaître un peu leurs mœurs pour en savoir davantage. Le soir autour de son livre d’identification, Arnaud m’expliquera que d’après ses propres conclusions qu’il aimerait entendre confirmer par un scientifique, on peut reconnaître une femelle hippocampe en regardant son ventre : s’il possède une coupe nette, presque à angle droit, c’est une femelle. S’il descend en pente douce, c’est probablement un mâle.

Peut-être Searil, lecteur assidu de www.plongeur.com, s’il me lit ici, saura-t-il confirmer tout cela ?…

(extrait de mon journal de plongeuse, 18 juillet 2007)

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