Groenland, survol aérien vers Upernavik © Marie-Ange Ostré
Avez-vous déjà vécu un atterrissage catastrophe ? Ca peut être traumatisant, surtout après-coup. Au cours des 20 dernières années j’ai emprunté des centaines de vols. J’ai voyagé sur des tas d’appareils différents, de l’avion à l’hélicoptère en passant par des ULM. Sur le géant A380, ou sur des appareils privés 4 places, en étant assise sur le siège du co-pilote.

J’ai aussi vécu un atterrissage aux Maldives en 2010 depuis la cabine d’un Airbus de ligne, en étant assise derrière les pilote et co-pilote (depuis septembre 2001 ce n’est pas autorisé, mais…). Exceptionnel ! Je n’ai jamais eu peur en avion, jusqu’à ce qu’un pilote de la Garuda Airlines manquant vraisemblablement d’expérience ne rate son atterrissage sur l’île de Lombok (Indonésie) en janvier 2016. Je vous le raconterai un autre jour.

Groenland, en septembre. Aucune route ne relie les villes au Groenland, elles seraient trop souvent enfouies sous la glace et coûteraient trop cher à entretenir. Les Groenlandais se déplacent donc surtout en bateau, et en avion. De petits aéroports, à taille humaine, émaillent les côtes de ce territoire danois, servant des hamburgers de boeuf musqué à la cafétéria, avec des formalités réduites à leur plus stricte expression surtout dans les aéroports nationaux qui forment la majorité, et arborant des panneaux qui font sourire les voyageurs les plus blasés.

Un soir dans l’avion écarlate aux couleurs de la compagnie nationale, depuis notre décollage au départ de Nuuk (la « capitale » du Groenland située au Sud-Ouest), je relis et corrige mes notes prises le jour-même sur un ancien bateau de la gendarmerie reconverti dans le transport de passagers : 3 cabines pour 4 personnes, 12 passagers à bord maximum + 2 membres d’équipage. Rien à voir avec l’un de ces bateaux de croisière canadiens qui remontent (de plus en plus nombreux) la mer de Baffin pour permettre à des visiteurs de s’approcher parfois des icebergs dans des canots, pour la photo mais aussi sans doute pour le frisson. Celui qui n’a jamais entendu craquer la glace ne peut comprendre…

Pendant le vol le ciel s’est obscurci rapidement en cette fin de journée. Sous l’appareil la glace cède la place aux montagnes dont les flancs ne sont pas encore couverts de ce manteau immaculé qui commencera à gommer le paysage dans quelques jours. Nous sommes en fin de saison estivale, l’âpreté de l’hiver s’annonce déjà même si les Inuits profitent encore des dernières belles journées ensoleillées.

Je referme mon carnet de notes tandis que l’avion entame sa descente vers Upernavik. Nous sommes à peine dix passagers à bord, et pas d’hôtesse de l’air mais une bonne tonne de marchandises sanglées à l’avant de l’appareil à l’endroit des sièges Affaires sur d’autres compagnies. Personne ne voyage en classe Affaires au Groenland. L’ambiance est bon enfant, quelques plaisanteries fusent entre les passagers. Nous nous apprêtons à atterrir et personne ne nous l’a annoncé même s’il n’en est nul besoin. Nous subissons quelques turbulences puisque nous traversons une couche de nuages grise, épaisse, opaque. L’avion tangue un peu sur sa gauche, puis à droite. Rien que de très banal en avion…

Upernavik est l’une de ces villes à mi-hauteur de la côte Ouest du Groenland et je ne comprends toujours pas qui a bien pu décider un jour d’implanter ici un lieu de vie : une île rocheuse, parmi les innombrables îles qui ourlent la côte de cette terre de glace.

Soudain, l’avion se redresse et se cabre vers le ciel comme dans un film de James Bond !

Je regarde par le hublot, en attendant que percent sous la carlingue les premiers rubans bleu de cette mer nourricière qui alimente les villages en flétan et viande de phoque. L’avion plonge, nez en avant, vibrant de toute sa tôle.

Et soudain, il se redresse et se cabre vers le ciel comme dans un film de James Bond !

Plaqués contre le dossier de notre siège, crâne dans l’appui-tête et mains serrées sur les accoudoirs, nous ne pipons mot, n’osant même pas nous regarder les uns les autres ! Ce n’est plus un avion, c’est l’une des attractions à sensations de Disneyworld !… Faut-il craindre ou rire ?

Pourtant aucune plaisanterie n’émaille le silence à l’intérieur de la cabine, ces messieurs sont bouche cousue et la tension s’épaissit pendant quelques longues secondes tandis que les moteurs rugissent et que l’avion se rue de nouveau vers la couche de nuages qu’il vient pourtant de quitter…

Virage brusque sur la droite, et j’ouvre de grands yeux devant le mur brun vers lequel nous nous précipitons à une allure folle ! L’appareil poursuit sa grimpette vers les cieux dans un rugissement assourdissant. Personne ne bronche.

Enfin les nuages nous rendent de nouveau aveugles, puis les turbulences se font presque rassurantes, et l’avion stabilise son assiette. Le pilote fait alors entendre un grand éclat de rire et annonce dans un anglais instinctif : « désolés les mecs, mais la couche de nuages est si épaisse que nous nous sommes retrouvés trop bas trop vite, j’ai du remettre les gaz ! ».

Glurpsss… Mes compagnons de voyage rient jaune, chacun y va de son petit commentaire narquois. Nous avons beau avoir chacun en stock notre histoire d’atterrissage mouvementé, personne n’avait encore jamais vécu une telle mésaventure : nous avons bien failli heurter ce mur de montagnes inhospitalières et jouer un remake (avec un peu de chance ?!) des égarés des Andes…

Pour ma part je crois n’avoir pas vraiment réalisé ce qui nous arrivait ni le risque encouru jusqu’à ce que nous traversions de nouveau cette couche de nuages pour arriver à bonne distance cette fois de la piste d’atterrissage après avoir effectué une large boucle au-dessus des montagnes glacées. C’est en descendant d’avion, quand j’ai levé le nez sur le paysage environnant que j’ai compris que notre pilote danois était un as…

Le soir-même dans la cabine du bateau qui allait nous mener encore plus au Nord du Groenland sur les traces d’une météorite j’ai inscrit cette anecdote sur mon carnet de voyage. Je n’ai pas été traumatisée ce jour-là, ce fut juste une aventure, qui aurait pu nous coûter très cher.

Neuf ans plus tard je vivrai bien plus effrayant en Indonésie, sur un vol pourtant court et banal entre les îles de Bali et Lombok. L’Indonésie… terre de contrastes, où toutes les peurs sont envisageables. Surtout en avion sur les lignes locales. Promis, je vous raconterai.

Si vous aussi vous avez vécu un jour un atterrissage mouvementé, c’est le moment de me raconter !

Cet article a été publié une première fois en juin 2011 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne depuis fin 2016. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs, ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Cet article avait obtenu 24 commentaires, chiffre indiqué à côté du titre, mais WordPress n’a pas permis la réimportation de ces commentaires sur ce nouveau site. 

Marie-Ange Ostré

Blogueuse voyage depuis 2004, auteure et photographe, j'ai exploré 75 pays à ce jour et vécu en différents endroits (Indonésie, Espagne, Suisse, La Réunion, île Maurice). Si vous appréciez mes publications n'oubliez pas de me suivre sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram et Facebook. Merci pour votre fidélité !

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