En ce début septembre nous sommes sur cette terre du Nord depuis quatre jours. Quatre jours de pluie quasiment incessante ou, au mieux, un ciel plombé qui sculpte, entre ombres et lumières, quelques somptueux paysages d’une Islande encore verte malgré les premiers frimas de l’hiver qui s’annonce. Ce matin, petit miracle, c’est un double arc-en-ciel qui salue notre réveil et nous sommes tous prompts à sortir de nos duvets pour prendre l’air et profiter des rayons du soleil avant de monter dans le 4×4 qui nous emmène vers le glacier, celui de Myrdalsjökull (entrainez-vous un peu à prononcer…), celui qui recouvre le volcan Katla.

Islande, René Heuzey et arc-en-ciel

(René Heuzey sous l’arc-en-ciel)

Katla est le volcan le plus violent d’Islande dit-on : d’une hauteur de 1450 mètres, son cratère de 10 km de diamètre relie deux glaciers importants. Katla entre en éruption tous les 40 à 80 ans, et la dernière éruption recensée remonte à… 1918. En attaquant l’ascension du glacier ce matin, Ingi, notre guide, nous annonce avec le sourire que Katla pourrait exploser à tout moment. Toute la population dans les environs est sensibilisée à cette éventualité, si bien que des panneaux routiers indiquent le chemin à suivre pour évacuer la zone et appeler au calme. Ils sont là, attendant le jour J. Ambiance…

Nous quittons la vaste plage de sable noir sur laquelle nous avons trouvé ce refuge hier soir et nous rejoignons, en 45 minutes, les abords de la calotte glaciaire. La route est abrupte, nous prenons de l’altitude sur cette piste de terre trop souvent dégelée et Ingi s’arrête quelques minutes pour dégonfler légèrement ses énormes pneus et permettre à notre réalisateur de filmer un long panorama sous la lumière dorée qui baigne les montagnes déjà jaunies. A gauche, l’Atlantique. Au loin et à droite, la glace et le gris de la terre et des cendres.

Islande, paysage râpeux sur les flancs du glacier MyrdalsjokullLe vent est vif, mordant, et nous remontons bien vite en voiture pour gagner le chalet de bois qui propose quelques commodités aux touristes de passage, y compris une cuisine sommaire pour réchauffer de l’eau ou un repas. Ce qui nous intéresse surtout ici ce sont les équipements proposés à la location : nous avons beau être tous parés pour le froid, nous savons qu’une matinée sur la glace nous attend et nous sommes prudents… Je loue une combinaison intégrale, on m’impose un casque et une paire de bottes fourrées : en route pour deux heures de moto-neige !
Devant le chalet nous attendent deux guides, un géant blond et un géant roux, deux montagnes d’Islande au large sourire et aux yeux bleu glacier. Parfaits Vikings sympathiques mais discrets. Le premier vérifie les boutons pressions de ma combi intégrale pour s’assurer que le froid ne passera pas par moi puis il m’invite d’un geste ample à rejoindre mes collègues dans… le monstre ! C’est un camion mooonstrueux que j’ai sous les yeux : presque aussi haut que le chalet, ses roues sont énormes et pour grimper à bord il faut gravir une dizaine d’échelons métalliques sur une échelle inévitable. A bord on dirait la cabine d’un grand téléphérique. Une vingtaine de personnes pourraient tenir sans se presser mais ce matin nous ne sommes qu’entre nous, amusés comme des enfants par l’énorme véhicule qui ressemble à ceux que nous voyons dans les documentaires sur les chantiers de construction d’exception !
Le plus impressionnant est de se trouver à plus de deux mètres au-dessus du sol lorsque le camion tout terrain s’engage dans une pente abrupte qui dégringole vers un gué que le véhicule franchit en bringuebalant, sans émotion particulière. Le moteur rugit sans concession lorsque notre chauffeur aborde la remontée sur l’autre flanc, repassant en première pour s’agripper coûte que coûte à la route qui serpente au milieu de la glace. Impressionnant !… Dix minutes plus tard, il s’arrête au bord de la calotte et nous invite à descendre. Comme je veux prendre en photo la descente de mes collègues je me précipite la première et prend la bouffée d’air glacée en pleine figure. Ouille… Nous sommes bel et bien sur un glacier, et j’ai horreur du froid !

Islande, camion 4x4 sur le glacier MyrdalsjokullCoopératifs mes amis descendent du camion l’un après l’autre, me laissant le temps d’immortaliser la scène, et je vois à leurs poses rapides qu’ils tiennent secrètement à avoir leur photo souvenir devant cet engin digne des camions de jouets d’enfants !

Puis, mes mains commençant déjà à souffrir du froid malgré la fine paire de gants qui me permet tout de même de presser sur le déclencheur, je les rejoins bien vite devant un autre objet de leur convoitise : les motos-neige. Si je glisse par deux fois sur de la glace grise que je n’avais pas perçue, je ne fais que vaciller et me récupère bien vite pour regarder de près ce qu’on va me confier dans quelques instants : Patrick, notre réalisateur, souhaite avoir autant de motos-neige à l’image que possible. Pour le satisfaire j’ai donc accepté d’en conduire une alors que je ne l’ai encore jamais fait. Mais devant l’engin, en écoutant religieusement les recommandations sommaires d’Ingi, j’hésite : les personnes qui m’entourent glissent aussi sur la glace et soudain je m’imagine en lent dérapage sur cet engin à patins sous l’œil attentif de la caméra de Patrick. Décidément, je ne le sens pas. Et je suis toujours mon intuition. Je ne voudrais pas ralentir le tournage en ayant des difficultés à maîtriser cet engin !

Je vais donc monter derrière Ingi qui va ouvrir le chemin à notre petite troupe. Patrick enfourche une autre moto en s’asseyant également derrière un autre pilote, mais dos à dos, pour nous filmer. Nous sommes prêts, impatients de nous amuser un peu et Patrick est le seul finalement à travailler : pour nous ce matin, ce n’est que plaisir !

Islande, moto neige sur le glacier MyrdalsjökullDès les premiers mètres je comprends que j’ai pris la bonne décision : Ingi conduit l’engin de main de maître (comme un natif !) et flirte avec les glissades contrôlées tout en se retournant constamment pour voir si les autres suivent. Un vrai feu follet sur la glace ! Il vole, vire, accélère, freine, repart, lance à pleins gaz. J’adore !… Fréquemment il vérifie d’un regard si je suis bien cramponnée, mais la moto-neige est tous comptes faits plus stable qu’une simple moto, même de grosse cylindrée. Par contre, le froid est insidieux. Surtout lorsqu’un léger blizzard commence à tomber, recouvrant nos lunettes de soleil, glaçant nos lèvres, faisant enrager Patrick qui doit essuyer constamment son objectif tout en essayant de coordonner nos passages dans ce vaste paysage, et en action…

Islande, moto neige sur le glacier MyrdalsjökullPour ma part, j’essaie de faire deux ou trois photos dès que je vois Patrick baisser sa caméra pour donner un autre ordre, quitte à la prendre à la volée et en roulant (comme ci-dessus). Mais on m’a prévenue contre une possibilité de chute et sous la neige je ne peux pas non plus laisser l’appareil à l’extérieur. Il est donc à l’abri sous ma combi intégrale dont j’arrache les boutons pressions dès que je peux voler quatre secondes pour sauter de la moto, sortir l’appareil, cadrer rapidement, déclencher et remonter vite fait sur la moto pour ne pas retarder notre petite troupe. Lorsque notre réalisateur tourne le dos trente secondes je prends même quelques photos en roulant !… Le froid, un vol de corbeaux, le hurlement des chiens de traîneaux rassemblés sur la route, le petit blizzard et l’énergie déployée font grimper l’adrénaline si bien que Jean-Baptiste, notre ingénieur du son, s’offre soudain un petit accident de terrain : l’un des patins de sa moto heurte un obstacle au cours d’un virage négocié et la moto se couche sur le côté ! Plus de peur que de mal, l’engin est intact et notre ingénieur du son a eu le temps de sauter avant que la moto ne se couche…

Et je mitraille notre équipe, je surprends l’ombre d’un arc-en-ciel au loin sur la calotte, puis je tente des panoramas de paysage mais noyés sous la neige ils n’ont plus de relief et je me retrouve à gérer la même difficulté que Patrick : trop de flocons sur l’objectif entre deux prises de vue. Et tout cela en portant des gants épais !…

Islande, arc-en-ciel sur le glacier MyrdalsjökullLorsque Patrick donne enfin le signal du repli nous rejoignons notre point de départ sans discuter : nous sentons bien maintenant que quelques minutes de trop pourraient faire basculer notre matinée de tournage en une situation incontrôlable. La piste empruntée disparaît rapidement sous la neige et le paysage se gomme en quelques minutes. Et puis il faut bien le dire : nous sommes gelés !

C’est en hâte que nous rendons les motos et que nous rejoignons le camion 4×4 géant des neiges. Un trajet de retour qui nous mène, dans les rires et la bonne humeur jusqu’au chalet de bois qui nous permet d’avaler ensuite un bon thé et quelques sandwiches préparés par Ingi la veille au soir : un délice qui nous surprend, sorte de galettes de blé noir fourrées à l’agneau fumé… Et je vais taire la part de gâteau à la carotte, dûment parfumé de cannelle et couronné d’un glaçage blanc dont j’ai légèrement abusé (si vous trouvez la recette, je prends !).

Je ne regrette pas le moins du monde d’avoir renoncé à conduire une moto-neige, même si l’expérience me tentait : par crainte de ralentir tout le monde, j’aurais boudé mon plaisir. Par contre une chose est certaine, si l’occasion m’en est donnée je tenterai sans aucun doute !

Par contre, le soir sur mon ordinateur je me suis aperçue, dépitée, que les difficultés à assurer les prises de vue pendant cette matinée en tentant par tous les moyens de garder mon objectif au sec m’ont amenée à négliger un petit détail : une lentille d’humidité s’était formée avec les fortes différences de température entre ma combi et l’extérieur, et l’appareil ne faisait plus le point. Dans la précipitation de la dernière demie-heure, je ne m’en suis pas rendue compte… Frustration intense de voir apparaître une vingtaine de photos légèrement floues… Mais ça fait aussi partie du travail. Et j’aurais du m’en douter : avant de monter dans le gros camion, Jean-Baptiste et Patrick avaient passé une demie heure à sécher au sèche-cheveux le grand angle de la caméra qui souffrait du même maux avec toute l’humidité accumulée depuis des jours…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :