Islande, chutes de Gullfoss. Il pleut en ce début septembre et même s’il n’est pas encore 16:00 j’ai pourtant le sentiment d’être en France, par une triste journée d’octobre. Sauf que je suis à 2 670 km au Nord de Paris, sur la terre des Vikings.

Je suis venue photographier l’un des plus beaux sites touristiques d’Islande, les chutes spectaculaires de Gullfoss. Mais la chance n’est pas avec moi puisque le soleil se cache obstinément derrière l’édredon de nuages qui forme une voûte grise au-dessus des chutes. Et il pleut, de ces bruines insistantes qui vous font détester la pluie : pas assez forte pour vous empêcher de sortir, trop présente pour permettre une quelconque activité sans être trempée de la tête aux pieds en moins de vingt minutes. Et je crains pour l’appareil photo qui en a pourtant vu d’autres.

Les doigts serrés dans ma poche sur le petit chiffon qui me sert à éponger les fines gouttes de pluie sur l’objectif 10-22 mm que j’ai pris soin de fixer sur le Canon avant de sortir de la voiture, j’avance à pas comptés sur le chemin qui descend en pente douce vers le panorama le plus vaste. Attention à ne pas glisser…

Les jambes du trépied sont déjà dépliées à hauteur de mes yeux, et je n’ai plus qu’à l’installer sur une surface à déterminer. Sur l’herbe rase et amollie par des siècles de neige et de glace, la terre se dérobe lâchement sous les semelles, prête à vous jeter à terre, vite transformée en boue rougeâtre qui me met au défi de planter là un trépied soutenant le kilo et plus de l’appareil lié à l’objectif. Et puis il faut accepter la contrainte de la barrière de sécurité qui interdit aux plus téméraires de s’aventurer au-delà d’une limite raisonnable.

Devant moi une poignée d’hommes descend plus bas, et je sais que dans trois minutes tout au plus ils surgiront dans le paysage. Je suis venue ici pour photographier la nature, et même s’il faut parfois accepter une présence pour donner une échelle, je n’ai pas envie de voir s’agiter dans « mon » paysage des taches bleu, rouge, jaune. Les fabricants de vêtements de pluie font preuve d’originalité ces dernières années.

Je trouve donc le point de vue offrant une vue maximum sur les chutes, je plante le trépied avec les jambes à l’extérieur de la barrière de sécurité, et commence alors le ballet des réglages pour capter à la fois la taille de ces chutes et son intensité. Je veux de la force, et du filé. Je veux l’immensité, la fureur et la peur. A défaut d’avoir de la couleur…

Toutes les 5 secondes j’essuie l’objectif, et je tente de le protéger avec mes mains avant et pendant le déclenchement. Je ne prends pas le temps de vérifier sur mon écran, je ne veux pas exposer mon appareil à cette pluie fine trop longtemps. Quand j’aperçois le premier K-Way rouge, je replie le matériel et j’enfouis l’appareil sous mon blouson, à l’abri.

Vient alors le moment de profiter du spectacle…

J’ai sous les yeux une crevasse de 32 mètres de profondeur, 20 mètres de large et 2,5 km de long. Les chutes sont sur le déroulé de la rivière Hvita, et elles débitent 140 m3 à la seconde, en été (septembre fait encore partie de l’été ici), moins de 80 m3 en hiver, gel oblige. Elles appartiennent au gouvernement islandais qui a bien pensé à les rentabiliser en installant un barrage plus haut afin de profiter de l’énergie. Mais une Islandaise s’y est opposée, menaçant de se jeter dans les chutes si l’on attentait à leur beauté. Légende ou pas, les chutes sont toujours là, intactes.

C’est un spectacle d’une beauté insensée.

Je ne sais pas encore que je photographierai les chutes Niagara deux ans plus tard, mais je suis déjà frappée par la douce violence qui s’écoule inlassablement du haut de ces 32 mètres : l’eau se précipite sur trois dénivellations successives avant de sombrer en un rideau qui semble ralentir imperceptiblement jusqu’à sombrer en une mousse vaporeuse, houleuse.

Je vais donc descendre rejoindre les K-Way là-bas, plus bas. Pour approcher de la gueule béante du monstre. Pour flirter avec le souvenir de Marilyn Monroe. Pour sentir sur mon visage les embruns de Gullfoss mêlés à la bruine qui se moque des photographes. Si je veux voir Gullfoss sous le soleil, il me faudra revenir.

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