Plongée Est ile MauriceJ’avais l’intention de vous raconter ma plongée d’hier mais laissez-moi d’abord vous parler de celle que j’ai faite ce matin, sur le site baptisé Forêt de Gorgones, au-delà de la passe qui se trouve devant l’hôtel Belle Mare Plage. L’anti cyclone qui sévissait depuis mon arrivée s’est un peu calmé et s’il reste une houle persistante, il est enfin possible de franchir cette passe pour sortir du lagon.

Banc de carangues à l\'Est de l\'île Maurice

A bord, deux plongeurs dont un Suisse quelque peu intimidé par la guerre qui se livre là entre lagon et haute mer : un lac d’écume mousseuse, agitée, mouvementée, et quelques vagues qui font grimper le nez du bateau avant de le libérer un mètre plus bas, l’ambiance est plantée. Mise à l’eau des plongeurs sur un site poissonneux et peu profond. Notre Suisse inquiet est assisté en surface par son moniteur qui le rassure calmement et ramène la confiance, ils disparaissent sous la surface. Le bateau s’éloigne alors de cinquante mètres pour nous lâcher plus loin, plus haut.

Ce matin mon estomac ne fait aucun caprice et la mise à l’eau se fait sans encombre. Je suis accompagnée de Jean-Michel (et de son appareil photo) et de Christophe, solide gaillard et chef des moniteurs du centre avec lequel j’avais eu le plaisir de plonger il y a déjà cinq ans de cela. Ce type pourrait me faire plonger n’importe où, c’est une force de la nature et surtout un excellent moniteur déjà hautement qualifié ; bien accompagnée par ces deux-là, j’ai confiance. J’ai repris mon vieux masque de plongée, tant pis si la jupe de silicone est jaunie, je le connais, il me connaît, et j’y vois déjà mieux, sans buée encombrante qui trouble à la fois la vue et la notion d’équilibre qui me faisait défaut hier matin. Tandis que je me concentre sur le passage de mes oreilles, je jette un œil sur Christophe qui me surveille de près et qui soudain pointe son doigt vers le fond : un requin !… Une belle pièce qui ondule sur le fond de sable dans une danse reconnaissable entre mille, quelques quinze mètres sous nos palmes. Comme il l’appellera en sortant de l’eau : « un ‘ti pointe blansse ! » (un petit pointe blanche).

Le squale s’éloigne nonchalamment, et nous piquons vers le Nord pour accéder à un premier récif couvert de coraux que nous allons éplucher avec attention puisque Christophe a la délicate mission de dénicher pour moi les nudibranches pour lesquels il a un œil sans pareil. Mais je ne trouverai sur ce récif que le plaisir de renouer connaissance avec la faune sous-marine de l’île Maurice, celle avec laquelle j’ai fait pour ainsi dire mes premières bulles et qui m’a formée à la reconnaissance des espèces. Hier matin j’étais trop concentrée sur mes petits problèmes techniques et handicapée par un masque embué pour faire véritablement attention. Aujourd’hui, je profite !

Et mère nature est généreuse : c’est un ballet d’anciens amis qui virevolte sous mes yeux. Même si j’ai parfois oublié leur nom, et je m’appuie ici sur un livre de faune pour vous les restituer, je croise balistes et demoiselles, poissons perroquets et labres en abondance. Un couple d’eleotris à l’élégante robe bleue sombre s’esquive à peine lors de mon approche et je m’étonne de les trouver si gros jusqu’à ce que je réalise qu’ailleurs j’avais l’habitude d’en voir de plus petits, et de couleur feu et pourpre. Jean-Michel me dira plus tard qu’à Maurice on les appelle « poissons-ciseaux » pour la forme de leur queue qui se referme lorsqu’ils s’éloignent vivement.

Nous traversons un banc de sable vers la gauche et rejoignons un autre récif plus imposant : sur le fond, des nuages de poudre crème se soulèvent au passage d’un groupe de poissons-chats à moustaches qui fouillent le sol à la recherche d’une pitance. Au-delà, la houle a créé un paysage de vaguelettes comme autant de plis sur un drap froissé.

Mes deux compagnons m’entraînent au-dessus du second récif où j’aperçois un gros baliste clown livrant bataille à un couple de carangues chasseresses. Les gros pois blancs du baliste n’impressionnent pas les hardies qui tentent de l’éloigner de son territoire et je subodore la présence d’un nids non loin, protégé par le plus beau baliste que je connaisse.

Puis c’est une volée de fusiliers à dos bleu qui fonce vers moi avant de se détourner au dernier moment dans un rayon de soleil qui traverse la surface. Je me sens davantage en apesanteur, relax. Si relax que je jette un œil à mon ordinateur de plongée : – 26 mètres. Normal… mais il vaut mieux rester attentif. C’est alors que je découvre le but de cette exploration, et l’origine du nom de cette plongée : une forêt de gorgones atteignant pour certaines les 1,50 mètres de haut s’étalent sous mes yeux, tout le long d’un petit tombant, sur une cinquantaine de mètres.

Gorgones de l\'île Maurice

Mon premier réflexe est de m’arrêter quelques secondes pour embrasser le paysage et profiter de la vie tourbillonnante qui foisonne ici. Les poissons perroquets s’en donnent à cœur joie, se disputant le territoire aux poissons chirurgiens, poissons anges, et même à deux petits poissons-ballons à la lèvre boudeuse. Jean-Michel s’approche en douceur d’un couple de poissons trompettes dressés à la verticale, tête en bas. Plus loin c’est un gros mérou tacheté de beige qui s’éloigne avec mépris. Sous l’une des gorgones je surprends un beauclair à la livrée pourpre, gueule grande ouverte, lèvres en avant, se faisant faire une toilette par un labre consciencieux.

Nous restons quelques minutes à errer entre les gorgones, traquant la vie, le petit, le coloré. Un vrai bonheur. Puis c’est Christophe qui nous montre un banc de fusiliers traversant notre ciel liquide au-dessus du récif. Et Jean-Michel nous indique déjà la fin de cette plongée, je vérifie mon ordinateur, j’ai un palier de 5 minutes à effectuer après avoir traîné un peu dans les – 30 mètres au pied des gorgones…

Alors que nous nous éloignons du récif pour nous lancer dans le grand bleu et faciliter ainsi le travail du skipper qui nous guette en surface après avoir récupéré les deux premiers plongeurs, nous remontons lentement mètre par mètre, en déroulant le parachute de palier, indispensable avec la houle qui agite encore les flots ce matin. Et en nous rassemblant nous ne savons plus où donner de la tête : soudain ce sont plusieurs ENORMES bancs de poissons qui se jettent les uns sur les autres. Fusiliers au dos scintillant, capitaines dodus, carpes sombres et carangues avides se précipitent les uns contre les autres, en groupes compacts mais gracieux. Une danse qui se multiplie, à gauche puis à droite, puis Jean-Michel pointe du doigt un gros, gros, gros barracuda solitaire positionné en stationnaire près du fond de sable sur lequel il se détache à peine. Mais les carangues l’ont vu et les voraces se jettent vers lui comme un seul « homme », allant jusqu’à ce qu’il batte en retraite. Sans doute s’offrira-t-il l’une d’elles en guise de petit déjeuner quelques minutes plus tard, mais pour l’instant le nombre fait office de loi et il s’éclipse rapidement…

La remontée sur le bateau se fait avec le sourire des plongeurs heureux d’une plongée riche après cinquante minutes d’immersion. Je suis heureuse, après ma plongée plus difficile d’hier, me voici réconciliée avec mes eaux mauriciennes, celles que j’ai connu et qui m’ont manqué.

La bonne nouvelle c’est que nous recommençons demain matin et ces messieurs m’ont prévu deux plongées au menu… Alors ne m’en veuillez pas si je m’éclipse rapidement. Il est déjà 23:30 ici pour moi, et si votre soirée ne fait que commencer, ma nuit est déjà entamée…

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