Saint-Gilles, île de La Réunion. Sur la terrasse, sous les alizés, le soleil se couche sur l’Océan et les lauriers roses embaument. Je suis crevée !!!…

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Grande randonnée aujourd’hui avec mon frère, mon fils et un ami mauricien, Jean-Michel. En visite sur La Réunion depuis vendredi matin, il voulait faire une marche dans les hauts de La Réunion, et puisqu’il vit ici depuis dix ans j’ai appelé mon frère pour organiser cela.

Malheur…

Ce soir j’ai les genoux dévissés, le haut des cuisses en béton, l’estomac dans les talons, et les cheveux sèchent doucement sous les alizés après la bonne douche réparatrice (et indispensable !)…

Rendez-vous ce matin à 7:30 chez mon frère à Saint-Denis, ce qui signifie une courte nuit puisque couchés tard et debout obligatoire à 6:15 pour partir à 7:00 de chez moi). Pas de pain à l’appartement, donc trois cuillères à café de céréales vite avalées tout en remplissant les sacs à dos de bouteilles d’eau fraîche, barres de céréales et clémentines pour tout le monde. Sans oublier les pansements, l’écran total pour mon fils, le mobile et l’appareil photo bien sûr !

D’abord une bonne grimpette en voiture sur une route à lacets serrés vers le Camp Mamode, petite aire de pique-nique au frais dans la montagne qui surplombe Saint-Denis, le temps que Jean-Michel fasse connaissance avec mon frère : que fais-tu dans la vie ?… quels sont tes hobbys ?, etc… La technique Jean-Michel (je connais, j’y ai eu droit). Efficace, et courtois.

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Puis, un peu avant 8:30, on attaque le chemin de chèvre vers le haut dans des bouquets de fleurs de gingembre rouges. L’objectif du jour : atteindre La Roche Ecrite, falaise culminant au-dessus du Cirque de Salazie, la roche est paraît-il constellée de tags au marqueur par des touristes de passage depuis des lustres ; mais mon frère, installé sur La Réunion depuis une dizaine d’années, promet que le paysage est somptueux sur le Cirque, à condition qu’on l’atteigne avant que le brouillard ne le recouvre, comme toutes les fins de matinée.

Une petite parenthèse pour vous rappeler que l’île de La Réunion est le point de pluviométrie le plus important dans le monde !!!… Et principalement dans les Cirques (Salazie et Cilaos) et dans la Plaine des Cafres, au centre. Et l’île bénéficie à cause de ses hauteurs (3000 mètres tout de même, le plus haut point de tout l’Océan Indien, Madagascar inclus) de plus de 200 micro-climats ! Voilà qui vous permettra de relancer une conversation mondaine lors de l’un de vos prochains dîners…

Quoiqu’il en soit, nous avons également un autre impératif : Jean-Michel doit être à l’aéroport avant 13:30 pour son vol de retour vers Maurice à 15:00.

Mon frère prend la tête de notre petite colonne, Jean-Michel le suit, devant mon fils, et bien sûr je ferme la marche (je préfère). Et tout de suite, étant donné le rythme de bouquetin de mon frère, je précise : « surtout avancez à votre allure, moi je suivrai à la mienne, on se retrouve en haut ! ».

Bien m’en a pris !

Mon frère m’a dit qu’avec ses copains chaque week-end il fait cette randonnée en courant, en moins d’une heure trente ! Je n’en reviens encore pas ! Parce que lorsque nous sommes redescendus, et sans avoir atteint la Roche Ecrite, nous sommes parvenus à la voiture sur le parking aux alentours de midi !… Plus de 3 heures de grimpette. S’il fait ça en courant, et je veux bien le croire, je l’admire !

Mais donc, très vite, je me retrouve seule à grimper sur ce chemin de terre rouge brique, jalonné de marches de géant bordées de gros troncs d’arbres pour retenir la terre détrempée. En montagne, il pleut beaucoup, et souvent. D’où une végétation luxuriante. Et de la boue glissante, partout…

Très vite je réalise que j’ai glissé mon mobile dans le sac à dos de mon fils. Et il a aussi ma bouteille d’eau. Je suis sans eau et sans moyen de communication. Si je glisse seule sur ce terrain et que je culbute au fond du ravin, personne ne le saura. Et je pense à la fille de Bernadette Laffont ! Et je m’efforce de l’oublier aussi sec ! Dans mon sac à dos : les quatre mandarines, les barres de céréales à la noix de coco pour récupérer un peu, des bonbons à la menthe, mes lunettes de soleil et le sacro-saint appareil photo. Tout va bien.

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Pour avoir voulu les suivre un petit (tout petit) moment à la même allure, je me retrouve très vite essoufflée et je suis obligée de faire une première pause. Technique de relaxation de plongée appliquée à la randonnée : je contrôle le rythme cardiaque en m’efforçant d’expirer lentement à fond, ce qui ré-oxygène le sang en faisant fuir le gaz carbonique qui l’encombre sous l’effort intensif. J’attends que mes tempes cessent de bourdonner et que la respiration se calme. Puis je reprends mon ascension, à mon rythme cette fois.

Je suis absolument seule dans la montagne, les seuls bruits sont les chants des oiseaux qui se répercutent sur les flancs de la roche, le bzzz d’une ou deux mouches tourbillonnantes, le clapotis du ruisseau au fond du ravin qui se creuse et le psschhhfflaaaccc de la boue en succion sous mes tennis. Parce que bien sûr, je suis chaussée comme une Parisienne en vadrouille : une jolie petite paire de tennis noire à lacets avec d’adorables socquettes blanches qui s’arrêtent à l’os de la cheville. Déjà mouchetées de minuscules étoiles de terre rouge. Et donc, je glisse un peu, mes pieds dérapent sur les pierres brillantes de la rosée du matin et je pose mes pieds avec davantage d’attention lorsque le sentier surplombe le ravin sur ma droite.

Je progresse à l’abri des arbres : filaos, pins odorants, eucalyptus, fangeants (ces fougères arborescentes qui peuvent atteindre plusieurs mètres de haut). Je vais lentement, à mon rythme trouvé après les 500 premiers mètres et la première pause. Les marches d’escaliers font place parfois à un chemin ouvert par les traces de centaines d’autres randonneurs avant moi. Propre, entretenu soigneusement par l’O.N.F. (Office National des Forêts), marqué par endroits de peinture blanche ou rouge, des inscriptions peintes sur des galets nous indiquent ponctuellement le kilométrage parcouru (mais je ne découvrirai ces galets qu’à la descente). Aucune trace de poubelle publique, et pourtant, par bonheur on ne dénombre ici aucun détritus, papier gras ni cannette de soda ; une propreté qui fait plaisir (pas toujours le cas sur La Réunion…).

Pendant plus d’une heure j’avance au milieu d’herbes hautes, de buissons, d’arbustes, de fougères de diverses sortes et de toutes tailles. Ca sent la mousse, la terre humide, et un mélange de cannelle et de poivre, essence musquée de ces pins qui ont jeté à terre pendant le récent passage du cyclone Dina toutes ces brindilles d’épines qui forment un épais tapis spongieux sur le terrain par endroits détrempé.

Au détour d’un virage brusque, une cascade vive se fait entendre, comme un bruit de douche qu’on laisserait couler sans se préoccuper de la facture. Puis le chemin s’accentue davantage encore : il me faut grimper en m’appuyant sur mes genoux pour me hisser de racine en racine, à l’assaut des hauteurs. De gros arbres que je ne sais identifier font un entrelacs serré de leurs racines apparentes sur le flanc de la montagne, comme autant de marches de lilliputiens qu’il faut gravir avec des hauteurs chaque fois différentes. C’est épuisant. Je vise le haut du chemin, je ferai une pause, en sortie de cette étape exténuante. Il faut être prudente : je ne tiens pas, avec mes tennis de frime, à me fouler une cheville, je suis toute seule au milieu de nulle part, je ne sais pas si les hommes vont m’attendre quelque part, si je dois les rattraper ou bien si je dois continuer tranquillement sans me préoccuper de leur progression. Je n’ai pas vraiment le choix, je décide de continuer jusqu’à ce que je ne puisse plus. Si je me blesse, si je tombe, il me faudra attendre qu’ils redescendent.

Un lourd parfum suave commence à envahir l’atmosphère chargée d’humus et de terre humide. Je m’interroge, lève la tête, cherche les lianes annonciatrices d’orchidées. Mais j’ai beau fouiller le sous-bois du regard, pas de trace d’aucune fleur, ni grosse comme un poing, ni aussi petite qu’une mouche. Ce ne sont donc pas des orchidées. Et pas d’arbre en fleur, les acacias jaunes poussent et fleurissent bien plus bas, le long de la côte.

Mes jambes commencent à regimber sous la tension des muscles moins sollicités d’habitude… Mes genoux frémissent un peu, mon rythme cardiaque s’accélère à nouveau, je transpire beaucoup. Pourtant heureusement, la progression s’effectue essentiellement sous le couvert des arbres et des fougères arborescentes, le soleil filtrant par éclats irréguliers le long du chemin comme autant de facettes d’un diamant mal taillé. Je n’ai pas d’eau et j’ai soif. Je voudrais pouvoir avaler une mandarine mais je me demande combien de kilomètres il va encore me falloir parcourir. Je n’ai pas de montre et je ne peux pas m’aider de mon mobile qui est dans le sac de mon fils. J’ai perdu la notion du temps et suis incapable d’estimer l’heure avec justesse, le soleil est caché par la végétation. Je décide de faire une courte halte et de prendre un bonbon à la menthe. Je le laisse fondre lentement afin de laisser le sucre se dissoudre dans mon corps pour procurer de l’énergie. Cela apaise la soif. Je ne m’assoie pas, je sais que ça coupe les jambes et que la remise en route est encore plus difficile. Heureusement, je suis à l’aise dans mes tennis. Elles ne me maintiennent pas du tout la cheville et mon pied se tord régulièrement, je me méfie. Pourtant pas l’ombre d’une ampoule pour l’instant, ni d’une meurtrissure. Par chance, il n’y a ni ronces ni orties sur le chemin.

Je reprends l’ascension en me demandant combien de temps encore il me faudra pour rejoindre les autres. Je pense aux photos que je vais pouvoir faire et cela me motive.

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L’odeur suave et lourde me poursuit, m’enrobe. Sur le chemin, depuis le départ, de petits tapis de lythracées tapissent les sols et les flancs de la montagne. Rampant, couvrant de ses petites feuilles triangulaires vert sombre ourlées parfois de brun sombre, les fines clochettes tubulaires rouge vif ponctuent l’espace régulièrement comme autant de griffes de sang (ci-dessus).

Je commence à souffrir véritablement de l’effort soutenu. Je regrette de ne pas être mieux entraînée, mais je suis heureuse de faire cette randonnée. Mes jambes s’alourdissent, les muscles du dos et des fesses deviennent douloureux (tiens, j’ai encore des muscles fessiers ?!). Mon sac à dos n’est pas chargé, heureusement, mais l’inclinaison du chemin m’oblige à progresser presque courbée en deux (mon frère m’apprendra plus tard qu’il y a un dénivelé de plus de 1 200 mètres). Parfois je dois passer sous un arbre couché en travers du chemin, certains formant une arche sur moins de soixante centimètres de hauteur (ci-dessous). Probablement des témoins du récent passage du cyclone Dina.

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Et ce parfum qui rôde toujours…

A un moment, je sens mon corps crier famine. J’ai soudain l’impression très physique que mes entrailles remontent jusqu’à mon cerveau, je suis intimement consciente des pulsations qui me traversent, je sens très précisément les os de mon bassin. C’est une sensation très étrange. J’ai faim, le semblant de petit déjeuner est loin et je regrette de ne pas m’être arrêtée à une boulangerie en montant vers Saint-Denis pour acheter au moins un pain au chocolat et me fournir l’énergie nécessaire à cette petite ballade sportive. Mon fils a eu le temps d’avaler deux bols de céréales, il devrait moins souffrir. Je décide de m’octroyer une nouvelle pause. Je commence à souffrir…

Un couple me dépasse sur le chemin pendant que je fouille à nouveau dans mon sac pour extirper un second bonbon à la menthe. J’ai besoin de sucre. Nous échangeons un bonjour cordial mais discret. Solidarité dans l’effort. Mais eux sont bien chaussés…

Je reste debout pour ne pas me couper les jambes et je respire à pleins poumons après avoir repris un rythme cardiaque normal. Je m’enivre des odeurs, des parfums. Et je me retourne pour admirer le sentier. Lorsqu’on monte, on finit par se concentrer uniquement sur l’effort à fournir pour avancer, et on ne regarde plus qu’à un mètre devant soi. Et puis dans toute cette humidité je devine les babouks, ces grosses araignées au corps charnu marbré comme les épeires et aux pattes interminables, parfois larges comme la moitié de ma main. Elles sont monnaie courante ici et sortent davantage en hiver, mais elles sont légion dans la forêt, je le sais pour en avoir déjà vu avec mon frère lors d’une promenade dans le Cirque de Salazie en août 1998. Je les redoute, alors je ne les cherche pas. Donc j’évite de trouver leurs toiles pour ne pas les découvrir.

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Devant moi, vers le haut, un magnifique bouquet de bambous !… Les longues tiges montant jusqu’à cinq mètres vers le ciel d’une pureté incroyable s’entrechoquent entre elles en produisant le son d’un coup de feu sec, elles claquent à intervalles réguliers. Je sors l’appareil photo pour saisir le chemin sinueux avec les bambous, avec un eucalyptus au tronc blanc en arrière-plan (photo). Et là… je découvre enfin le mystère de ce parfum entêtant.

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Les langozes, lourdes grappes jaune pâle (ou blanches) aux pistils jaune ou rouge vif s’étalent sur ma gauche par petits groupes de trois ou cinq au milieu de bouquets de feuilles grasses, larges et d’un beau vert bouteille. Je m’approche pour vérifier et aussitôt le parfum m’enveloppe : je fais enfin le rapprochement avec les lys blancs que l’on trouve en France. En fait, les pistils prononcés de ces langozes ressemblent fort aux pistils de nos lys. Et le parfum en est aussi capiteux, presque proche de l’écœurement par trop d’insistance. Je sors l’appareil photo et m’amuse à cadrer, je me rapproche, cherche des angles de vue et joue avec le soleil dans le sous-bois. J’ai conscience de perdre du temps, mais qu’importe ! J’espère qu’ils ne m’attendent pas là-haut !

Un oiseau se met à chanter, d’une trille particulièrement aiguë et stridente ; un autre lui répond, d’un ton totalement différent, plus grave, moins harmonieux, plus… technique. Et le dialogue s’instaure pour quelques minutes. Joute verbale ? Opération de séduction ?…

Je reprends ma route. Cinq minutes plus tard, je parviens à une croisée de chemins. Des panneaux de bois peint proposent des directions différentes : à gauche, le Bois de Nèfles à 19 km. A droite, La Roche Ecrite à… 5,5 km !!! Quoi ?! Encore cinq kilomètres avant d’atteindre le fameux paysage tant vanté par mon frère ?!!!… Mais je n’y arriverais jamais !… Petit découragement…

En me retournant, le panneau derrière moi indique le retour vers le Camp Mamode à… 4,5 km ! Sans le savoir, j’ai déjà parcouru 4,5 km en grimpant dans la montagne sur des sentiers glissants et en buttant sur les racines apparentes ou les pierres érodées par tant de semelles précédentes. Je m’admirerais presque : 4,5 km ! Je suis une bêêête !… Je me félicite aussitôt. Et après tout, si j’ai déjà fait la moitié du chemin, autant essayer de grimper jusqu’en haut !

Je croise un énorme eucalyptus dont on racle régulièrement l’écorce en larges lanières pour la mettre à sécher et la transformer ensuite en petits charbons à brûler pour assainir les logements. Le tronc est énorme, d’un blanc argenté, les racines épaisses émergent du sol, les branches relativement nues rassemblées sur le haut me font penser à un baobab. Mais je sais bien qu’il ne pousse pas de baobab sur La Réunion ; il me faudra aller sur Mayotte pour en voir. Me vient tout de suite le souvenir de quelques paragraphes du livre de Nicole Viloteau sur ses aventures en Australie, des descriptions superbes, et l’envie d’aller prendre quelques photos magnifiques dans ces étendues criblées de serpents et araignées mortelles… Je vais attendre un peu…

Un kilomètre environ plus loin, maintenant que je tente d’évaluer ma progression, je sais que je n’arriverai pas au sommet : je me fatigue trop vite et la faim me tenaille. Je sens bien que ma courte nuit pèse sous mes yeux et je fais quelques rotations d’épaules et de coudes pour réactiver la circulation sanguine. Je suis en altitude, le métabolisme est davantage sollicité. Je m’accorde encore un quart d’heure de montée, puis je choisirai un endroit sec pour m’installer et patienter. Je pense à mes plongées, et je me dis qu’en quelques années j’ai bien changé : d’accro au volant je suis passée aux sports doux ; et finalement, j’aime ça ! Même si j’ai toujours le même plaisir à conduire !…

C’est alors que j’entends les voix. Leurs voix.

Mes trois compagnons de route ont décidé également de rebrousser chemin. Je suis soulagée, mais en même temps presque déçue : j’aurais bien aimé atteindre cette Roche Ecrite et prendre les photos espérées. Mais Jean-Michel doit prendre son avion pour rentrer sur l’île Maurice et la matinée s’achève. Ils sont surpris de me trouver là ! Mon frère s’exclame : « Ben, t’es montée jusque-là ?! On pensait que tu nous attendais bien plus bas !« . Jean-Michel a un gentil sourire. Du coup, je suis toute fière ! Mon fils évidemment se moque de moi, mais lorsque je propose à mes trois gaillards une belle mandarine bien ventrue, ils m’embrasseraient presque ! Ils avaient l’eau mais rien à se mettre sous la dent, et la mandarine c’est de la vitamine C en barre.

Sans attendre, mon frère reprend le chemin vers la descente, suivi immédiatement par Jean-Michel. Mon fils range précipitamment ma bouteille d’eau dans mon sac et me dit : « euh… je te laisse parce que tu comprends : ils se racontent des histoires de nanas, alors…« . Et il me plante là, sur le bord du chemin pour descendre les rejoindre en courant.

Est-ce l’océan indien qui me rend philosophe ?… Je souris. Et j’enclenche la marche arrière. Je n’aurai même pas eu une minute de pause ! Je sais que la descente sera moins laborieuse, mais il va me falloir redoubler de prudence puisque la déclivité importante liée à la boue par endroits, et la fatigue accumulée, risque de provoquer des chutes malencontreuses.

Je suis heureuse que mon fils soit en compagnie de deux bonshommes aussi riches que ces deux-là. J’ai senti que mon frère a bien accepté Jean-Michel, je les entends bavarder à bâtons rompus pendant quelques minutes, le temps qu’ils soient déjà trop éloignés pour que je les suive.

Je suis à nouveau seule. Mais je ne m’en plains pas. En refaisant tout ce chemin en sens inverse, environ six kilomètres au total, je surveille chaque pas. Je m’aperçois très vite que dès que mon attention se relâche mon pied glisse, ou bien je me tords la cheville. Les ligaments de mon genou droit commencent à me faire souffrir et j’espère ne pas me faire une tendinite. J’ai aussi une pointe dans la fesse gauche qui m’annonce une sciatique d’enfer ! Il y avait longtemps… Après ma grimpette au Pouce, le deuxième plus haut sommet de Maurice (700 mètres…) en décembre avec deux amis, j’ai souffert pendant trois jours de raideurs musculaires sur les cuisses et les mollets. Douloureux. Je pense que je vais de nouveau y avoir droit cette fois puisque la randonnée fera une douzaine de kilomètres au total pour moi. Un exploit pour une Parisienne entraînée à voguer sur de hauts talons, de la salle de réunion jusqu’à son bureau de luxe !

Mes pensées s’égarent, j’apprécie ma solitude en pleine nature qui me permet de me recentrer un peu de façon positive sur les menus événements de ma vie. Je suis tellement sereine ici que je me demande où je serai dans dix ans. Dans vingt ans. J’ai besoin de bouger ; j’ai déjà envie d’aller voir une autre île ! Toutes me tendent les bras, et sur la zone j’ai le choix : Mayotte, Rodrigues, Madagascar, les Seychelles. Et puis j’ai très envie de retourner aux Maldives en ce moment ! Ensuite ce sera la Nouvelle-Calédonie. Et un jour peut-être la Polynésie ?… De toutes façons, je ne m’imagine pas rentrer en France, même dans dix ans !!!

Ooops !… Encore une glissade, presque un grand écart ! Les fesses à cinq centimètres du sol, une main accrochée à une pierre, tendue sous l’effort pour ne pas retomber sur le dos et prendre le risque d’écrabouiller mon appareil photo dans le sac à dos ! Petit rétablissement qui manque de grâce, je n’ai rien d’une Nadia Comaneci de la grande époque ! Heureusement que je suis seule ! Néanmoins je viens de me tordre la cheville, les socquettes sont marbrées de boue et je m’essuie les mains sur l’herbe avoisinante. Le cœur un peu palpitant, je me promets de faire davantage attention où je mets les pieds. Mais la déclivité m’entraîne plus rapidement vers l’avant et je suis obligée de me freiner souvent pour ne pas prendre de risques. Les hommes étant descendus devant moi, il se passerait un bon moment avant qu’ils ne décident de remonter me chercher si je me trouvais immobilisée… Autant ne pas tenter le sort. Mais sous l’effort, mes genoux flageolent un peu et le droit me fait vraiment souffrir maintenant. Les marches que j’ai eues tant de mal à franchir tout à l’heure en montant, je les descends en crabe désormais tellement elles sont hautes. Et puis les racines apparentes sont autant de pièges dans lesquels mes pieds fatigués se prennent et butent. J’ai hâte désormais de parvenir à la voiture. Et puis, question de fierté, j’aimerais autant ne pas arriver une heure après mes compagnons de randonnée !

J’ai fini par atteindre la voiture vingt minutes seulement après l’arrivée de ces messieurs (qui m’ont applaudie !). Jean-Michel m’a demandé comment je faisais pour ne pas transpirer, futée je lui ai répondu que je savais mieux le cacher que lui. Je me suis gardée de lui expliquer que j’étais en nage en fait, mais que je suis suffisamment habile pour toujours choisir un tee-shirt et un short noirs pour éviter les grandes plaques de sueur sur les vêtements (ce qui est, convenez-en, parfaitement disgracieux !). Nous avons immédiatement repris la route vers Saint-Denis pour déposer notre ami au plus tôt.

Dès que ce fut fait, nous avons filé acheter un poulet rôti et un poulet grillé pour déjeuner parce que nous étions morts de faim ! Je vous explique la différence ?… Le poulet rôti est sur la broche, il tourne lentement tout en étant arrosé très régulièrement de son jus mêlé à de l’huile. Le poulet grillé est d’abord rôti à demi, puis coupé en deux dans la longueur et mis à griller sur ses deux faces sur un grand barbecue.

Quoiqu’il en soit, deux poulets pour trois personnes à 12 €, je vous mets au défi de trouver ça sur Paris ! Délicieux, goûteux, farcis d’ail et moelleux de graissessssssss en tous genres. Un flagrant délit de gourmandise. Mon fils s’est régalé, mon frère et moi nous sommes goinfrés ! Le tout arrosé de Coca pour eux, et d’eau pour moi. Un festin de rois. Nous l’avions bien mérité !

extrait de mon journal, île de La Réunion

(14 avril 2002)

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