bouletop.jpgA l’heure où la terre parle mondialisation, laissez-moi vous indiquer l’une de mes bonnes adresses (en espérant que vous ne lirez cet article que vers 11:00, juste avant votre déjeuner) : le Waterfront Lodge, à Nuku’Alofa, la capitale des Tonga sur l’île de Tongatapu.

_mg_0089.jpg Tongatapu, « l’île interdite » (tapu étant devenu tabou, l’un des mots polynésiens ayant franchi les océans). Mais aussi l’île principale de l’archipel des Tonga, un état royaume indépendant qui s’étend sur 700 km² dans le Pacifique, à la hauteur de la Nouvelle-Calédonie. Quelques 170 îles et îlots pour 99 000 Tonguiens dont la plupart résident sur Tongatapu.


_mg_9820.jpgOn ne vient pas par hasard aux Tonga puisqu’il faut faire une escale obligatoire aux Fidji, en Nouvelle-Zélande, sur l’île Cook ou aux Samoa pour y arriver. Les Australiens, mais surtout les Néo-Zélandais viennent plonger dans l’archipel des Ha’Apai essentiellement, pour trouver les récifs identiques à ceux de la Grande Barrière mais en moins fréquentés. Il y a donc peu d’hôtels aux Tonga, et par chance, après avoir vécu un voyage interminable puisque depuis Tahiti nous avions transité par Los Angeles avant de redescendre sur les Tonga (traverser le Pacifique deux fois en deux jours, quel exploit !), nous découvrons nos chambres au Waterfront Lodge, ancienne maison coloniale parfaitement restaurée, aux chambres vastes avec terrasses dont certaines donnent sur la mer. Un hôtel confortable, calme, très agréable.

Mais ce n’est pas de l’hôtel dont je veux vous entretenir, même si malgré une propreté impeccable j’ai le souvenir d’avoir croisé sur le parquet ciré une araignée dodue dont le corps était gros comme le pouce. Non, ce qui nous a frappés, nous qui sommes malgré nous de « grands voyageurs », c’est son restaurant, au rez-de chaussée.

Chaque fois que j’arrive dans un pays, j’ai hâte de découvrir les spécialités locales. Et dans les îles nous avons souvent le plaisir de goûter à des poissons succulents, des fruits de mer parfaitement accommodés, des sauces piquantes ou légèrement sucrées avec, souvent le lait de coco ou le citron en saveur dominante. Ignorant tout des Tonga, je découvre donc la carte avec l’impatience de la gourmande aux aguets. Et quelle n’est pas ma déception de découvrir des plats italiens !!!…

Une carte relativement courte, quatre a six plats dans chaque catégorie, mais avec des carpaccios, des pâtes, des escalopes, et… des frites !…

L’envie de me lever, d’aller explorer les alentours à la recherche du petit restaurant pour tester plus de couleur locale ! Néanmoins, je suis épuisée et il n’est pas temps de nous éparpiller puisque nous avons quelques séquences à filmer cet après-midi. Chacun passe alors sa commande et attend.

Une attente interminable.

Une heure passe entre la commande et le service de l’entrée.

Mais une surprise agréable se profile : j’ai commandé un poisson (dont je n’ai pas compris le nom) légèrement poêlé, et deux énormes tranches fines sont disposées sur mon assiette sous un effilochage de gingembre et de piment frais. Le réalisateur contemple avec gourmandise son carpaccio de bœuf à l’huile de truffe blanche et au basilic qui est accompagné d’une belle salade verte parfaitement assaisonnée. Mais nous rions carrément en voyant arriver le plat de l’Homme : une énorme pièce de bœuf (un T-bone de 600 grammes !) nappée d’une sauce crème aux champignons (dois-je préciser qu’il n’a pas terminé son assiette de frites faites maison ?). Puis nous sommes littéralement estomaqués en voyant arriver les assiettes de nos deux plongeurs et de notre régisseur qui se rassuraient d’avoir jeté leur dévolu sur une simple assiette de pâtes sauce langouste. L’assiette de spaghettis est simple, effectivement, mais conséquente : une sauce arabiata cuisinée à l’instant, mélange parfumé d’ail, d’oignons, de tomate et de piments. Mais me direz-vous, ce n’était donc pas la sauce langouste attendue ?… Si. Parce qu’en marge de la plâtrée de spaghettis se trouvent les plus grosses demies langoustes que j’ai jamais vues de ma vie dans une assiette !!!

Pour le coup, et c’est suffisamment rare pour le signaler, nous restons tous muets !

Le propriétaire de l’hôtel est un Italien originaire de Turin, installé aux Tonga depuis plus de quinze ans. Son hôtel est l’un des plus beaux de Tongatapu et il reçoit essentiellement une clientèle d’hommes d’affaires australiens ou asiatiques. Et son chef n’est autre que son fils, Italien également. Les assiettes qu’il prépare sont tout bonnement gargantuesques mais délicieuses.

Pendant quatre jours nous nous épuiserons dans la journée en sachant que le soir nous devrons patienter jusqu’à 90 mn (un record qui épuise la patience des plus calmes) pour pouvoir enfin goûter à une viande savoureuse (la plus belle petite pièce de boeuf figurant sur la carte atteint les 350 grammes), à des poissons parfaitement frais et à des langoustes… les plus grosses, les meilleures et les mieux préparées que j’ai jamais mangé ! Lorsqu’elle est proposée « nature », la demie langouste (qui en vaudrait une et demie voire deux dans les restaurants français) est cuite à l’instant, sa chair tendre nappée d’un filet de beurre fondu aromatisé à l’ail, servie avec de la salade verte croquante.

Je n’ai pas découvert la cuisine tonguienne, et le chef m’a assuré qu’il n’en existe pas, que les Tonguiens accommodent chez eux les poissons, les oursins mais aussi les holothuries, les bénitiers, et tous les coquillages qu’ils pêchent dans l’océan inépuisable.

Mais puisque les Tonga sont soudain devenues célèbres grâce au récent mondial de rugby, peut-être aurez-vous un jour envie d’aller traîner votre paréo dans ce coin du monde plutôt que de choisir des destinations plus fréquentées, et moins authentiques. Passez donc deux ou trois nuits au Waterfront Lodge pour sourire avec les serveuses bavardes et rougissantes aux dents ornées de bijoux en or. Et essayez donc les langoustes monstrueuses du chef. Mais les crevettes épicées ne sont pas mauvaises non plus !…

Bon appétit !

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