boulerecit.jpgSi vous l’avez lu plus bas, vous savez déjà qu’hier nous avons vécu une journée assez sportive (plongées, escalade,…). Ajoutez à cela que nous en sommes au huitième jour aux Marquises et à notre cinquième jour de tournage (n’oubliez pas les trois premiers jours de repérage…), et sur un train d’enfer, avec des journées qui démarrent avant l’aube (saleté de coqs qui pullulent partout sur ces îles !!!). Bref, la chaleur est intense (29°), l’hygrométrie dans l’air commence à donner un certain parfum à nos bagages et même les pages de mon carnet de notes s’embuent, et nous accusons le décalage horaire et la fatigue.

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Pourtant aujourd’hui l’Homme et Patrick sont gais comme des pinsons : ils nous ont concocté une petite journée de tournage au fond d’une grotte, sous l’île aux oiseaux. Sympa comme programme. Les Marquisiens d’hier nous ont dit que c’était facile d’accès, mais leurs faces s’allongent quand ils évaluent ce matin le poids de notre matériel (bouteilles de plongée incluses…) et nos sourires s’estompent quand nous arrivons devant ladite grotte : un plafond haut d’une quinzaine de mètres, accès direct depuis la mer, il n’y a en fait aucun chemin d’accès (voir photo en tete). Comme hier, il nous faut grimper à l’assaut de la muraille de calcaire grignotée par le sel et le vent, aux aspérités coupantes comme le fil d’un rasoir et couvertes d’une fine couche de mousse entretenue par l’humidité permanente en ce lieu confiné…

Le transfert de notre matériel se fait en plusieurs rotations de bateau, en fonction de la houle et de la grande habileté de Brice, notre skipper marquisien. Puis nos amis nous aident à sauter depuis l’avant du bateau, directement sur la roche. Comme Spiderman. Sauf que nous ne sommes pas des Spidermen.

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Néanmoins, une fois tous à l’entrée de la grotte, il nous faut encore y pénétrer… Ce qui signifie progresser à pas prudents sur des empilements de roches branlantes et glissantes, en surplomb de la mer avec des passages particulièrement hasardeux et sans assurance, avec matériel à transporter, et sous l’œil de la caméra de Patrick qui souffre autant que nous mais qui n’en perd pas une miette ! Les Marquisiens sont patients, ils se prêtent aisément au jeu des « il faut la refaire je n’ai plus de batterie ! » et s’amusent à répéter après nous en se tendant les sacs de précieux équipements : « c’est fragile ! » ou « c’est super fragile ! » ou bien encore « c’est super extra fragile« . Tout dépend du contenu : mon appareil photo, objectifs et divers accessoires, les éclairages sous-marins et leurs batteries, ou carrément la caisse du caisson sous-marin qui ne supporterait aucun choc. Il nous faut quarante bonnes minutes pour nous glisser à l’intérieur de la grotte, par un boyau étroit qui nous fait pénétrer dans une atmosphère glauque où règne 90 % d’humidité dans l’air et où toute pierre est visqueuse. Tout ce que nous touchons est vert de gris, poisseux, gluant. Mais là est l’univers que l’Homme veut montrer dans ce film, les eaux souterraines…

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Nos trois plongeurs se mettent à l’eau et filment quelques séquences tout en respectant les consignes de sécurité données très vite par l’Homme : la marée est montante et deux petites galeries apportent leur flux et reflux de chaque côté de la vasque noyée. Avec la violence des vagues et le grondement de la marée, ils doivent veiller à ne pas se laisser aspirer par l’une des galeries qui ne les relâcherait pas…

Alors que le niveau d’eau monte encore Patrick décide de pousser l’image plus loin et enferme sa précieuse caméra dans un grand sac étanche. Il veut filmer le reflet des lampes des plongeurs dans l’eau sous un autre axe et s’éloigne avec de l’eau jusqu’à la taille, guidé dans l’eau par deux Marquisiens qui veillent à sa sécurité. Il reviendra au bout de vingt minutes, content de ses images mais frustré de n’avoir pas pu pousser l’exploration encore plus loin : la marée devient dangereuse et l’Homme recommande de ne pas s’aventurer au-delà.

Nous ressortons de cette grotte au bout de trois heures, par le chemin que nous avons emprunté et qui n’est pas plus facile qu’à l’aller. Pour éviter les passages les plus difficiles sur les roches acérées certains des Marquisiens sautent carrément de cinq ou six mètres de haut direct dans l’eau turquoise (photo ci-dessous). Nous aimerions les imiter mais… pas avec notre matériel.

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Quand enfin nous atteignons le point de jonction avec la barque à moteur qui nous attend un mètre cinquante plus bas, il faut attendre que la houle la rehausse de quelques précieux centimètres puis nous sautons, chacun notre tour. Nos chaussures rendues glissantes par la boue accumulée rendent l’opération plus délicate. Et je m’effondre sur l’avant de la barque, mon pied glissant inexorablement sur le bois verni. Sans l’habileté d’un Marquisien j’aurais eu davantage de bleus que ceux que j’arbore dorénavant sur la hanche droite !

Nous avons vécu aujourd’hui une bien belle journée, mais totalement épuisante physiquement ! Et pourtant nous enchaînons sur une séquence sur Ua Huka avec Léon, le maire de l’île qui nous montre les crânes trophées d’anciennes guerres tribales puis nous levons l’ancre avant la fin de l’après-midi pour une nuit de traversée vers l’île d’Hiva Oa, la plus grande des Marquises.

Je vous le dis : je n’aime pas le catamaran. Ca me rappelle les suspensions de la DS blanche dont mon père était si fier lorsque j’étais enfant mais qui me rendaient si malade au moindre trajet…

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