Maldives, raie manta

Chacun de celles et ceux qui pratiquent la plongée sous-marine rêvent de tremper leurs palmes un jour dans les eaux des Maldives pour avoir la chance de croiser des raies manta.

La meilleure période pour observer les raies manta à Hanifaru ? Le matin, dans les heures qui suivent la nouvelle lune, en août. Pourtant elles sont présentes toute l’année ou presque…

Ce matin aux Maldives le soleil perce une eau lourde et verdâtre, les rayons griffant la surface comme autant de lames de feu. Seule témoin de mon escapade sous-marine du matin, une raie aigle, gracieuse et majestueuse, l’une de mes favorites.

Sur le bateau je range déjà mon ordinateur de plongée, fidèle Aladin qui accompagne toutes mes sorties en mer. Ce matin il n’affiche que 11 mètres de profondeur pour une plongée que nous avons étirée jusqu’à 42 minutes. Quarante-deux minutes à attendre l’instant de grâce, celui qui n’est pas venu. Bien sûr il y a eu le vol de ces trois manta pendant quelques brèves secondes, mais rien de vraiment spectaculaire par rapport à ce que m’avait annoncé Guy.

Guy Stevens est britannique et passionné, il dirige le centre de biologie marine fondé par l’hôtel Four Seasons Landaa Giraavaru à Baa, l’un des atolls des Maldives les plus riches en terme de faune sous-marine. Avec ses collègues (dont un souriant Breton) il étudie les raies manta depuis des années ; il cherche, observe, répertorie, établit des rapports de migration de ces grands poissons longtemps diabolisés, parfois encore pêchés. Les manta, il les aime tant qu’il s’est imposé petit à petit auprès du gouvernement maldivien qui a bien compris que pour préserver le tourisme il faut désormais accentuer la protection des fonds marins, véritable fonds de commerce.

27 % des snorkelers et des plongeurs caressent encore les raies manta ou s’agrippent à elles…

Ce matin Guy avait promis de m’emmener sur l’un des sites qui attire nombre de manta à certaines périodes de l’année, un site qu’il aimerait garder secret pour le protéger des pêcheurs locaux qui n’ont pas encore tous compris : Hanifaru.

Lors de notre arrivée un bateau de pêche était là justement, qui s’est éloigné avant que nous n’ayons le temps de nous amarrer à la bouée installée pour éviter le raclement des coraux par les ancres. Quand nous sommes sortis de l’eau tout à l’heure c’est un bateau de plongée qui stoppait, larguant une dizaine de nageurs en palmes, masque et tuba, excités à la perspective de voir des raies manta. Des Italiens, hurleurs. Les manta entendent-elles sous l’eau ce qui se passe en surface ? Je le crois…

Guy est contrarié, mais s’efforce de ne pas le montrer. Il explique que les manta ne reviendront plus sur ce site si elles se sentent traquées trop souvent, qu’elles partiront ailleurs pour se rassembler dans des eaux plus calmes pour se nourrir, jouer, se reproduire aussi. Ici à Hanifaru on peut les observer lorsqu’elles se nourrissent, ou quand elles font halte sur la station de nettoyage. Le capitaine de notre bateau fait mine de lever l’ancre, Guy l’arrête d’un geste discret. Elles pourraient venir, quand les nageurs se seront lassés. Il me recommande de ne pas ranger mes palmes et mon masque ; nous patientons.

Demain il part pour la Polynésie, dans cet autre océan où s’ébattent les manta pour le plus grand bonheur des plongeurs amateurs : dans moins d’un mètre d’eau elles viennent frôler les touristes, attirées par un nourrissage quasi systématique. Une commission se réunit à Tahiti pour tenter de rassembler les connaissances, pour synthétiser les observations des uns et des autres, pour essayer d’établir une charte de protection des raies manta.

En moins de vingt minutes les nageurs s’épuisent en surface, et remontent à bord de leur bateau. Ils reviendront demain. Pas un mot n’a été échangé entre les deux capitaines de bateau, ni entre Guy et le responsable de l’autre bateau. Les regards s’évitent, et l’autre bateau s’éloigne rapidement.

Alors Guy s’installe à l’avant de notre embarcation et scrute la surface. Il sait qu’elles sont là…

Ces photos m’ont été confiées par Guy Stevens – Scubazoo Images. Reproduction interdite.

Une ombre file soudain sous le bateau, puis une autre. Le skipper tend le doigt pour attirer notre attention, Guy réajuste sa combinaison, ramasse ses palmes. J’en fais autant, prestement, tout en surveillant la surface qui s’obscurcit petit à petit, comme si ces demoiselles avaient attendu le départ des Italiens pour se montrer.

Silencieusement nous nous glissons dans l’eau, sans une éclaboussure. Il m’entraîne cinquante mètres plus loin, là où nous étions tout à l’heure, quand elles n’étaient que trois. Tandis que je palme tranquillement j’en vois passer cinq puis dix, deux ou trois mètres plus bas. Elles se rendent toutes au même point de rencontre, de plus en plus nombreuses.

Sous le soleil de midi voici le plus spectaculaire des ballets : peut-on parler de banc lorsqu’il s’agit de raies manta ? Je l’ignore. Mais elles sont plus d’une trentaine à jouer ici, à se nourrir, à s’interpeller, à se poursuivre. Elles ne s’occupent pas de nous, pauvres humains flottant en surface comme autant de silhouettes désincarnées, elles nous ignorent ou s’habituent à notre présence. Parfois l’une d’elles vient au contact, frôle un bras, frotte son dos jusque sous mon ventre. J’étends la main et une noiraude ourlée de gris pâle glisse un bout d’aile sous ma paume, comme une salutation.

Une autre, plus jeune, moins large, saute presque hors de l’eau sous l’assaut de deux cousines qui la poursuivent. Elles virent, esquivent, reviennent, repartent. Des adolescentes…

J’ai envie de caresser une peau presque râpeuse même si elle semble velue sous l’eau. Promis, je ne l’ai pas fait, mais la tentation était grande tandis qu’elles se prêtent au jeu de la séduction : 27 % des snorkelers et des plongeurs caressent encore les raies manta ou s’agrippent à elles, malgré l’interdiction…

Ce bal des manta je ne l’oublierai pas, il restera gravé en moi comme une bulle dans un espace-temps sur l’infini de mes souvenirs de voyageuse-plongeuse. Un privilège, une récompense. Celle de la patience sans doute, du respect aussi.

 

Souvenez-vous…
S’offrir un voyage ou une croisière-plongée pour rencontrer des raies manta (ou dauphins, baleines, requins,…) ne garantit JAMAIS que les espèces seront effectivement au rendez-vous. Ne le reprochez pas à votre moniteur de plongée !

Je recommande…
Si une raie approche, ne bougez plus, respirez calmement, ne vous agitez pas : généralement curieuse, si vous restez immobile elle reviendra à plusieurs reprises, intriguée, et vous en profiterez.

Plongez avec le labo marin…
Hôtel Four Seasons Landaa Giraavaru, dans l’atoll de Baa

Maldivian Manta Ray Project : soutenu par la Fondation Save Our Seas et les hôtels Four Seasons, le projet Maldivian Manta Ray a créé depuis 2005 une base de données répertoriant plus de 1 700 raies manta identifiées grâce à leurs tâches. Il développe aussi un marquage satellite et acoustique, avec le soutien du ministère maldivien de la pêche. L’observation des manta, mais aussi des requins baleines, sur le site de Hanifaru génère chaque année environ 250 000 U$ de revenus pour l’économie locale. Les 6 hôtels présents dans l’atoll de Baa et les villages locaux ont créé une association de protection de l’environnement (Baa Atoll Project) et le gouvernement maldivien a décrété Hanifaru Zone Marine Protégée tandis que l’UNESCO envisage de classer l’atoll de Baa en tant que World Biosphere Reserve.

Pour en apprendre davantage : Maldivian Manta Ray Project

J’ai rédigé cet article pour une publication sur le premier numéro du magazine de voyages gratuit (et online) Repérages Voyages. Je publie cet article sur ce blog pour lui offrir une seconde vie, et permettre à de nouveaux lecteurs de découvrir mes publications sous toutes leurs formes.

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