Coucher de soleil aux BahamasQuand Paris disparaît sous la neige, quand même Marseille s’essouffle sous le froid, quand la morosité déborde de nos écrans TV et que la « crise » étouffe nos projets dans l’oeuf, il est temps de s’évader de ce quotidien qui nous rattrape malgré tous nos efforts. Un bon vieux George Michael jazzy en musique de fond sur le Mac, et je me jette sur quelques photos étiquetées « coucher de soleil » pour me remettre dans l’ambiance d’un soir sous les tropiques, quelque soit l’hémisphère… Et puisque j’ai l’âme partageuse, que diriez-vous de m’accompagner, pour quelques mots, sur une plage des Bahamas ?…

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A l’heure où j’écris il fait 3° sur Paris, et 23° sur Nassau à 7 344 km de là, avec cinq heures de décalage en moins. Une motivation suffisante pour s’envoler à tire d’ailes sur l’unique compagnie aérienne qui offre un vol hebdomadaire direct entre la France et les Bahamas pour environ 800 €, XL Airways. Je ne fais pas de pub, je souligne juste le fait qu’on peut depuis décembre se rendre aux Bahamas pour un séjour plage ou plongée sans passer par les Etats-Unis et leurs procédures d’immigration qui en rebutent plus d’un parmi nous.

Les Bahamas, une destination à laquelle les Français ne songent pas de prime abord puisque les statistiques démontrent que la clientèle touristique sur place provient à plus de 80 % des Etats-Unis. Normal quand on sait qu’il faut vingt minutes d’hydravion entre Miami et l’île de Bimini, ce dont ne se privait pas Hemingway lorsqu’il venait pêcher le marlin avant d’écrire Le Vieil Homme et la Mer. Je n’aurais non plus jamais imaginé me rendre un jour aux Bahamas qui ressemblaient au panthéon de mes idées préconçues à un Disneyworld pastel pour banquiers véreux et stars sur le retour. Jusqu’à ce que le travail m’y expédie !

Andros. Drôle de nom me direz-vous pour une île des Caraïbes ! Pour ma part j’ignorais qu’une marque de confitures pouvait avoir pour homonyme l’une des plus belles îles de l’archipel. Mais quand un laser de feu taquina mes paupières à une heure indécente du troisième jour de mon voyage, je ne pus résister plus longtemps à la curiosité légitime qui me poussait à découvrir l’origine de cette intrusion malvenue. C’est ainsi que je me retrouvais par un beau matin de décembre en short et sweat-shirt enfilés à la hâte, sur une plage non touristique de l’île la plus grande et la plus authentique des Bahamas. 

La porte du bungalow à peine poussée, et je me retrouvais en plein décor d’X-Files ! Surréaliste !

Lever de soleil sur Andros aux Bahamas

Quelle heure était-il ?!… Etais-je en plein décalage horaire ?… Mon rythme chronobiologique avait-il confondu soir et matin ?… Avais-je donc dormi plus de 18 heures d’affilée ?…

Abasourdie, l’esprit encore embrumé par les vapeurs d’un sommeil lourd après quelques plongées dans un courant musclé la veille, j’activais presque mécaniquement le menu de mon appareil photo pour y chercher l’heure : 05:30 du matin !… Je n’étais donc pas en retard, je n’avais pas trop dormi, je ne nageais pas en pleine confusion. Mais alors, avais-je sous les yeux le plus flamboyant des levers de soleil que j’aie jamais vu ?!!!…

Oui.

J’avançais rapidement sur le sable crissant qui se dérobait sous mes pieds pour approcher de l’eau, une cinquantaine de mètres devant moi, hypnotisée par le dieu soleil drapé de feu. Le ciel embrasé se transformait de seconde en seconde, laissant place progressivement aux premières lueurs bleutées annonçant un ciel aussi dégagé que la veille. Le soleil déployait ses rayons un à un comme autant de tentacules partant à la recherche de nourriture terrestre, heurtant les volets des bungalows alentours, caressant la coque des bateaux ancrés dans la baie, vernissant le feuillage des cocotiers autour de moi. Je trébuchais sur un énorme coquillage nacré de rose, friandise favorite des Bahaméens qui ont désormais l’interdiction de l’exporter sous peine d’extinction de l’espèce. Les lambis ponctuent le sable des fonds sous-marins et colorent les plages de l’archipel aux 700 îles… 

Lever de soleil sur Andros aux BahamasJe me souviens avoir fait une dizaine de photos, sans trop y penser tant j’étais absorbée par la magie de l’instant. L’une de ces manifestations de la Nature qui vous font réfléchir, qui vous transposent dans un monde parallèle d’où germent quelques pensées ésotériques, voire existentielles. Qui sommes-nous, frêles humains, pour nous colleter à l’univers, tenter d’en percer les mystères ou d’en transformer la destinée ?  

De tels spectacles naturels rendent humbles. De cette humilité dont manquent certains. 

Mais à peine avais-je songé à ce don du ciel que l’atmosphère avait déjà changé. Les premiers chants des grues dans la mangrove toute proche, quelques frémissements de palmes au-dessus de ma tête, la chute d’une noix de coco joufflue à quelques mètres, et le grincement de porte d’un autre visiteur extrait de son lit aux petites lueurs du jour. Mais pour lui, il était déjà trop tard. Trop tard pour célébrer la naissance du jour, trop tard pour jouir de l’instant. Il ne lui restait qu’à humer l’air salin à pleins poumons et se repaître de la sérénité des lieux : le bateau dansait mollement sur des vaguelettes sans conviction, un pélican s’ébrouait en tressaillements hésitants, et le soleil chassait du ciel toute trace de sang témoignant de la mise à mort de la nuit achevée.

Un nouveau jour se levait sur la plage d’Andros…

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