Bhoutan, monastère Taktshang ©Marie-Ange Ostré

Je suis partie en voyage au Bhoutan pendant 14 jours début octobre 2014. Voici mes impressions générales quant à ce voyage d’exception.

Le Bhoutan est un royaume d’Asie, état indépendant situé entre le nord de l’Inde et la Chine (Tibet), sur la chaîne montagneuse de l’Himalaya. Ce pays est encore très peu fréquenté par les voyageurs : le Bhoutan a ouvert ses portes aux étrangers depuis 1978 seulement (aux touristes depuis 1998), le gouvernement souhaitant préserver avant tout son environnement, sa culture et ses traditions. Il est donc important de connaître vos objectifs pour ce voyage : paysages, randonnée, culture.

Le Bhoutan est réputé pour être l’un des derniers sanctuaires en terme de flore et de faune. C’est le dernier pays au monde à avoir accepté la télévision sur son territoire, et le dernier pays à s’être connecté à Internet.

C’est aussi un pays « non fumeur », où il est illégal de fumer quelque tabac que ce soit (même si au coeur du pays j’ai vu des plants sauvages de cannabis en bordures de champs). Fumer coûte très cher, tant au vendeur (sous le manteau) qu’au consommateur.

Pour toutes ces raisons je rêvais depuis une trentaine d’années de me rendre au Bhoutan, une forme d’aboutissement pour ma vie de voyageuse au long cours.

Sachant que je ne visiterais ce pays sans doute qu’une seule fois dans ma vie je souhaitais aller là où les touristes ne vont pas habituellement, c’est-à-dire pousser jusqu’aux limites de l’Est du pays. Je ne le regrette pas puisque je peux dorénavant avoir un avis global sur ce pays, et pas seulement sur la boucle habituellement parcourue par la grande majorité des visiteurs. Cependant, pour être sincère, si vous connaissez déjà le sud-est asiatique et ses rizières il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin vers l’Est.

Ce pays est superbe et je suis très heureuse de l’avoir exploré plus que nécessaire. Néanmoins je n’en garde pas un souvenir conjugué au superlatif, je suis même déçue par certains aspects. Voici donc mon point de vue sur ce voyage au Bhoutan (comme d’habitude sur ce blog de voyages cet avis est personnel et n’engage que moi).

Je suis parfois surprise par les commentaires dithyrambiques de certains voyageurs sur Internet à propos du Bhoutan…

Ce pays est superbe et je suis très heureuse de l’avoir parcouru plus que nécessaire. Néanmoins je n’en garde pas un souvenir conjugué au superlatif, déçue par certains aspects. Voici donc mon point de vue sur ce voyage au Bhoutan (cet avis est personnel et n’engage que moi) :

Pourquoi faut-il préparer avec soin son voyage au Bhoutan ?

Même si je parle rarement de budget parce que c’est une notion personnelle à chacun, un voyage au Bhoutan est onéreux. Et pour diverses raisons, on ne se rend pas au Bhoutan en mode sac à dos (backpacker pour reprendre un terme anglophone et à la mode) et le nez au vent.

D’autre part on ne peut pas improviser son voyage une fois sur place. Pour obtenir un visa d’entrée sur le territoire bhoutanais (si vous n’êtes pas né dans les régions limitrophes de l’Inde) il vous faut obligatoirement passer par une agence de voyages locale agrée par le gouvernement qui impose un minimum de dépenses à engager par jour, et à régler avant même d’obtenir votre visa.

Voyons donc ci-dessous quelques éléments qui vous permettront de préparer votre voyage au Bhoutan.

Le Bhoutan est le dernier royaume situé dans la région himalayenne, avec une superficie équivalente à celle de la Suisse. Sa population estimée à 750 000 habitants est répartie essentiellement sur les hauts plateaux et dans les vallées de l’ouest du pays. Son économie est basée sur l’agriculture, l’élevage, l’exploitation forestière, la vente à l’Inde d’électricité (origine hydrodynamique), et plus récemment le tourisme. Plus d’informations sur le site web de l’office de tourisme du Bhoutan.

Le coût d’un voyage au Bhoutan

Vous paierez 250$ en haute saison par jour et par personne, pour un hébergement en catégorie standard, incluant la majorité des repas (sauf exception indiquée avant votre départ), la voiture de location catégorie standard ou le mini bus pour un groupe, le carburant, le chauffeur et le guide anglophone. Il existe bien un tarif basse saison, mais croyez-moi vous n’aimeriez pas dépenser autant d’argent malgré tout pour ensuite sur place connaître des restrictions sur les routes (effondrements suite à de fortes pluies, parcs fermés, hôtels fermés, etc…). Si vous avez envie de pouvoir rencontrer la population et de prendre de belles photos, envisagez la haute saison sans hésiter. D’autant que la différence de prix par jour n’est pas aussi importante.

Ajoutez à cela les frais d’avion pour vous rendre au Bhoutan : la compagnie nationale Drukair est la seule autorisée à pénétrer dans l’espace aérien du Bhoutan (quand on approche l’aéroport de Paro, seul point d’entrée internationale, on comprend aisément cette restriction !).

Ajoutez donc les frais de l’inévitable stop à Bangkok ou New Delhi, et souvent une nuit d’hôtel obligatoire pour patienter jusqu’au lendemain (les vols vers le Bhoutan s’effectuent en matinée).

N’oubliez pas les frais de visa pour entrer en Inde, un visa (même pour une nuit) à obtenir avant votre départ de France.

Ajoutez également à ce devis des suppléments si vous souhaitez dormir dans des chambres ou des hôtels de catégorie supérieure (des suppléments importants). Sans oublier le budget pour des achats locaux (tissages onéreux, bijoux traditionnels moins cher, objets réalisés en bois ou en os et / ou poils de yack, etc…).

7 jours ou 14 jours au Bhoutan ?

Ceux qui me lisent sur ce blog depuis 2004 savent que je n’aime pas me contenter des ”incontournables” en voyage. J’aime sortir des sentiers battus quand c’est possible, même si je ne néglige pas les sites recommandés par les lecteurs et par les offices de tourisme. J’ai du insister beaucoup auprès de l’agence de voyages locale pour obtenir un itinéraire qui ne soit pas l’une des deux ou trois boucles que l’on propose aux touristes au départ de Paro, l’aéroport international.

Je ne voulais pas faire de trek (souvent 2 ou 3 jours, au Nord de Punakha ou de Thimphu) : trop de temps consacré (à mes yeux) à une seule randonnée (de longue durée certes, et plus contemplative). Et je tenais à aller explorer les régions de l’Est, moins fréquentées, pour avoir un vrai aperçu de ce pays rare. Du fait de l’éloignement de la capitale et des villes habituellement visitées, les routes sont moins bonnes et souvent en travaux. L’agence a fini par me construire un itinéraire de 14 jours au Bhoutan, en me prévenant que les conditions seraient plus basiques en fin de parcours (ce que j’ai accepté sans difficulté).

Néanmoins, et malgré le plaisir que je conserve à l’idée que j’ai fait un voyage très particulier, sachez qu’un voyage au Bhoutan au-delà de 7 jours peut s’avérer monotone. Au cours de ces journées de voiture vous vous arrêterez dans le monastère, puis le temple, et la forteresse que détient chaque province du pays. Vingt provinces = vingt monastères, vingt temples (au minimum), et vingt forteresses.

Tous ces bâtiments d’une belle architecture sont construits en majorité sur le même modèle, et surtout rénovés (souvent récemment) de la même façon. Après la troisième forteresse on s’ennuie un peu, après le cinquième temple on aspire à se promener dans les ruelles des villages plutôt qu’à écouter les mêmes légendes ou la même histoire du très vénéré Guru Rinpoche pour la cinquième fois.

Cependant certaines forteresses et certains monastères présentent quelques particularités, il ne faut donc pas les manquer : plus anciens, ou mieux rénovés, ou plus vastes, ou encore abritant un petit musée, ou une vraie communauté de moines qui ne sont pas là seulement pour les touristes.

Par rapport aux activités proposées sur le chemin (peu nombreuses) et aux distances parcourues, ce voyage m’a paru parfois interminable quand je passais la majeure partie de la journée en voiture, sur des routes chaotiques de surcroît (même si j’avais payé le supplément pour une voiture 4×4 individuelle sans grand luxe rassurez-vous, et avec un chauffeur très doué tout autant que charmant).

S’il est vrai que ce petit royaume de l’Himalaya mérite le détour du fait de somptueux paysages montagneux, d’une population discrète mais accueillante, et d’une faune qui doit être certainement intéressante lorsque l’on sait vous la montrer, il s’agit tout de même d’un voyage façon road-trip : pour rejoindre deux hôtels en voiture (donc changer de région sinon de ville) il vous faudra parcourir de 6 à 8 ou 9 heures de voiture chaque jour.

Du fait de la topologie de ce pays montagneux (je rappelle que vous voyagez au Sud de l’Himalaya), du fait aussi des routes qui sont toutes en travaux quasi permanents (élargissement de la chaussée, création de ponts, et surtout nettoyage des éboulements et glissements de terrains), votre véhicule dépassera rarement les 40km/h dans ce pays où la vitesse est limitée partout à 50km/h (comment pourraient-ils rouler plus vite sur ces routes en lacets ?) et 80km/h près de la capitale sur une deux voies récente. Des tronçons de route sont parfois coupés littéralement à certaines heures du jour afin de permettre les travaux et vous vous lèverez à l’aube pour atteindre à temps cette portion qui ne laisse passer les véhicules que pendant une heure. Conduire de nuit n’est guère recommandé sur ces routes accidentées, les chauffeurs s’y risquent peu.

Notez aussi que sortir du circuit habituel vendu aux touristes vous fait pénétrer dans des provinces qui ont encore un check-point : votre chauffeur s’arrête devant un petit bâtiment administratif, et votre guide fait tamponner votre programme de voyage par quelques officiels qui valident votre entrée en cette province. On vous dit que c’est pour pouvoir vous localiser plus facilement en cas de problème sur la route. Je pense qu’il s’agit davantage de surveillance de la part de l’état qui ne souhaite pas de tourisme itinérant indépendant plutôt que de bienveillance. J’ai ressenti davantage d’inquiétude en passant des check-points dans l’Est de l’Egypte, non loin de la frontière soudanaise. Ici les enfants vous regardent avec de grands yeux surpris, et les officiels sont plutôt souriants, voire curieux, même si votre itinéraire a été dûment validé par l’état avant même votre arrivée sur le sol bhoutanais. Un petit côté Indiana Jones amusant. Au moins vous avez le sentiment d’avancer sur votre parcours !

Alors, 7 ou 14 jours pour votre voyage au Bhoutan ? Si vous souhaitez voir l’aperçu le mieux rodé du pays, privilégiez un circuit de sept jours qui vous fera découvrir Paro, Thimphu et jusqu’à Bumthang (au centre du pays), puis retour à Paro. Si vous aimez le trek des circuits vous mènent vers Thimphu puis Punakha à peu de kilomètres de distance avant de vous orienter sur des chemins sur lesquels vous serez accompagnés.

Le séjour de 14 jours au Bhoutan conviendra au grand voyageur, curieux de nature, désireux d’en voir davantage et surtout d’entrer en contact avec une population qui croise très très peu de voyageurs. Au prix d’un peu d’ennui sur les routes.

Quelle période choisir pour votre voyage au Bhoutan ?

Comme je le dis plus haut il vaut mieux favoriser la haute saison (même si cela me semble presque étrange de l’écrire !) : la différence de tarif entre basse et haute saison ne justifie pas que vous preniez le risque important de mauvais temps pendant votre voyage au Bhoutan, un climat qui ici a un très gros impact. Il peut arriver par exemple, d’après mon guide, que les avions ne puissent pas décoller depuis l’Inde ou la Thaïlande pendant plusieurs jours si une couche de nuages bloque l’accès à Paro, l’aéroport situé au creux d’une vallée déjà difficile d’accès. Auquel cas vos frais dans l’un de ces deux pays de transit augmentent, et votre itinéraire sur place au Bhoutan risque fortement d’être affecté par des restrictions. Envisagez la basse saison seulement si vous avez une bonne raison : l’observation d’espèces animalières à une saison particulière par exemple. Sans compter l’état des routes en basse saison, on m’a dit que l’accès aux régions du centre et de l’Est est souvent restreint.

Je suis allée au Bhoutan sciemment en période de festivals de chants et danses traditionnels. A ne pas manquer si vous souhaitez observer la population en costume traditionnel de fête même s’il vous faudra pour cela subir le soleil sans abri pendant des heures à Thimphu (emportez chapeau, lunettes et crème solaire), ou subir les touristes mal gérés (au festival du feu dans la région de Bumthang où les moines se montrent d’ailleurs excédés par l’afflux de touristes indisciplinés, des touristes essentiellement locaux). Au bout d’une journée et demi de festival vous irez chercher le calme ailleurs.

Bien sûr ces festivals culturels se tiennent en fin d’été : vous ne verrez donc aucune des célèbres (et innombrables) forêts de rhododendrons ou azalées en fleurs, le paysage montagneux s’avère alors très vite monotone malgré de superbes vallées encaissées et au loin (très loin) les sommets enneigés les plus hauts de l’Himalaya au gré des cols traversés. Pour voir les rhododendrons en fleurs préférez la fin mars (début de printemps, pluvieux et gris, avec des routes parfois impraticables – j’insiste – d’après les dires de mon guide et de mon chauffeur).

Les prestations hôtelières ne sont pas encore toutes à la hauteur

Le profil de votre itinéraire dépendra aussi du choix de vos hôtels. Les hôtels en catégorie standard (jusqu’au 4 étoiles) sont parfois décevants : mal entretenus pour certains, avec une salle de bains très sommaire pour d’autres. Il ne faut pas craindre les douches avec seau et louche pour vous arroser, et les sanitaires propres mais ayant subi plusieurs générations. Les matelas sont souvent rudes. Prévoyez un pyjama et des chaussons pour naviguer dans votre chambre en soirée et de nuit (il fait froid, même en septembre).

A la frontière entre le Bhoutan et l’Inde au dernier jour de mon voyage j’ai carrément claqué la porte en annonçant que je préférais dormir dans la voiture plutôt que dans cette chambre à la salle de bain puant l’urine depuis sans doute des années. Très embarrassé (le responsable de l’agence de voyage locale refusait de me répondre au téléphone) mon guide a réussi à me trouver une chambre très propre dans un petit hôtel à proximité, ce qui m’a permis de surcroît de profiter d’un excellent dîner indien. Le confort de base ne devrait pas se passer d’hygiène la plus élémentaire, même au bout du monde. Sinon autant dormir à la belle étoile.

Si je compare avec les tarifs pratiqués en Asie dans cette même région les hôtels de catégorie supérieure au Bhoutan sont très cher. Certains offrent un confort à la hauteur de ce tarif, d’autres mériteraient d’être déclassés. D’après ce que j’ai pu constater sur place globalement un 4 étoiles au Bhoutan serait plus proche d’un 3 étoiles en France, même si je n’aime pas comparer les catégories d’un continent à l’autre. J’évoque le sujet des catégories d’hôtel sur cet article.

Attention : votre agent de voyage aura tendance à vous loger dans des établissements bas de gamme, sans doute pour augmenter son profit. Avant de payer la totalité de votre voyage au Bhoutan exigez de recevoir le nom et les coordonnées de chaque hôtel sur votre parcours et cherchez des informations sur Internet même si nombre de ces établissements (hôtels ou restaurants) n’ont pas encore de site web ou ne sont pas référencés par les sites d’avis en ligne.

Sur place si vous avez un doute en arrivant à l’hôtel, insistez pour parler avec votre agence, et si nécessaire faites donc un peu pression en menaçant de vous plaindre au ministère du tourisme ou de le signaler sur vos réseaux sociaux. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant, et je ne le referai sans doute jamais plus, mais cela indique mon degré de frustration sur le moment. Payer cher pour un voyage rare, d’accord. Encore faut-il que les prestations hôtelières le méritent, Bhoutan ou pas.

On ne voyage pas au Bhoutan pour découvrir les charmes de sa gastronomie : elle est quasi inexistante et le ministère du tourisme est à peu près honnête sur cet aspect. Globalement vous mangerez la même chose, à tous les repas ou presque. Sauf si vous résidez dans les hôtels de luxe qui sauront diversifier un peu leur offre, au prix de tarifs d’importation de produits plutôt exorbitants. Je vous invite à lire mon article sur la cuisine bouthanaise.

En ce qui concerne les hôtels et les restaurants je vous propose de retrouver mes commentaires publiés sur un réseau que j’apprécie peu tant j’y retrouve parfois des commentaires criants de mensonge (publiés parfois par les propriétaires ou amis de quelques établissements ou au contraire par des concurrents mal intentionnés, notamment à Lombok en Indonésie où je vis). Malgré tout, le Bhoutan étant très peu commenté sur TripAdvisor mes commentaires pourront peut-être éclairer certains voyageurs désireux de s’y rendre, même si TripAdvisor a par ailleurs refusé à trois reprises l’un des avis (peu complaisant mais objectif et argumenté) que je souhaitais publier au sujet d’un hôtel soit-disant 5 étoiles déjà référencé par le géant des avis online (cet avis a finalement été accepté par TripAdvisor mais je m’interroge toujours sur la raison principale de ces trois rejets qui prétextaient que mon avis n’était pas cohérent avec la charte de TripAdvisor). Notez que cet hôtel payait pour faire de la publicité sur TripAdvisor.

Voici le lien vers mon profil TripAdvisor pour retrouver mes avis sur les hôtels et restaurants que j’ai testés sur place pendant mon voyage au Bhoutan :

Ce voyage au Bhoutan fut-il le plus beau voyage de ma vie ?

Non. Et de loin (j’ai exploré à ce jour 72 pays dont 16 en Asie).

Mon sentiment de voyageuse après cette exploration du Bhoutan est d’avoir été quelque peu abusée par un discours marketing trop bien rôdé, le fameux « Bonheur National Brut » et autres mantras du même type. Globalement, on m’a trop fait rêver.

D’abord sur place les contacts directs avec la population locale sont rares (750 000 habitants seulement dont 95% ne parlent pas anglais surtout en dehors des deux grandes villes, Thimphu et Paro), répartis dans des villages souvent à l’écart des grandes routes praticables en voiture puisque les Bhoutanais vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage sur des pâturages situés en altitude. Ne pas pouvoir communiquer avec la population est pour moi un gros handicap.

Il faut donc passer systématiquement par l’intermédiaire de votre guide et de votre chauffeur (des compagnons de route absolument charmants mais imposés par l’Etat qui interdit aux voyageurs étrangers de conduire au Bhoutan, sauf si vous êtes natifs du Nord de l’Inde toute proche).

La difficulté des échanges avec la population locale en dehors de votre chauffeur et de votre guide accentue ce sentiment de monotonie dans le voyage. Leur niveau d’anglais peut vous handicaper parfois pour leur faire comprendre votre question, et je me suis surprise en fin de voyage à poser deux ou trois fois la même question (concernant la population) pour obtenir soit la même réponse formatée, soit trois réponses différentes au cours de la journée. Le contact direct avec les moines âgés qui parlent parfois un peu d’anglais embellit alors grandement votre journée.

D’autre part, comme je le souligne plus haut, même si j’avais soigneusement préparé cet itinérance six mois à l’avance avec l’agence de voyage (obligatoire je le rappelle) choisie librement sur Internet mais agréée par le ministère du tourisme du Bhoutan, j’ai tout de même eu le sentiment d’avoir été parfois manipulée sur place : hôtels peu conformes à ce qu’on vous laisse envisager, trajets souvent trop longs (en terme de durée mais les hôtels sont peu nombreux en dehors de la boucle touristique classique), visite d’un parc botanique laissé en friche (disons abandonné), oiseaux migrateurs garantis sur le programme (ah ?) mais « hélas ce n’est pas la bonne saison..« , nuit dans un village d’artisanat pour admirer la sculpture sur bois pourtant ”nous sommes dimanche et le dimanche tout est fermé… » (trois heures de route en sens inverse pour revenir au point de départ du matin), etc…

Ajoutez à cela la monotonie dont je parle plus haut quant aux nombreux monastères, temples et forteresses qui pour beaucoup (en tous cas pour les principaux fleurons du pays) ont été récemment rénovés et n’ont plus grand-chose de véritablement historique même si la rénovation est visiblement de qualité.

Sans compter le passage obligatoire sur la route de Punakha dans ce village dont les touristes Chinois raffolent : les murs des maisons arborent presque tous la représentation aux couleurs criardes d’un phallus géant, et les boutiques du coin regorgent de porte-clés, cartes postales et autres sculptures sur bois de cette représentation bon-enfant du symbole de fertilité dans le pays. J’ai retrouvé ce phallus géant aux couleurs cette fois affadies sur d’autres maisons, dans d’autres villages éloignés du circuit touristique. Là où il retrouve toute sa symbolique.

Je conserve malgré tout de beaux souvenirs, et il va falloir que je vous raconte tout cela :

  • la grimpette fabuleuse mais exténuante jusqu’au monastère de Taktsang au-dessus de Paro (un incontournable bien sûr, sublime),
  • une rencontre un peu mystique avec un moine âgé qui m’a approchée dans un monastère,
  • l’accueil sans réserve mais discret d’un responsable de monastère jamais visité sur les hauteurs de Luhentsé en dehors des sentiers battus dans le nord-est du pays,
  • les chants et la musique de jeunes moines en formation,
  • la vue sur les sommets himalayens enneigés depuis les cols à 3850m d’altitude,
  • la superbe forteresse de Punakha dont il faut visiter l’intérieur
  • l’impressionnante forteresse de Trongsa qui se dresse fièrement sur un éperon rocheux,
  • quelques heures passées chez l’habitant invitée spontanément pour prendre un thé,
  • l’observation impromptue du langur doré (singe en voie d’extinction) dans son milieu naturel encore une fois dans l’Est du pays,
  • la visite d’un village au bout d’une route proche de la frontière indienne, etc…

De nombreux et beaux moments de vie.

Retournerai-je un jour au Bhoutan ?

Non. Sans doute pas. Même si les Bhoutanais sont charmants, même si les paysages sont souvent très beaux.

Après une première découverte j’ai parfois envie de revenir dans un pays, pour en voir davantage, ou pour profiter mieux. J’ai envie de repartir pour la Chine, j’ai toujours plaisir à découvrir d’autres sites aux Etats-Unis, j’aimerais retourner au Brésil et en Namibie. Je ne suis pourtant pas certaine d’avoir envie de repartir pour le Bhoutan.

Le gouvernement du Bhoutan doit encore apporter de nombreuses améliorations avant de hisser véritablement sa destination au rang convoité des plus agréables au monde. A mes yeux aujourd’hui le Bhoutan est une destination surévaluée par son ministère du tourisme qui tente d’en faire une destination de prestige, quelques soient les commentaires élogieux de certains voyageurs.

Je m’interroge toujours en lisant certains commentaires, dithyrambiques : faut-il y voir là ce que j’appellerais un snobisme inversé de la part du voyageur refusant résolument d’exprimer une juste objectivité afin de mettre plutôt l’emphase sur sa participation à un voyage rare ?…

Au cours de mon voyage au Bhoutan j’ai croisé plusieurs voyageurs occidentaux (Européens et Américains) qui comme moi, à l’aune du budget engagé, se déclaraient déçus par les prestations vendues, et déçus par rapport à l’image projetée par le Bhoutan.

Le Bhoutan est un superbe pays, mais peut mieux faire sur le plan touristique d’autant que ce tourisme se veut haut de gamme et qu’il est étroitement encadré. Ce n’est pas l’orientation vers un tourisme haut de gamme que je mets en doute ici, mais le niveau des prestations offertes pour ce tourisme haut de gamme.

Donc si vous avez le budget et que vous souhaitez passer une belle semaine dans un royaume himalayen, offrez-vous seulement une boucle de huit jours entre Paro / Thimphu / Punakha / Trongsa / Bumthang. Ou bien si vous êtes sportif optez pour des randonnées de plusieurs jours notamment au départ de Punakha, une belle région qui semble appréciée des randonneurs. 

De mon côté je vais explorer d’autres destinations qui me semblent tout autant intéressantes : je rêve du Tibet et du Zanskar. Et vous ?

Si vous avez des questions à me poser au sujet de la préparation de votre voyage au Bhoutan je serai ravie d’y répondre. N’hésitez pas à utiliser le formulaire de commentaires ci-dessous.

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage au Bhoutan ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en septembre 2015 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

Rédiger et illustrer un site web ou un blog représente des heures, des années de travail. Prélever sur Internet sans autorisation préalable des photos ou des textes (tout ou partie) est une violation des droits d’auteur. Des outils permettent de dénicher facilement les « emprunteurs » et de les poursuivre (dans le pire des cas), ce sont d’ailleurs souvent les lecteurs qui nous alertent. Si vous souhaitez utiliser un extrait d’article ou une photo n’hésitez pas à demander depuis la page Contact sur ce site. Merci pour votre compréhension.

Comments 6

  1. Chère Marie-Ange, ma fille de 19ans et moi voyagerons du 24 mai au 21 juin en Inde:New Delhi, région du Rajasthan et son désert ainsi qu’une expédition plus au nord. Goa fait aussi partie de nos plans. Nous aimerions ajouter une autre destination, j’hésite entre le Népal et le Bouthan. Le Tibet risque de me faire pleurer, trop d’oppression. Je ne connais pas l’Asie sauf Bali, Flores et Sulawesi. Aimons courte trek, beaux paysages, peuples accueillants. Je sais que j’ai besoin d’un guide/chauffeur au Rajasthan. Je suis à Hawaï depuis un mois entre bientot a montreal pour préparer ce voyage. J’arrive aussi du Perou, si je peux de mon côté vous offrir de l’info sur ces destinations, n’hésitez pas. Merci de me répondre si le coeur vous le dit.

    • Bonjour Vivianne,

      J’ai visité le Rajasthan, en avril 2015. Le Bhoutan aussi d’Ouest en Est, en octobre 2014. Je ne connais pas le Sulawesi mais j’ai une bonne connaissance de l’Indonésie en général (Bornéo, Java, Flores, Bali que je connais beaucoup trop, et Lombok sur laquelle je viens de vivre pendant 4 ans). Je ne suis pas encore allée ni au Népal ni au Tibet, mais j’ai envie des deux ! Je suis donc mal placée pour vous donner un conseil entre Népal et Tibet pour la suite de votre voyage au Rajasthan, d’autant que le Rajasthan sera un voyage dense, croyez-moi.

      D’après toutes mes lectures et l’image que je me fais du Népal et du Tibet, je dirais qu’il vaudrait peut-être mieux enchaîner le Tibet après le Rajasthan, et garder le Népal pour un prochain voyage à part entière. Aller au Tibet ce n’est pas forcément souffrir de l’oppression du peuple c’est aussi découvrir une région avec ses paysages, sa culture, ses traditions, en dehors de toute considération politique. Le Népal a souffert récemment de tremblements de terre importants, peut-être faut-il laisser à ce pays le temps de s’en remettre un peu avant de s’y précipiter. Le gouvernement népalais fait beaucoup depuis peu pour l’expansion du marché touristique, mais les Népalais souffrent aussi de conditions de vie très difficiles, et la stabilité politique n’est pas non plus au rendez-vous. Tibet ? Népal ? Juste après la richesse d’un voyage en Inde et plus particulièrement au Rajasthan (tant de beauté mais aussi tant de misère…) je crois que je choisirais le Tibet avec ses grands espaces pour m’aérer l’esprit, pour respirer, et pour me ressourcer. Le Népal me semble être une destination à part entière avec beaucoup d’efforts à faire, beaucoup de découvertes, beaucoup de densité.

      Quant au Bhoutan… C’est très beau, mais comme vous l’avez lu dans mon récit, j’ai trouvé ce pays un peu monotone sur 14 jours de traversée. Certains crieront au scandale, mais je publie ce que je ressens, je n’écris pas pour faire plaisir ni pour flatter. Je ne regrette absolument pas d’être allée au Bhoutan, j’en rêvais, je l’ai fait ! J’y ai vécu certaines expériences uniques, et j’y ai pris de très belles photos. C’est une destination radicalement différente du Rajasthan, du fait de sa géographie (altitude et montagnes) et du fait de son climat également. Différentes cultures par rapport à l’Inde. Les Bhoutanais semblent heureux et bien portants, différentes morphologies, différente religion. Mais le Bhoutan est accessible depuis New Delhi et puisque vous aurez déjà votre visa pour l’Inde (multi-entrées ?) vous n’aurez pas besoin d’en demander un (on n’entre au Bhoutan que par New Delhi ou Bangkok), et si vous vous limitez au tour classique que propose la majorité des agences de voyage vous serez sans doute enchantée de votre semaine au Bhoutan (une boucle qui vous fait rester dans l’Ouest du pays, le plus développé touristiquement parlant). Alors oui, pour une semaine très différente après 4 semaines au Rajasthan, je choisirais sans doute le Bhoutan. On en revient forcément avec le sourire. Par contre attention, c’est un voyage à préparer longtemps à l’avance puisque vous n’obtiendrez un visa pour le Bhoutan qu’à condition d’organiser (et de payer) la totalité de votre séjour à travers une agence de voyage agréée par le ministère du tourisme bhoutanais.

      Néanmoins ce n’est qu’une considération très personnelle, d’autres lecteurs auront sans doute un avis différent.

      Je vous souhaite un très beau voyage au Rajasthan !

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