Livre Un Regard sur la Planète, par Marie-Ange Ostré, Editions TucanaVous le savez depuis quelques jours maintenant, mon premier livre est né : Un Regard sur la Planète. Je travaillais sur ce projet depuis quatre mois dans le silence avec quelques proches et professionnels, et j’ai tenu à me taire jusqu’à pouvoir le tenir, le sentir, le caresser, pour prendre enfin conscience de sa réalité. Tout auteur qui a publié un premier livre saura se reconnaître dans cette superstition ultime qui fait que tant qu’il n’est pas publié le livre n’existe pas. Et pourtant, j’ai eu envie de vous raconter et partager avec vous, étape par étape, mes enthousiasmes, mes doutes, mes surprises, mes contrariétés parfois… J’ai même écrit certains soirs en pensant publier ici le lendemain pour vous demander de m’accompagner tout au long de cette route jusqu’à l’aboutissement, la naissance de ce livre. Ce matin, alors que l’éditeur vient de poser devant moi la première pile des livres à dédicacer, j’ai envie de vous livrer un texte rédigé juste avant mon départ pour la Chine tandis que les planches du livre imprimées partaient alors en façonnage ? Serez-vous intéressés par la fabrication d’un livre de voyage ?

Comme tous les photographes, je rêvais de voir mes paysages en couleurs autrement que sur l’écran de mon ordinateur. Comme tous les auteurs, j’espérais lire un jour ma prose sur du papier blanc. En quelques années j’ai franchi la première étape en publiant dans des magazines les récits et des photos témoignages pour promouvoir des scenarii et des réalisations dignes de récits d’aventures. Restait à atteindre l’inaccessible : trouver un éditeur qui croirait en ce travail accumulé depuis des années au fil de voyages effectués au bout du monde. Et tandis que l’horizon semblait aussi plat que celui du Kalahari, alors que j’étais prête à donner des coups de pied dans les murs pour les voir fondre comme neige au soleil, voici que des bonnes volontés levèrent soudain le doigt et prononcèrent le Grâal : « yes, we can ! »

Après l’ahurissement des premières heures il faut se mettre d’accord sur le fil rouge de ce livre d’images qui vous tient à coeur : une première sélection de 600 photos se détachent d’une banque d’images à six chiffres mais déjà la maquettiste sabre impitoyablement. Regrouper les tonalités, éliminer les paysages trop vastes qui ne rendront rien sur un tel format imprimé, éviter les contrastes trop forts et trouver des cadrages qui conviennent à la mise en page. Photographes qui me lisez, sachez que vos cadrages seront mis à mal pour toutes les photos imprimées en double page (à moins d’imprimer un format identique à celui de vos prises de vues ?… à moins d’avoir la renommée – et le budget – des plus grands !).

Pendant ce temps vous découvrez les arcanes de la mise en chantier d’un livre : choix du papier (apprenez à compter en grammes), couverture vernie ou satinée, fond noir ou fond blanc, polices de caractère, et couleur du titre,… Un jeu de stylisme étourdissant qui vous ferait presque oublier les basses contingences liées au devis de production. Pendant que l’éditeur joue de la calculette, vous apprenez à la vitesse du son tout ce qui touche au métier pour enregistrer un nouveau vocabulaire technique, et on vous explique que l’édition d’un livre ne ressemble pas exactement à celle d’un magazine…

Vient l’étroite collaboration avec la maquettiste ébouriffante qui, en quelques remarques avisées et clics de souris castratrice, vous fait reconsidérer la quasi totalité de votre sélection de photos. Vous aviez proposé les meilleures, un best-of soigneusement sélectionné dont vous êtes particulièrement fière. Mais ce n’est pas un ouvrage à titre posthume, il faut seulement livrer les photos qui collent au thème du livre, nuance d’importance… Il faut alors plonger de nouveau dans les dossiers archivés sur les disques externes et trouver cette fois les plus cohérentes d’entre elles, celles qui se complètent, et celles qui se mettront mutuellement en valeur. Parfois, c’est en voyant une photo mise en page que je la supprime en constatant qu’enfermée dans une vue d’ensemble elle se noie et perd de sa force. Un autre soir je fonds de tendresse en accolant un portrait à son paysage et en retrouvant le regard de cet inconnu qui ne l’est plus, cet homme qui m’a – pour la toute première fois – fait prendre conscience que j’aime photographier les visages, les expressions. Petites frustrations et grands plaisirs.

Au bout de quelques semaines, tandis que vous respectez dans le même temps les engagements pris auprès de partenaires qui vous envoient en voyage par-delà les océans et que vous tentez de garder à jour les pages de vos blogs pour vos lecteurs, on vous annonce : « la mise en page des photos est faite, il nous faudrait le texte maintenant !« . Glurps…

Avais-je prévu qu’il serait difficile d’écrire un texte loin des récits aux quatre vents pour trouver une cohérence à cette association d’images ? Non.

J’hésite, je me lance, j’efface, je tergiverse. D’abord un texte informatif, et surtout pas rébarbatif ! Ensuite un texte pour lequel je peux lâcher bride à mes émotions, plus facile… Mais l’un doit être mis en regard de l’autre, et vice versa. Après deux tentatives infructueuses qui me laissent frustrée et mécontente, je m’enferme vingt-quatre heures et je rédige d’une traite tous les textes qui seront placés dans les jours qui suivent. Les PDF font des allers retours entre les ordinateurs, et je sanctifie les Mac qui répondent si bien à toutes les nuances, à toutes les exigences artistiques d’abeilles laborieuses qui oeuvrent au même combat.

Livre Un Regard sur la Planète, par Marie-Ange Ostré, Editions Tucana

Un, deux, dix, douze PDF d’un poids conséquent traversent les bandes passantes sans hoqueter quand quelqu’un sermonne : « et la couverture, on la fait quand ?!« .

La couverture ! Il faut avouer que j’ai repoussé ce choix décisif jusqu’au dernier moment : cruauté de la sélection d’une image symbolique qui doit résumer à elle seule le contenu du livre. Le cadrage de celle-ci n’est pas compatible avec le format de la couverture, telle autre a une dominante de couleurs trop agressives par rapport au titre du livre, la troisième présente trop de détails qui perturberaient la lecture du titre, cette autre est trop poétique mais ne veut rien dire au bout du compte. Je veux faire rêver mais je veux aussi transporter, faire voyager. Je veux que ce livre soit une porte ouverte pour le lecteur, qu’il s’envole avant même de l’ouvrir. Je veux un symbole fort : le monde est beau. Fragile, mais beau !

Au final je présente 6 photos qui monopoliseront l’attention de quatre personnes pendant… vingt minutes ! Le choix de la couverture est entériné, et le livre prend corps.

Dernières corrections, relectures à plusieurs, je fais confiance mais je reprends tout, je lis à haute voix chez moi, pour n’entendre que le texte. Et la maquettiste réclame déjà les légendes tandis que je dois m’envoler pour New York le lendemain ! Je ne suis pas très douée pour les légendes, d’ailleurs je n’aime pas cela : je considère qu’une photo doit vivre sans légende, elle doit raconter seule son histoire sinon c’est une photo sans intérêt. Mais quand il s’agit de paysages il est utile de préciser l’endroit, ou les circonstances parfois. J’y travaille toute la nuit, envoie au petit matin, ma maquettiste préférée copie/colle, maudit les errances entre InDesign et TextEdit, je relis ses PDF, cherche les coquilles, les incohérences, les faiblesses, deux fois, quatre fois, puis nous soumettons à une troisième personne.

Dès mon retour de New York elle revient vers moi avec sa bonne humeur coutumière et me dit : « peux-tu m’envoyer ton texte pour les remerciements si tu veux en mettre ?« . Aïe, ça aussi je l’ai évité autant que possible. Non pas que je ne veuille remercier personne (d’ailleurs mon texte final a été sérieusement sabré par la suite avant impression), mais il est tellement délicat de dire « merci » le plus humblement possible et sans oublier personne. Mais forcément, on oublie…

Et puis pendant que j’étais en reportage aux Maldives j’ai rédigé ma préface. Indispensable une préface, même si nous avons hésité à la faire écrire par un autre auteur, pour me permettre de garder de la distance. Mais ce livre a été décidé, écrit, publié pour vous, et pour ce tout premier ouvrage je tenais absolument à m’adresser directement à vous, pour expliquer la raison d’être de ce livre.

Début août une simple imprimante à jet d’encre sort un premier exemplaire papier : l’heure de la compilation a sonné, il faut regarder l’ensemble, chercher la faille, et corriger avant d’envoyer en production chez l’imprimeur.

Prochaine étape, je vous en reparlerai…

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