Le Parc National d\'Etosha, en NamibieLorsque ce jour-là Pierre Stine, notre réalisateur, nous annonce qu’il souhaite filmer des séquences d’illustration, je demande aussitôt l’autorisation d’embarquer dans l’un des deux 4×4 : direction le Parc National d’Etosha, dans le Nord de la Namibie. Le ciel est bas, la lumière n’est pas excellente et nous savons d’emblée que les images risquent d’être un peu ternes mais nous espérons que le soleil fera son apparition pendant les trente minutes nécessaires pour nous rendre de l’hôtel à Tsumeb jusqu’à l’entrée du parc…

Gazelles à Etosha National Park, Namibie

Cette fois le parc n’a pas été prévenu de l’arrivée d’une équipe de tournage puisqu’il s’agit d’une séance improvisée, et comme tous les touristes de passage, nous procédons à l’achat des billets à l’entrée du parc. J’en profite pour jeter un œil dans le magasin qui offre un peu de ravitaillement de base (biscuits, bières,…) et quelques souvenirs made in Namibia : tee-shirts et cartes postales crient au lion, les girafes sont partout !

Parc National d\'Etosha, Namibie

Pierre nous entraîne sur une longue piste de sable pour filmer quelques séquences avec les véhicules. J’observe cette vaste étendue couverte d’une maigre végétation arbustive, avec un horizon repoussé si loin au-delà de toute contrainte que pour la première fois je comprends la signification de ce mot : horizon… Ici, dans le désert du Kalahari, il n’est plus qu’une déchirure mince entre un ciel tourmenté et une plaine infinie qui vire au gris là où l’œil ne distingue plus aucun relief. Une brume de chaleur pèse sur les buissons trop secs pour fournir une quelconque pitance aux premières gazelles que nous croisons, et au loin un rideau de pluie divise le ciel en deux parties si distinctes qu’on les croirait peintes…

Rob, notre guide sud-africain, s’efforce de nous apprendre ce qu’il sait de ce désert et je note quelques noms africains au passage (makalani pour une espèce de palmier). Des animaux qui pourraient garder l’anonymat d’une espèce somme toute banale prennent vie au gré de ses explications : une tortue terrestre léopard trottine allègrement sur le bas côté et il s’arrête pour la déplacer afin qu’aucun véhicule ne l’écrase ; un gros oiseau un peu pataud s’éloigne sur notre passage et il s’avère être le plus gros oiseau du monde ne sachant pas voler (kori bustard) ; plus loin il nous montre du doigt un petit renard sauvage (photo ci-dessous) qui aurait sans doute préféré rester discret. Rob nous explique que ce black-backed jackal est un petit renard qui nous conduirait immanquablement aux lions si nous avions le temps et la patience de le suivre puisqu’il se nourrit des restes des félins.

black backed jackal

Les lions, nous espérons en voir ! Mais nous ferons chou blanc ce jour-là. Pourtant les gazelles sont présentes partout, groupées sous les petits acacias, frêles créatures aux postures élégantes qui atteignent à peine 50 kg à l’âge adulte (photo en tête d’article). Le bonheur des grands prédateurs !… Dans la plaine un gros troupeau de gnous paît en toute quiétude, arrachant les herbes maigres sous le nez et à la barbe d’une cinquantaine de zèbres qui relèvent la tête sur notre passage. Nous stoppons le moteur des véhicules pour permettre à notre ingénieur du son, Olivier Ronval, d’enregistrer le chant du vent qui caresse les flancs bicolores, qui soulève quelques boules d’épineux glissant sans but sur la piste de sable ocre, portant jusqu’à nous l’odeur musquée et pénétrante des animaux sauvages.

Nous ne sommes pas dans un zoo mais dans une immense réserve naturelle couvrant une superficie de 22 000 km² dont un tiers seulement est ouvert au public. Quelques pistes permettent aux visiteurs de découvrir la faune du Kalahari, et de passer la nuit à bord de son véhicule à condition de respecter quelques mesures de prudence élémentaire et de signaler sa présence aux gardes avant même de s’y engager. En songeant à la nuit que nous avons passé sous tente au Botswana entre éléphants sauvages et léopard, je me demande si j’aimerais dormir dans un simple 4×4 avec la possibilité d’être surprise par un lion en maraude ou un éléphant trop curieux…

Mais un groupe de jeunes girafes distrait notre attention. Evidemment, nous focalisons sur le plus jeune qui se déplace encore timidement à l’ombre de sa mère la tête perdue dans les feuillages d’un bosquet mieux fourni. Avec le 200 mm que j’ai subtilisé à l’Homme resté à l’hôtel, je m’acharne à capter le regard de la hautaine qui joue entre ombre et lumière, se dérobant, réapparaissant. Le pelage à travers l’objectif appelle la caresse, mais il ne s’agit pas d’un jouet d’enfant, et j’ai déjà le plus grand mal à saisir ses longs cils de déesse…

Girafe d\'Estosha National Park, Namibie

En fin d’après-midi nous rejoignons un point d’eau aménagé qui attire chaque soir des espèces différentes pour le plaisir des touristes spectateurs. Mais si nous apprécions le silence respectueux des observateurs, l’endroit trop « maîtrisé » nous sied moins : une clôture interdit d’approcher les animaux, comme s’ils perdraient d’un coup toute notion de prudence respective face aux visiteurs, et le soleil mal placé interdit toute prise d’images. C’est pourtant le moment que choisit un troupeau de gnous bleus pour venir s’abreuver complaisamment. Reniflements, grognements, souffles puissants, piétinement de sabots sur les galets de la marre, l’air vibre du son des animaux qui s’ébrouent, qui se chamaillent parfois. Cuir contre cuir, les flancs s’échauffent, les cornes de quelques gazelles s’entrechoquent, et un bruissement d’ailes donne le signal du départ : gnous, zèbres et impalas s’éloignent d’un même élan, sous l’oeil indiscret de la caméra de Pierre.

Zèbres d\'Etosha National Park, Namibie

Bien que nous n’apprécions pas d’être « parqués » dans une zone trop touristique, nous allons rester tous les quatre pendant encore une bonne heure sous le coup de l’émotion de ces petites minutes de vie où chuchotements et murmures s’étaient interrompus pour être à l’écoute de l’animal, de la vie à l’état sauvage… Sur le chemin du retour nous nous féliciterons d’avoir fait ce détour par Etosha, d’avoir sacrifié au parc balisé par l’homme pour quelques images indispensables à l’un de nos plus beaux films.

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