Mato Grosso do Sul, BrésilLe Brésil, 8,5 millions de km², 190 millions d’habitants et dix pays frontaliers (sauriez-vous les énumérer ?…). Le seul pays d’Amérique du Sud ne pratiquant pas l’espagnol. Une déforestation massive. L’Amazonie. Et des milliers de grottes !

En mars 2005 nous tournions un épisode des Carnets de Plongée dans la région du Mato Grosso do Sul, au Sud du Pantanal. Une région très karstique, truffée de réseaux souterrains, secs ou noyés, le terrain de jeu idéal pour un ancien spéléo chevronné. Et nous ne pouvions faire l’impasse sur l’une de celles qui ont le plus fait parler d’elles dans le milieu très fermé de ces explorateurs d’un autre genre : la Grutta do Lago Azul.

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Nous avions rencontré la veille au soir l’un des experts les plus pointus en matière de plongée souterraine dans le secteur, Juca. Homme d’expérience, il nous oriente aussitôt vers ce joyau de la région situé à 20 km seulement de Bonito, notre camp de base. Mais pas question d’y tremper nos palmes : en 1992 une équipe de plongeurs a découvert des ossements d’animaux et la grotte a été définitivement interdite de plongée. Il faut aussi préciser ici que cette grotte fut le théâtre d’exploits hasardeux, avec des records de plongée aussi fous que spectaculaires (l’un ne va pas sans l’autre), mettant en danger la vie de plusieurs personnes.

Mais Juca nous a prévenus : pour profiter de la beauté de la grotte mieux vaut s’y rendre de bonne heure, quand le soleil y pénètre pour deux heures à peine, le temps de faire miroiter la teinte particulière du lac. Et particulière, elle l’est !

Route du Mato Grosso do Sul

Les grottes ne me passionnent pas outre mesure : ambiance humide et froide, hostile, vous en ressortez souvent fourbu et crasseux ! Mais je garde un souvenir encore émerveillé de celle-ci. Nous sommes sur pieds dès 6:00 ce matin-là, et si nous souffrons du décalage horaire qui nous tenaille sur le sol brésilien, nous pâtissons davantage du climat chaud et humide qui nous assomme littéralement (le jour de notre départ trois jours auparavant à Orly, il neigeait !). Mais une heure plus tard nous grimpons dans le mini-bus qui nous véhicule, nous et notre matériel, à travers la région. Certains en profitent pour grappiller quelques minutes de sommeil supplémentaire, de mon côté j’ouvre grands les yeux comme à mon habitude pour ne pas perdre une miette du paysage que nous traversons à allure modérée, sur une piste de terre rouge.

En arrivant sur site quel n’est pas notre désappointement lorsque nous découvrons un guichet de vente de billets pour la visite, une petite buvette et un guide qui tient à nous accompagner… L’Homme n’est pas enclin à filmer des lieux touristiques purs et il a presque envie de tourner les talons. Mais puisque nous sommes là, et que Juca nous l’a recommandée, autant jeter un œil. Notre guide nous précède sur une centaine de mètres sur un chemin à peine tracé dans la végétation folle à quelques mètres de l’espace parking pour bus. J’ai du mal à croire que des milliers de touristes affluent là chaque année étant donné la petite pente abrupte sur laquelle je manque de glisser (je n’étais pas très bien équipée à l’époque…) et nous débouchons devant l’entrée karstique de la grotte, bouche béante qui s’apprête à nous engloutir.

Un chemin de terre damée nous invite à le suivre et nous nous regardons discrètement pour éviter de froisser le guide, sceptiques et conscients de perdre notre temps sur un planning d’autant plus serré qu’une grève des bagagistes à Orly nous a fait perdre 24 heures. Mais par politesse plus que par curiosité nous nous enfonçons tout de même sous le dôme de roche couleur sable qui, on nous l’a promis, recèle un trésor… Alors que nous avançons de quelques mètres sur une légère pente douce, notre guide nous alerte sur le danger potentiel : «soyez très prudents, les chutes peuvent être mortelles ici». Là, notre inconscient fait un bond et notre intérêt est ravivé…

Le réalisateur décide de tourner quelques plans avec l’Homme dans un puits de lumière qui inonde l’entrée de la grotte et nous patientons quelques minutes. Puis notre guide nous entraîne un peu plus loin, un peu plus bas et cinq minutes plus tard la déclivité devient si importante qu’effectivement nous comprenons son avertissement : le chemin de sable glisse subrepticement sous nos pas et nous pourrions fort atterrir quelques… deux cent mètres plus bas !!!

Sous nos yeux, enfin, le joyau de la Gruta do Lago Azul : son lac de saphir !

Grutta do Lago Azul, Brésil

Enfin, une petite partie. Puisque pour profiter de la plus vaste surface, et donc pour pouvoir filmer correctement ce lac mystérieux il nous faut descendre jusqu’en bas, sur la plage d’énormes blocs sans doute tombés du plafond. Parce que dans une grotte le danger vient de son ciel…

Sur le coup je ne suis pas très enthousiaste à l’idée de descendre deux cent mètres, parce que je songe à la remontée et j’accuse une certaine fatigue : la veille de notre départ pour le Brésil nous avions déménagé de Paris à… Marseille, et j’ai donc accumulé quelques nuits blanches. Je dors rarement en avion (je rattrape alors mon retard en lecture) et le décalage horaire a fini de m’achever. Pendant les vingt premières minutes je reste donc au niveau supérieur et me délecte du somptueux paysage souterrain qui s’offre à moi. Photos, réglages, pause longue : la lumière est fluctuante en fonction des nuages qui voilent le puits de lumière qui fait miroiter le lac et éclaire jusqu’aux galets qui tapissent le fond de la vasque. Je cherche les meilleurs cadrages en grand angle, je joue avec les premiers plans.

Grutta do Lago Azul, Brésil

Mais très vite je réalise que si je veux mieux, il faut faire mieux. Il ne s’agit pas de « souffrir pour être belle » mais bien de souffrir pour avoir du beau. Tous les photographes me comprendront. Dès lors que le constat est établi il n’est plus temps de tergiverser et je dérape plus que je ne descends le petit chemin de sable traître, totalement sec, qui se dérobe sous mes pas. Mais à l’époque je ne dispose pas de l’appareil adéquat et je réalise aux trois-quarts du chemin que descendre jusqu’en bas me pénaliserait puisque je ne pourrais pas cadrer la grotte dans sa totalité. D’autre part, au ras de l’eau je verrais moins les pierres du fond et la teinte saphir sera moins prononcée et c’est pourtant ce qui me séduit le plus dans cette grotte spectaculaire.

Alors je reste sur un petit tertre, sorte de plate-forme intermédiaire, cinquante mètres au-dessus des trois membres de l’équipe qui improvisent une petite séquence avec l’Homme. Je sors le pied de l’appareil photo, procède à quelques réglages, m’apprête à prendre la photo, et j’entends : « Marie-Ange, tu es dans le champ !« .

Ah.

Déception : je déplace mon pied et me dissimule derrière un pan de roche en attendant que le plan soit tourné. Pour ne pas perdre mon temps bêtement je photographie quelques morceaux de grotte, quelques détails. Et j’attends le feu vert qui ne vient pas : au bout de quelques minutes je réalise en jetant un œil prudent par-dessus la roche que finalement le réalisateur a choisi un autre angle de vue pour filmer la démonstration de l’Homme. Sans me prévenir. Je repositionne alors le pied de l’appareil photo, retrouve à peu près le cadrage que j’avais déterminé comme idéal et je déclenche, en pause longue. Cinq fois. Pour être sûre. 😉

Je vais passer vingt bonnes minutes à placer successivement l’appareil photo dans diverses situations pour changer d’angle, jouant avec le contraste des couleurs formées entre le rose ocre de la roche et des stalactites qui semblent vouloir transpercer la surface du lac, et le bleu intense de l’eau qui ne frémit d’aucun souffle.

Grutta do Lago Azul, (Mato Grosso do Sul, Brésil)

Puis du coin de l’oeil j’aperçois l’équipe qui s’affaire à plier bagages et je me dis qu’il serait prudent de les précéder un peu pour prendre mon temps à la remontée. Je range mon matériel, j’attrape mon sac à dos, resserre mes lacets et attaque sérieusement la remontée avec l’entrain d’une innocente voulant démontrer qu’elle ne se laissera pas abattre par la perspective d’un raidillon de cent cinquante mètres !

Et je glisse. Une fois. Dix fois. Mais je parviendrai tout de même la première (on a sa fierté…) en haut du chemin, sous le puits de lumière. Les premiers visiteurs arrivent tout juste et s’exclament bruyamment (tiens, des Italiens !) devant le superbe lac saphir. Silencieusement je les plains de n’être pas arrivés plus tôt parce que, déjà, l’eau est moins cristalline, délaissée par le feu du soleil qui l’abandonne chaque minute un peu plus, poursuivant sa course, jusqu’au lendemain matin.

Ce voyage au Brésil fut un premier contact avec l’Amérique du Sud et si nous n’avons fait qu’effleurer certaines possibilités nous sommes rentrés avec la certitude qu’un jour, il faudra y retourner…

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