Pont Golden Gate Bridge de San Francisco, USA– Venez ! Ca vous changera les idées !…

Sylvie, ma meilleure amie (oui, je sais, on se vouvoie depuis 10 ans, et alors ?!…), directeur juridique de grand talent assume alors ses responsabilités dans une grande société informatique à la pomme célèbre. Un mega meeting à San Francisco la fait mourir d’ennui et elle m’appelle à la rescousse. Je suis fatiguée, déprimée, et en ce mois d’avril 2000 je ne me fais pas supplier très longtemps. J’ai besoin de faire une pause, mon big boss m’offre trois jours que je cumule avec un week-end, je prends une réservation sur le premier vol vers San Francisco et le lendemain midi je m’envole pour la Californie. Je n’ai qu’une indication lapidaire de Sylvie : « je vous prends une chambre à l’Argent Hotel, c’est là que je suis !… ».

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L’avion est presque vide et le steward est aux petits soins pour moi : il m’a proposé un siège isolé sur une rangée vide, personne devant ou derrière moi, puis j’ai droit à un jus de fruits toutes les heures, une double ration de cacahouètes à l’apéritif, un second dessert au chocolat,… Mais je suis toujours restée insensible au charme de l’uniforme, et mon livre pointu sur la numérologie me passionne : j’ai 9 heures pour le dévorer, dans le calme. Nous survolons les icebergs du Sud du Groenland, petits cailloux blancs au socle saphir sur une immensité d’azur, puis le lac Mead, et enfin la vastitude des déserts et des roches grandioses de l’Amérique ocre. Un vol très particulier.

J’atterris sous le brouillard, puis je donne le nom de l’hôtel au chauffeur de taxi qui, heureusement, ne m’en demande pas l’adresse. C’est situé en plein centre ville, un hall de marbre à l’américaine, de gigantesques gerbes de fleurs fraîches, un service onctueux, des ascenseurs plaqué or (Argent Hotel ?!), et me voici téléportée au 17ème étage, une chambre cossue, avec une baie vitrée qui fait tout le mur Sud de ma chambre. Je n’ai pas le vertige, mais je m’approche tout de même avec précaution et je crois sauter dans le paysage de la ville downtown, avec à l’horizon le Pacifique ! Un message de mon amie sur la boîte vocale : « j’arrive dès que possible, reposez-vous et appelez-moi pour dîner ! ». Je lui laisse un message pour signaler que je suis arrivée. Il est 17:00, je m’allonge un instant et…

Je me réveille à 5:00 du matin, le jour point à l’horizon. J’ai un second message « vous dormez ?… si vous vous réveillez, je suis dans la chambre 516, sinon on se voit demain !« . Je n’ai pas entendu le téléphone… mais j’ai bien dormi ! Et je me sens pleine d’entrain pour découvrir la ville. C’est la première fois que je viens sur la côte Ouest, et j’ai hâte de sentir l’air frais du Pacifique sur mon visage. Je défais mes légers bagages et j’appelle le room-service, j’ai une faim de loup et j’adore les breakfasts à l’américaine. La journée va être longue, j’ai donc toutes les excuses pour commander un solide repas mais je reste tout de même interdite quand le serveur pousse dans la chambre un beau chariot avec diverses assiettes recouvertes d’un couvercle argent (enfin !). Je savoure mon jus d’oranges et dévore une belle assiette de fruits frais, puis une assiette de pancakes que je recouvre de sirop d’érable (un souvenir new yorkais) et je cale sur la moitié des oeufs brouillés aux saucisses dorées comme il se doit… Douche dans l’immense salle de bains pendant que le thé infuse sagement, puis j’attends l’heure légale pour appeler mon avocate d’amie.

Mais c’est elle qui m’appelle la première, elle a encore deux journées de meeting à suivre, puis elle sera libre et ensuite virées dans la grande ville ! Je lui souhaite bon courage, j’enfile mes baskets, et à moi les rues de San Francisco ! J’évite soigneusement le Golden Gate puisque je sais qu’elle préfèrerait y aller avec moi, et donc je m’oriente vers Chinatown, la plus grande ville chinoise… hors de Chine, et au cœur même de SF ! A l’ère de la ruée vers l’Ouest, les Chinois sont arrivés sur la côte par San Francisco et y ont été blanchisseurs avant d’être commerçants. Leur histoire est un peu plus noire que celà, mais… comme dans les livres, je découvre les petites rues avec les maisons aux balcons ouvragés, les lanternes au-dessus des porches, les petites pagodes, les places centrales avec leurs magnolias en fleur et les Chinois qui sacrifient aux rituels de cette discipline qui hésite entre art martial et stretching. J’admire, je photographie, je suis dans un autre monde, noyé dans le brouillard matinal qui grignote la partie supérieure des buildings environnants…

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Puis cable-car traditionnel (photo) et je descends vers le Fisherman’s Wharf, le quartier qui a été rénové sur l’ancien port de pêche, pour y manger une salade au crabe. Les pêcheurs les plus acharnés aujourd’hui sont les bruyants sea-lions, ces lions de mer énormes et gras comme des… comme des lions de mer !… Ils s’abattent à grands cris les uns sur les autres, sur des pontons de bois qui devraient pourtant s’effondrer sous leur poids. Je butine de boutique à touristes en échoppe de confiseries (j’adore ces petits jellybeans de toutes les saveurs !!!) puis je visite longuement une librairie (que dis-je… une véritable bibliothèque !) et j’achète quelques magazines locaux histoire de me sentir californienne pour quelques jours.

Je m’arrête un moment pour contempler la baie de San Francisco : Alcatraz est au centre (photo ci-dessous), isolée mais tellement présente… Je me demande comment des prisonniers ont seulement pu imaginer pouvoir s’en échapper ! Le rivage est à des kilomètres, l’eau est visiblement froide et les courants sont réputés ici pour ne pas être faciles… Et puis, au-delà d’Alcatraz, la porte vers le Pacifique : le célèbre Golden Gate. Je l’admire de loin mais je préserve mon émotion pour plus tard…

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Je marche depuis des heures, mais je fatigue tout à coup et je cherche un bus pour me ramener à l’hôtel. Un jeune trentenaire me voit hésiter à une intersection, et il s’approche de moi : lost in town ? dit-il avec un gentil sourire. J’hésite, je suis prudente de nature. Mais j’avoue yes et j’explique que je cherche un bus pour retourner downtown. Il demande le nom de mon hôtel et je lui donne celui d’un hôtel à proximité du mien ; il fait une petite grimace et me déclare que je ferais mieux de prendre un taxi pour y aller plus directement, les bus feraient un énorme détour avant de me ramener, puis il repart vaquer à son petit stand de ventes d’articles en bois travaillé. Je cherche un véhicule aussitôt, après tout je suis épuisée et si c’est plus rapide…

Mais si vous venez à San Francisco, sachez qu’il n’y a pas pléthore de taxis, même dans les quartiers touristiques !… Alors qu’à New York les rues sont littéralement envahies par les taxis jaunes et que vous n’avez qu’à lever la main pour en arrêter un, ici c’est différent : pas l’ombre d’un ! Dépitée, six minutes passent et j’hésite à avancer un peu, en attendant d’en voir surgir un. Mais le jeune homme revient vers moi et me demande de nouveau si j’ai un problème et je lui dis que j’attends un taxi. Il s’esclaffe et confirme you’re not in New York honey ! et il interpelle l’un de ses copains qui avance au beau milieu de l’avenue, tourne et se retourne puis siffle un grand coup énergique avec un geste de la main vers une voiture. L’autre continue where do you come from ? (c’est une question rituelle chez les Américains…), et moi Paris, France... J’ai suffisamment mis les pieds aux Etats-Unis pour savoir l’effet que ça peut avoir sur des Américains… Il sourit de nouveau, et je remarque alors qu’il me transperce de ses fabuleux yeux porcelaine, cachés sous d’épais sourcils noirs. Il a la dégaine d’un Bob Dylan, propre. Paris ! Aaahhh…, puis la voiture s’arrêtant à sa hauteur, il en ouvre la porte arrière d’un geste théâtral et je me glisse sur le siège avec tous mes achats. Il donne le nom de l’hôtel au chauffeur et m’envoie un baiser d’un geste de la main ! Take care !

Je souris, et le suis du regard pendant que le taxi fait son demi-tour pour m’emporter au loin…

Les Américains sont spontanément de grands enfants, et au diable ceux qui les honnissent sous prétexte de politique ou à cause de leur dirigeant, moi je les aime et je n’ai pas honte de le dire ! Et plusieurs fois, au cours de mes voyages aux U.S., des Américains m’ont offert spontanément leur aide, et parfois même leurs conseils. Et celui qui vient de prendre soin de me trouver un taxi pour me permettre de retrouver le confort ouaté de mon hôtel ne déroge pas à la règle.

Le soir je retrouve enfin mon amie et nous dînons ensemble dans un restaurant proche de l’hôtel. Elle a beaucoup à me raconter, et comme d’habitude, nous finissons par pleurer de rire. En sortant, nous sommes un peu grisées par la fatigue, le décalage horaire et… nos cocktails. Mais nous sommes pour la première fois toutes les deux à San Francisco, et nous prenons un taxi stationné devant l’hôtel : nous voulons passer le Golden Gate ensemble.

Nous traversons la ville en plaisantant et nous rions comme des gamines en roulant sous les fameuses piles rouges d’une hauteur ahurissante. Le pont est à nous, nous nous sentons les reines du monde ! Le taxi est prévenu, il se gare sur l’aire de stationnement prévue pour les touristes et il nous attend. Une poignée de personnes est en admiration devant l’édifice. Nous nous mettons un peu à l’écart et, respectueusement, nous prenons notre temps pour d’abord contempler les lumières de la ville, en face : San Francisco brille de mille feux, comme l’un de ces paysages de puzzle qu’on vous offrait à Noël…

Puis on regarde ce pont, que dis-je… on le boit !… On le goûte, on l’absorbe, on le déguste : il est là, fièrement planté sur ses énormes piliers, surplombant le Pacifique, océan au nom parfumé de tiaré pour toute Européenne qui se respecte. Nous sommes alors deux petites filles, deux petites Françaises aussi loin de chez elles que possible… J’envoie un petit salut ému à mon grand-père, décédé depuis longtemps, qui est, dans les années 1936 passé sous ce pont au cours de sa carrière de marin. Jamais je n’aurais imaginé venir un jour au même endroit. Je sais, en lisant le regard embué de Sylvie qu’elle songe, elle, à son père, disparu depuis peu. Et nous rions bêtement, mais dans une grande complicité faite d’émotion et de bonheur. L’un de ces rares moments dans une vie où nous prenons conscience que l’amitié est aussi précieuse que de l’or… Nous avons déjà beaucoup partagé toutes les deux au cours de ces dernières années et nous nous connaissons par cœur. Je lui attrape la main, et la gorge serrée, je dis avec conviction nous y sommes ! Elle hoche la tête, sourit, puis confirme oui, on y est, on l’a fait !. Je comprends ce qu’elle ne dit pas. C’est tout un symbole pour nous : les petites filles ont bien grandi, elles ont travaillé dur, mais…

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Nous faisons en riant deux ou trois photos souvenir, puis retour en taxi. Le lendemain je parcourerais Alamo Square, cette place célèbre entre toutes pour ses petites maisons victoriennes si typiques (photo ci-dessus), puis j’arpenterais downtown et le quartier gay où j’achèterai des bougies parfumées à la mûre, à la cannelle, aux framboises,… Les jours suivants nous profiterons du temps et de la vie avec Sylvie, arpentant les rues pentues et les quartiers résidentiels avec une voiture de location. San Francisco a une atmosphère comme nulle part ailleurs aux Etats-Unis, comme un état de grâce, comme si le temps était suspendu… tout en restant ouverte à tous les vents du voyageur. San Francisco pourrait n’être qu’une escale privilégiée et son brouillard noie les rêves des moins audacieux…

Mais le plus précieux dans ce voyage, ce fut cet intermède au Golden Gate de nuit… Nulle photo ne peut préserver l’émotion d’un tel moment d’exception. Je sais que nous y avons aussi fait un voeu en silence, chacune de notre côté, le voeu de garder le monde à notre portée… Et jusqu’à présent, le Golden Gate nous a plutôt exaucées…

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