Depuis notre retour de Bali il y a trois jours j’ai travaillé ardemment pour corriger et compléter les éléments qui avaient été mis en ligne sur le site web et le blog à votre disposition pour notre émission. Mais ce matin j’ai envie de me remettre un peu la tête sous l’eau même pour quelques minutes, histoire de me sentir vraiment en week-end et sans doute aussi pour partager avec vous ces sensations délicieuses vécues il y a quinze jours seulement sur Bali, en Indonésie. Laissez-moi vous raconter ma plongée la plus riche depuis des lustres mais surtout ma toute première plongée loisir depuis des années : pas de caméra, et pas d’appareil photo (l’Homme était occupé avec d’autres sous l’eau), à moi la Liberté !…

Nous sommes dans le Nord de l’île et Arnaud Théry, de Safari Bali, nous promet une plongée riche : « que veux-tu voir aujourd’hui ? » me demande-t-il sur le bateau indonésien qui nous emporte vers la petite île sablonneuse de Menjangan. Je n’hésite pas un seul instant : je suis en vacances, les premières depuis quatre ans, ce qui signifie (pour ceux qui auraient déjà un sourire narquois) qu’aujourd’hui je vais descendre sous l’eau juste pour mon plaisir ! Pas de caméra sous-marine pour une plongée tournage – pendant laquelle on ne voit que ce que l’on filme – avec un objectif précis. Pas de plongée photo avec un Homme qui, agacé, reste parfaitement compréhensible sous l’eau quand je ne pose pas comme il le souhaiterait…

Aujourd’hui c’est une plongée purement et volontairement égoïste, juste pour moi : l’Homme descend avec un groupe de plongeurs photographes amateurs et il va leur enseigner quelques techniques flash et lumière, il n’a donc pas besoin de moi. Alors je réponds : « justement, tout ! Je veux tout voir !« , parce que je sais que cette fois, je verrai tout, tout ce que je n’ai plus eu le temps de voir depuis quatre ans que je suis l’Homme sur ses tournages, tout ce qui prenait trop de temps, tout ce qui est une vraie plongée d’exploration. Arnaud sourit largement, « alors on y va !« .

Je bascule dans un bain thérapeutique : 29°. Ce n’est pas une surprise, cela fait quinze jours que nous faisons du snorkeling, mais c’est toujours agréable. Sous le bateau, un fond de sept mètres qui nous permet de gérer notre stabilité tranquillement, de faire passer les oreilles en douceur. En attendant que tout le monde soit à l’aise, j’explore déjà le petit récif de coraux qui offre généreusement son lot d’anthias rose et feu, les demoiselles jade et les poissons dominos piquetés de blanc exprimant leur névrose au-dessus des anémones de mer à la jupe thyrien. Un gros bénitier sourit de ses lèvres impudiques nervurées de saphir, insouciant des trois étoiles bleu lavande aux bras rebondis qui se reposent non plus.

Arnaud s’assure que chacun de ses plongeurs est bien équipé puis les remet entre les mains de ses deux moniteurs compétents, chargés de les encadrer. Il se tourne vers moi et un plongeur niveau 4 et nous invite à le suivre : direction le bleu.

Les rayons du soleil percent l’eau laiteuse pour éclairer la pente de sable blanc ponctué de petites patates de coraux que nous suivons doucement. Dans ce désert nous apercevons une large gorgone grisâtre, légèrement incurvée au gré du courant dont elle s’abreuve pour se nourrir. Arnaud se dirige résolument vers elle et plaque son masque sur ses ramures. Alors, je comprends : l’hippocampe pygmée !

Fidèle à sa promesse, Arnaud cherche les minuscules petits animaux qui hantent ma fantasmagorie de plongeuse : il y a trois éléments que je rêve depuis des années de rencontrer sous l’eau, l’hippocampe pygmée, la crevette arlequin et le poisson mandarin oriental.

Ce matin, Arnaud me désigne deux, puis trois hippocampes pygmées ! (lire aussi l’article écrit le soir même de cette découverte) Je règle ma flottabilité de façon à ne pas m’écraser comme un coup de gong contre la gorgone délicate qui abrite ces petits éléments si fragiles puis j’approche à mon tour mon masque à quelques centimètres à peine des ramifications pour scruter attentivement. Et soudain, je les distingue grâce à leurs tout petits yeux ronds et noirs : ils sont bien là, arrimés grâce à leur queue enroulée autour d’une minuscule branche de gorgone, oscillants au gré du courant, petits êtres à la peau verruqueuse, en parfait mimétisme avec leur habitat. En surface, Arnaud m’expliquera que quelques scientifiques s’accordent à penser que contrairement à ce qu’il était admis auparavant, ce n’est pas l’hippocampe qui imite son habitat mais bien la gorgone qui « contamine » en quelque sorte l’hippocampe, allant jusqu’à faire pousser sur son corps de minuscules fleurs de gorgone, d’où ces micro verrues éruptives.

Une fois mon regard habitué à la taille et à la forme de ces tous petits êtres, j’imite Arnaud et en cherche d’autres. Succès : j’en trouve deux autres, localisés un peu plus haut sur la gorgone. Ils ne mesurent qu’un centimètre de haut (certains vont jusqu’à deux, mais pas ceux que j’ai vu) et ont des pudeurs de vierge : dès qu’ils nous aperçoivent, ils se détournent. Je ne peux pas leur en vouloir : comment réagirais-je si brusquement un masque de verre gigantesque venait se plaquer à quelques centimètres de moi ?…

Mais Arnaud nous entraîne déjà ailleurs et commence la valse des espèces…

Sur le sable, à un mètre de la gorgone, je découvre deux nudibranches assez communs dans les eaux balinaises. D’une livrée orange striée de blanc et de bleu, l’un fait environ le double de la taille de l’autre, sans doute un couple. Quelques mètres plus loin, deux gobies gris montent la garde devant le trou d’une grosse crevette enfouie dans le sable : à notre approche, la demoiselle est invitée prestement à regagner son abri, encouragée par un vigoureux coup de queue sans appel de l’un des gobies. Lorsqu’elle tente une sortie quelques instants plus tard, l’autre gobie la bloque d’un coup bref qui la catapulte derechef dans son trou.

Dix secondes plus tard c’est une petite raie torpille qui décolle sous mes yeux pour raser le fond de sable et s’évanouir dans le bleu et attire ainsi mon attention sur un autre phénomène : devant nous, à perte de vue, s’étend un champ d’hétérocongres au garde à vous !… Dressés tels une armée de petits soldats, ces petites anguilles de sable ondulent au gré du courant, toutes tournées vers l’orientation du soleil, en un vaste tapis d’aiguilles mouvantes. Contrairement à ce que j’imaginais, elles ne sont pas si sauvages : pendant que mes deux compagnons de plongée vaquent à l’exploration d’un petit récif, je m’assois carrément sur la pente sableuse, bouteille plantée dans le sol, palmes croisées, et j’attends. Il ne faut que quelques secondes pour qu’elles réapparaissent les unes après les autres, sortant de leur trou comme autant de pies curieuses, s’approchant jusqu’à ce que je puisse étendre la main vers elles, à moins d’un mètre. Les hétérocongres ne sont donc pas si timides…

Abandonnant ces demoiselles (pour être si curieuses, elles ne peuvent qu’être du sexe dit faible), je rejoins les deux plongeurs sur le récif très fleuri : un gros arbre de corail m’intrigue avec son tronc épais brun ou noir, et ses fleurs blanches… Si l’un d’entre vous l’a déjà identifié, merci de me le signaler !

Puis Arnaud nous entraîne à l’aplomb d’un tombant extrêmement riche : ici règne une guerre sans merci ! Chaque centimètre est littéralement pris d’assaut : les crinoïdes jaunes ou noires se battent avec les alcyonnaires de toutes les couleurs, les éponges brunes ou bleues rivalisent avec les tuniciers et les coraux cuir, et tout ce petit monde déploie des trésors d’énergie pour filtrer l’eau plus claire qui laisse apparaître un fond outremer de soixante-dix mètres…

Partout au-dessus de ce tombant fourmille un aquarium virevoltant, qui me fait hésiter entre vertige et narcose : je descends jusqu’à 25 mètres de fond, juste pour me faire plaisir mais renonçant à descendre plus bas pour ne pas attirer inconsciemment les plongeurs moins expérimentés qui nous ont rejoints sur ce tombant qui excite leur convoitise de photographes en herbe. Pourtant le bleu me tend les bras et ce n’est pas la famille de cinq énormes napoléons qui m’en dissuaderait : le gros mâle de près de deux mètres fait le guet autour des siens, s’interposant entre plongeurs et juvéniles. Des juvéniles qui pèsent déjà leur poids (un mètre de long environ) et qui suivent sagement leur mère placide. Lorsqu’un autre gros mâle surgit, le père lui donne l’assaut, le poursuit et l’entraîne vers le fond, avant de revenir victorieux monter la garde autour des siens.

L’Homme me fait alors signe et je dois m’exécuter : quelques photos exemple, avec phare orienté vers les alcyonnaires chatoyants, pour mieux mettre en valeur la colonie de poissons de verre qui profitent du plancton. Mais dès que possible, je tends mon phare à Pim, l’un des moniteurs, et je prends la poudre d’escampette pour retourner à mon exploration insouciante.

Je traverse une pluie d’anthias et de petits poissons de récif habitués des anémones multiples et des tables de corail qui s’étendent ici et là. Un énorme banc de poissons chirurgiens d’un bleu de velours sombre m’enveloppe à tel point que je crains soudain le possible danger d’une coupure à travers ma combinaison néoprène. Je m’extraie de ce voile virevoltant pour suivre l’évolution d’énormes carangues aux gros yeux saillants. Ici, tout est profusion, variété, surprise. Ce n’est plus un aquarium, c’est un échantillonnage grandeur nature de tout l’écosystème indonésien !

Vers plats multicolores, mini crevettes translucides, poissons scorpions, poisson aiguille zébré de jaune et noir dissimulé dans une anfractuosité, poissons clowns de diverses espèces, poissons coffres mouchetés de vert, balistes ou poissons anges chatoyants, tout est spectacle.

Notre compagnon de plongée est en réserve d’air et il nous faut alors songer à sortir de ce rêve. Un léger courant nous fait planer en douce dérivante, survolant une plaine de sable blanc habitée de coraux noirs et de gorgones fouets dressant leurs bras sombres vers le soleil, m’évoquant une forêt de bois calciné, et pendant qu’Arnaud gonfle son parachute de palier nous croisons des platax argentés et des balistes titan lippus donnant la chasse à des congénères trop entreprenants.

Une plongée décidément trop courte, que nous demanderons à refaire dans l’après-midi, avec le même plaisir et le même enthousiasme. Cette plongée de Menjangan, nous aurions pu la faire cinq ou six fois, sans nous lasser. C’était ma première plongée loisir depuis longtemps, et Arnaud a tenu sa promesse : j’ai (presque) tout vu !

Profondeur : de 8 à 17 m en restant raisonnable, tombant splendide descendant à 70 m
Qualification : à partir du niveau 1
Durée de la plongée : 72 mn puis 86 mn dans l’après-midi
Température de l’eau : 28 à 29° (juillet)
Localisation : au Nord Ouest de Bali.

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