Travailler aux MaldivesPour 90 % de ceux qui rêvent de partir, l’archipel des Maldives signifie farniente au soleil, lune de miel ou anniversaire de mariage, séjour plongée sous-marine. Mais pour les 10 % restants, il s’agit tout de même de travail : pensez au personnel des compagnies aériennes, celui des hôtels qui nous reçoivent, ou des centres de plongée qui nous entraînent à leur suite dans de superbes voyages subaquatiques. Et puisque j’ai passé le week-end à me défendre contre les gentils sarcasmes de mes amis qui enviaient mon bronzage tout récent, je vais ce matin vous raconter l’une de mes journées de travail, loin de ces amis et de ma famille, dans ces contrées que vous rêvez de visiter, où vous irez probablement si je réussis à vous convaincre. Prêts ?… Suivez-moi !

Les Water Villas de l'hôtel Halaveli Resort aux Maldives

Tandis que je m’engouffre dans le 4×4 qui me sert de base arrière, le vent manque de rabattre la portière contre mon visage ! J’ai échappé de peu à une chirurgie esthétique, j’aurais pu être défigurée !… Je lance le moteur qui rugit de colère, un éclair griffe le ciel de haut en bas, et je sursaute à peine, concentrée sur la marche arrière qui fait bondir le véhicule tout terrain hors du chemin de boue dans lequel il était englué quelques secondes plus tôt. J’ai le coeur battant, on m’attend à une centaine de mètres et je dois faire vite, on m’a commandé une photo d’une voix impérative : « la montagne dans le nuage, là !« . Je file à tire d’aile sur une route de poussière pendant des kilomètres, j’ai la gorge sèche, un léger bourdonnement se fait entendre et je préfère le nier : « ce n’est pas un problème de moteur, je ne tomberai pas en panne !« . Au loin, les contours de la montagne s’estompent déjà et je songe qu’il faudra que je règle le menu de mon appareil photo sur un contraste un peu plus élevé. D’ailleurs où est passé le nuage ???!!!… J’ai tellement chaud soudain, et ce bourdonnement entêtant…

Je sursaute dans mon lit, et comme une actrice dans un film d’action, je balaie les oreillers d’un geste vague (qui manque carrément de fermeté) : d’une main j’attrape le téléphone, et d’une voix qui aurait voulu être plus claire, je marmonne : « yes ?« . C’est fou comme on peut manquer de vocabulaire en certaines circonstances…

Wake-up call… Mes neurones n’enregistrent qu’une partie du message récité aimablement par l’opérateur. Je remercie. Et je raccroche avant de m’affaler sur le dos en travers des oreillers. Lentement, je me force à ouvrir un oeil, à faire le point dans l’obscurité et instinctivement l’idée me vient de passer en 1600 Iso histoire d’y voir un peu plus clair…

Il est 06:00 du matin. Je suis aux Maldives. Pour un reportage.

A peine sortie de mon rêve turbulent, je me demande pourquoi cette montagne dans le brouillard alors que je suis dans l’un des paradis tropicaux dont beaucoup rêvent. Ironie du sort ou envie de vivre d’autres aventures plus musclées ?… Aucune envie de répondre à cette question alors que j’erre encore dans mes brumes personnelles, mais je suis parfaitement consciente d’avoir soif et il fait trop chaud dans cette chambre : soucieuse de ne pas attraper froid puisque je plonge chaque jour, j’ai coupé la climatisation avant de me coucher. Il fait 29° la nuit en mai à l’extérieur ; combien fait-il à l’intérieur après moins de six heures confinée en vase clos ?…

Si j’ai du mal à m’extraire du lit, je vais tout de même droit à la bouilloire électrique ; un sachet de thé dans la tasse de porcelaine blanche, l’ébullition qui chante déjà, et je verse l’eau fumante sur le mélange Earl Grey mis à disposition dans chaque chambre. 

La terrasse avec piscine privée de chaque Water Villa au Halaveli Resort hotel, Maldives

Les chambres… Peut-on parler de chambres dans un tel endroit ?… Je tire les rideaux occultants et j’ouvre la porte fenêtre immense qui me sépare du bruit des vaguelettes contre les pilotis de ma villa. Je suis hébergée dans une water villa, et non des moindres. Ailleurs on appelle cela « bungalow sur pilotis ». Ici, je vous garantis qu’il s’agit bel et bien d’une villa sur lagon, plus grande que l’appartement parisien que je me cherche actuellement !

Ma tasse de thé en main, j’avance sur la terrasse de bois qui surplombe l’eau déjà translucide dans le petit matin : pas de poissons pour l’instant, et l’eau de la piscine chuchote en un gazouillis séduisant, m’invitant à m’immerger sous le voile de la nuit qui se déchire. Je m’étire presque de bien-être quand je remarque un pan de lueur rosâtre qui zèbre l’horizon. Et je sursaute : mince, je me suis levée à cette heure indécente pour photographier le lever du jour !!!

Que la course commence…

Je me brûle en avalant trois gorgées du Earl Grey, et je dépose la tasse tout en attrapant mon téléphone. D’une pression l’heure explose sous mes yeux : 06:12 !

J’irruptionne dans la salle de bains, et en 3 minutes, je règle le problème primordial de l’apparence. La douche sera pour plus tard. Retour dans la chambre salon, heureusement j’ai préparé la veille au soir mon sac à dos et je l’arrime sur mon épaule avant de vérifier que j’ai bien dans la poche droite de mon short la clé magnétique de la chambre. Règle de base de l’organisation : toujours ranger la même chose au même endroit, ça évite de chercher pendant de précieuses minutes qui ont le don de se cumuler tout au long du jour…

06:20, le ciel s’éclaircit un peu trop vite à mon goût, je courrais bien sur le ponton suspendu au-dessus de l’eau mais je crains de faire un boucan à réveiller les clients asiatiques qui dorment encore du sommeil du juste et mon sac à dos est bien trop lourd pour piquer un cent mètres ! De toutes façons, en marchant rapidement sur les planches reliant les villas les unes aux autres je déplie déjà le trépied qui va me servir à photographier en basse lumière avec une stabilité quasi garantie.

07:00, ma séance « lever de soleil » s’achève. Je ne suis que moyennement satisfaite des conditions : j’avais bien choisi mon site de prises de vues, mais le ciel s’est montré peu généreux ce matin. Absence de nuages, mer calme, pas d’oiseaux. Je sais déjà que ces photos seront ennuyeuses. Mais je me méfie de mes premières impressions, je vérifierai sur l’écran de l’ordinateur plus tard. Pour l’instant, je reviens vers la villa pour sauvegarder mes photos sur le disque externe, et vider la carte utilisée ce matin. Je vais avoir besoin de toutes mes cartes aujourd’hui.

Tandis que les photos se transfèrent sur le disque, je file sous la douche. J’aurais pu me passer de cette étape, mais il fait sans doute déjà 30° et j’en meurs d’envie. 

07:30, j’ai noté quelques impressions sur mon carnet de route, j’ai nettoyé mes objectifs et vissé le filtre polarisant sur chacun d’eux, et je m’octroie quelques minutes pour répondre à des e-mails qui ne peuvent attendre et aux commentaires sur mon blog. Petit moment d’échange avec mes lecteurs, des conseils reçus pour les prochaines plongées, le soutien de quelques-unes, les recommandations des autres. Ca fait du bien de se sentir accompagnée !

08:00, j’aurais du commander une voiturette électrique pour me rendre jusqu’au restaurant. Le soleil est déjà brûlant sur ma nuque et le sac à dos pèse sa tonne. Douze minutes plus tard, je m’installe à une table pour boire ma seconde tasse de thé et dévorer deux belles crêpes onctueuses, avec le miel doré qui s’impose. Je dois plonger dans quarante-cinq minutes, il faut bien se sustenter un peu !…

08:40, mon petit déjeuner a été interrompu à deux reprises par d’agréables bavardages avec des responsables de l’hôtel qui me reçoit, et je n’ai décemment pas pu argumenter la bouche pleine ! J’abandonne à regrets l’objet de ma gourmandise et je cours presque jusqu’au centre de plongée, là-bas, à trois minutes de marche. Trois minutes qui sont en réalité sept minutes. Et sept minutes de marche dans le superbe sable fin et poudreux. De celui qui fait plier les genoux et lever les pieds. De celui qui demande des efforts pour avancer ! J’arrive essoufflée !

08:48, me voici à bord du bateau de plongée, avec trois autres plongeurs asiatiques et deux moniteurs. Je plongerai avec un Coréen ce matin, aussi muet qu’une carpe. J’écoute le brief de la plongée, puis je sors mon carnet pour y noter quelques chiffres et détails et un rendez-vous qu’on m’a fixé en fin de journée. Le temps de prendre quelques photos des ilôts que nous croisons au large, et nous voici sur le site de plongée. Je range carnet et stylo et j’enfile la combinaison de plongée.

10:25, de retour sur le bateau après une plongée magnifique ! J’en ai pris plein les yeux, et j’écrivais mes phrases sous l’eau pour tenter de retenir mentalement tout ce qu’il fallait que je retranscrive ensuite sur le clavier. Entre deux exclamations avec mes nouveaux amis japonais tout aussi émerveillés que moi, je prends des notes sur mon carnet dont les pages sont déjà lourdes de sel et d’embruns. Vite, écrire, noter, se souvenir. Pendant que les images sont fraîches, avant que les ressentis ne s’estompent !

Palmier sur une plage de l'île de Halaveli aux Maldives11:00, je négocie pour obtenir le portrait de mon dive master un peu timide. Homme charmant et compétent, j’ai envie qu’il soit identifié sur mon blog ; je lui dois un peu de mes belles plongées aux Maldives. Quelques plaisanteries devant le centre de plongée, quelques salutations et échanges d’impressions avec de nouveaux venus qui s’enquièrent des plongées sur Halaveli, et je me sauve avant que d’autres ne dévorent à belles dents mon emploi du temps. J’ai le sentiment désagréable d’être discourtoise avec ces natifs du pays du respect d’autrui, je file en bataillant contre une légère culpabilité.

11:15, ouf me voici dans la fraîcheur des 25° qui règnent à l’intérieur de ma water villa que je n’ai pas vraiment le temps d’apprécier ! Le ménage a été fait, les coussins ont été installés sur les chaises longues sur la terrasse devant la piscine privée, et j’avale une grande rasade d’eau fraîche. J’abandonne mon sac à dos, et je me précipite sous la douche pour le shampooing indispensable quand on entretient une crinière qui aimerait se laisser aller au cocktail explosif « sel-vent-soleil ».

11:30, je me connecte sur Skype pour un rendez-vous téléphonique avec la France, à 4 heures de décalage horaire. Puis j’enchaîne avec un rendez-vous vidéo avec Sydney, à 6 heures de décalage dans l’autre sens cette fois. Détails techniques à régler sur mon blog, relance d’un programme à fixer pour la semaine prochaine, premiers préparatifs d’un autre voyage, j’envoie aussi par e-mails quelques photos faites la veille.

12:30, je me précipite vers le Spa où la directrice doit m’attendre depuis déjà cinq minutes. J’espère que l’horloge de mon Mac n’est pas exacte et que sa montre à elle ne le sera pas non plus, en ma faveur. J’ai horreur d’être en retard ! Au passage je regrette de n’avoir pas le temps de m’arrêter pour profiter de ces nuances exceptionnelles sur le lagon illuminé par tous les feux du soleil quasi équatorial. Mais je cours pour rattraper le temps perdu, je ferai les photos plus tard !

13:00, la directrice est absente mais j’ai posé quelques questions au personnel du Spa, interrompue par l’arrivée de clientes. J’ai perdu mon temps !!! Et je repars vers ma villa à toute vitesse, sous les 32° qui font dire aux serveurs Maldiviens « it’s too hot !« . Je veux bien les croire ! Ma douche remonte aux calendes grecques et je rêve de m’immerger dans la petite piscine à l’abri des regards…

13:20, me voici de retour au restaurant, j’ai rendez-vous avec le Chef qui doit m’accorder une interview. J’ai faim !

Oiseau des Maldives, il porte un toupet de plumes aux chevilles !

13:30, en attendant mon jus de fruits, je fais un tour d’horizon et je m’aperçois que j’ai sous les yeux depuis trois jours l’image de carte postale que tout photographe rêve d’avoir ! Je ne l’avais juste jamais vue à la bonne heure. J’en oublie ma salade tropicale et je fonds sur l’appareil photo. Retour à ma table, je picore une feuille de salade, une lamelle de calmar grillé, une poignée de soja frais, et je suis distraite par l’apparition de deux pigeons ! Mais des pigeons étranges : ils portent des chaussettes !!!… Réapparition du Canon avec le 300 mm cette fois, pour ne pas effrayer les volatiles qui piochent je ne sais quoi dans le sable mais restent prudemment à distance raisonnable.

13:45, je n’ai pas tout à fait terminé ma salade mais j’ai bien entamé ma carte numérique. Le Chef arrive, je pose l’appareil photo et je sors le carnet de notes. Olivier Portret est sympathique, souriant, agréable à interviewer. Entre deux questions je vole une bouchée de ce terrible macaron à la crème de lavande dont j’espère bien ne pas laisser une miette !

15:15, je laisse le Chef repartir vers ses cuisines contre l’échange d’une promesse d’interview avec son chef pâtissier le lendemain. Je vérifie mon agenda, l’heure, et je décide de partir en exploration autour de l’île, en chasse d’illustrations pour mes articles et pourquoi pas, de quelques photos pour ma banque d’images. Il fait une chaleur terrible !…

15:30, je fonds littéralement sous la morsure du soleil et, fait rare, je visse une casquette sur ma tête. Je crains l’insolation et je redoute la déshydratation : mes jambes me semblent un peu faiblardes et je me convaincs qu’il s’agit d’une légère faiblesse due à mon réveil (trop) matinal, à ma plongée (un peu trop) profonde, à mon déjeuner (trop) rapide, à une (grosse) envie de sieste digestive. Sur la plage je continue à mitrailler, à chercher le meilleur angle, à changer d’objectif. Debout, à genoux,… Tout à coup les 500 mètres de long de Halaveli semblent avoir doublé !

16:35, me voici de l’autre côté de l’île, j’en ai fait le tour et j’ai même découvert une petite bestiole totalement inattendue avec laquelle j’ai passé un bon moment ! J’ai photographié quelques villas sur la plage, et la végétation alentours. Je meurs de chaud, je meurs de soif, mais je suis à l’opposé des restaurants et ma villa est plus proche : encore quelques kilomètres (centaines de mètres) dans le sable peu foulé auparavant, et je serai enfin à l’abri du soleil !

16:55, enfin au frais ! Je transfère toutes mes photos vers le disque dur pour vider les cartes et je commence à rédiger mon article à mettre en ligne ce soir pour une publication demain matin. Mais je peux dire adieu à mon projet de quelques brasses dans la piscine puisque j’ai fixé rendez-vous pour faire des photos dans… zut !!!

17:35, retour au centre de plongée, comme convenu avec son directeur. Je veux faire une photo de toute son équipe, devant l’un des bateaux de plongée. Et la lumière de fin d’après-midi joue quelques variations en or sur les reflets du lagon et dans les prunelles sombres de l’équipage maldivien. Je fais sortir une bouteille de plongée, une paire de palmes, et il est toujours un peu difficile de rassembler tout le monde en même temps. Souriez,… encore,… encore une autre,… voilà ! Merci à tous !

18:00, je pose quelques questions supplémentaires à mes hôtes pour ajouter de la matière à mon article. Et je surveille du coin de l’oeil la course du soleil dans sa grande descente vers l’horizon. Il va me falloir rejoindre l’autre bout du ponton des villas sur l’eau pour ma prochaine prise de vues, et j’ai déjà assez couru pour aujourd’hui. 

18:20, je m’esquive et je cours tout de même pour sortir du ponton du centre de plongée, je patauge plus que je ne cours dans le sable mou sur la plage, et je commence à courir sur le ponton des villas. Avant de ralentir : on m’a répété au moins deux fois depuis que je suis arrivée qu’il s’agit de la plus longue jetée en bois des Maldives, 850 mètres de long ! En fin de journée, sous une chaleur encore torride, pas question de courir avec le sac sur le dos tandis que les couples chinois, coréens ou japonais me croisent pour se diriger, eux, vers le bar de la piscine. Silencieusement je pense à tous mes lecteurs qui pensent souvent « quelle chance elle a !« . Hum… s’ils connaissaient mes journées chronophages !…

18:35, je négocie gentiment l’autorisation d’entrer dans le restaurant qui est en cours de finitions sous les mains affairées d’artisans et d’ouvriers qui mettent la dernière patine à ce qui sera dans quelques jours le plus beau restaurant de la région. J’investis rapidement la terrasse circulaire et j’installe mon trépied pour saisir le coucher de soleil. Je n’ai que quinze minutes pour travailler correctement, ensuite le soleil aura disparu jusqu’à demain. Je visse, je serre, j’oriente, je calcule,… Réglages. Cadrage. Retardateur. Déclencheur. Et je recommence. Encore… En attendant la meilleure seconde, la meilleure ombre, la meilleure lumière. 

Photo coucher de soleil sur l'île de Halaveli aux Maldives

18:45, la terrasse solitaire sur laquelle je me suis installée dans le silence se met soudain à frémir et l’oeil collé au viseur j’entends « oh, so nice !…« . Glurps ! Le retardateur est lancé depuis quelques secondes, déclenchement. Photo floue ! Consciente que les touristes ignorent souvent les impératifs d’un photographe, je suis toute prête à excuser les impénitents en me retournant pour les saluer. Mais je croise à peine le regard d’une dame à la robe aérienne et au décolleté luisant ; ses compagnes m’ignorent totalement (et je me souviens alors de mon accoutrement : short et tee-shirt unis, pour un peu je me sentirais déplacée !). Un verre de vin blanc à la main, elles papillonnent sur la terrasse et se jettent sur la rambarde, faisant trembler mon trépied, rendant impossibles mes prochaines photos. Les ayant reconnues, je retiens mal une grimace irritée : quatre journalistes britanniques, débarquées de la veille, qui devraient être sensibles à la présence d’un photographe avec du matériel qu’elles n’ont pas pu ne pas reconnaître puisque je travaille avec le 300 mm qui n’est pas le plus discret des objectifs. Mais on m’ignore, et on se bouscule pour être prises en photo devant le coucher de soleil (avec leur appareil de poche). La terrasse est transformée en champs d’hippopotames sur cette terrasse de bois, il ne me reste plus qu’à plier le matériel. Tant pis pour les dernières images du coucher de soleil ce soir…

18:55, je rejoins ma villa avec un soupçon de ressentiment. Je sais, ce n’est pas bien. Mais ma séance a été gâchée, et je n’ai plus que deux jours de travail ici. Or sur les trois derniers jours il n’y a eu que deux couchers de soleil visibles, dont un joli et un autre très moyen. Photographier les îles sans faire de coucher de soleil c’est comme manger une tarte tatin sans sa cuillerée de crème fraîche ! 

19:05, devant moi les lumières de l’hôtel criblent le ponton d’éclats de métal précieux et le ciel obscurci m’offre une fabuleuse heure bleue. Je déplie de nouveau le trépied et je me remets au travail en luttant contre la montre. Ce moment ne dure que quelques courtes minutes, et les touristes vont et viennent sur le ponton. Un employé entame même un processus de fumigation qui envahit l’air lourd de début de soirée. Les dieux sont contre moi !… Mais j’engrangerai tout de même quelques jolies images.

19:15, de retour devant mon ordinateur je vide mes cartes sur le disque dur et les reformate pour le lendemain. Un petit tour sur mon blog pour lire les commentaires et y répondre, puis je rajoute quelques phrases à mon récit du jour pour le publier plus tard. Je charge mes photos sur Lightroom pour en avoir un rapide aperçu, et je note sur mon carnet ce qu’il faut refaire, ou ce qui mérite une meilleure lumière. Je sais que les photos d’hier sont presque inexploitables : temps gris et ciel blanc, rien de très « sexy » pour faire rêver ! A refaire demain…

19:55, j’hésite à sortir dîner ! J’ai arpenté trop souvent ce ponton aujourd’hui, et il faudrait que je prenne une nouvelle douche, que je m’habille un peu pour faire bonne figure. Et puis autant le dire, les dîners en solitaire, c’est mortel ! Bien sûr mieux vaut être seul(e) que mal accompagné(e), mais dans un environnement enchanteur comme celui-là, la solitude se vit mieux dans son antre luxueux, à l’abri des couples roucoulant sous les étoiles et des photophores romantiques sur les tables. 

20:20, j’ai formaté quelques photos pour les insérer dans mon article de ce soir, et j’ai terminé mon texte. Reste les finitions pour publier ce texte avec tous les aspects techniques inconnus des lecteurs. Je me laisse tout loisir de décider dans dix minutes si j’irai dîner ou non !

20:40, il faut que j’appelle la France, une commande à confirmer et des vols à vérifier. Merci le décalage horaire…

21:10, trop tard pour aller dîner ! Je ne sais pas si je suis soulagée de pouvoir rester tranquillement « chez moi » ou si je m’en veux de ne pas être allée m’alimenter. En réalité, je n’ai pas très faim et j’ai envie d’une douche. Il est donc temps de faire un petit tour dans la piscine sous les étoiles, je l’ai bien mérité !…

22:00, enfouie dans le peignoir et assise sur mon lit calée contre les oreillers, j’envoie quelques emails pour mettre au point la journée du lendemain. Entre plongée, prises de vue, tests, et interviews, je ne vais pas chômer ! Mais je ne suis pas là pour cela… Je mets mon article en ligne et je fais un tour sur les blogs de mes amis, histoire de les suivre aussi de loin, de garder un fil ténu avec la réalité du quotidien. 

22:40, j’ai le temps de commencer la rédaction de mon prochain article, et les idées photos viennent avec, s’alignant sur mon carnet de notes comme autant d’objectifs à atteindre. Je suis au calme, j’ai coupé la climatisation, seules les vaguelettes qui heurtent mollement les piliers de mon pilotis troublent la sérénité de ma chambre. Le silence favorise mon imagination et mes doigts dansent sur le clavier avec une avidité chaque fois renouvelée. 

23:45, il est temps de fermer l’ordinateur, mais je jette un dernier regard sur les e-mails qui viennent d’arriver et j’envoie tout de suite deux réponses. Un oeil sur mon blog, un commentaire rapide à mes plongeuses favorites avec lesquelles j’aimerais bien profiter des eaux chaudes des Maldives, puis promis, je ferme !

00:10, allez au lit !!! Je suis morte de fatigue, cette chaleur et ces kilomètres dans le sable et sur le ponton m’ont tuée !

00:20, mon sac à dos est fin prêt pour demain, j’ai enduit mes coups de soleil d’une crème réparatrice et je me félicite d’être finalement célibataire aux Maldives ! Comment font les jeunes mariées pour avoir l’air sexy avec de la Biafine sur les épaules ?!…

00:30, je commande mon réveil du lendemain, et l’opératrice s’emmêle entre les « Mister » et les « Mrs »… Nous rions toutes les deux, elle me souhaite bonne nuit.

00:40, lumière enfin éteinte. Allongée entre les draps frais. Une idée me trotte dans la tête… Il faudrait que je la note pour ne pas oublier. Non, je suis couchée, je reste couchée. Je dois dormir.

00:50, je me relève en douce, comme pour ne pas me surprendre moi-même en flagrant délit de manquement au sommeil réparateur, j’ouvre le Mac et je note vite fait quelques fils conducteurs sur un document Word. Il faudra que je travaille là-dessus. Dans l’avion. Parce qu’avant, je n’aurai jamais le temps ! Demain matin j’ai une séance de prises de vues sur ma terrasse, avec des plats que le Chef cuisinier va m’apporter, et des accessoires que j’ai demandé. Ensuite… Ensuite je vais encore courir toute la journée : interview du Chef pâtissier dans son laboratoire, photos, article, photos, article, photos,… Et en rentrant, ils me diront tous « tu veux qu’on sorte les Kleenex ?!!!… » quand je déclarerai que je suis « crevée » ! Comme après chacun de mes voyages. 

 

Vos voyages sont mes reportages. Bien sûr j’ai de la chance, être une voyageuse professionnelle procure beaucoup de satisfactions. Encore faut-il aimer son travail, et le faire avec passion et une curiosité chaque fois renouvelée. Et ne pas souffrir des petits à-côtés moins plaisants. Ceux que je tairai ici, pour ne pas gâcher la magie… 

 

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Partir en vol direct depuis Paris avec… XL Airways
Mon hôtel aux Maldives Halaveli Resort, groupe Constance
Je plonge aux Maldives avec… TGI Diving Maldives
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