boulerecit.jpgAujourd’hui vous ne verrez pas de photos. Parce que la photographe était HS, terrassée par la fièvre toute la nuit et pourtant grelottante de froid dans la chambre de cette pension qui devait bien avoisiner les 30°.

Au petit matin j’ai décidé que je n’étais pas en état de suivre l’équipe dans ce qui s’annonce être encore une grande journée de 4×4 et de crapahut dans toutes les directions. Je ne veux pas être un poids mort, il faut savoir renoncer parfois pour récupérer des forces. Mais une heure plus tard, d’autres symptômes apparaissant, et alertés par la population depuis quelques jours, je décide de consulter un médecin.


Pascal et Denis, nos deux plongeurs, me servent de chauffeurs et d’escorte jusqu’au dispensaire, je ne marche qu’avec effort et je ne suis qu’une crispation ambulante. Après deux comprimés une heure plus tôt la fièvre semble tombée mais je souffre de la tête aux pieds et je ne peux plus rien avaler depuis la veille. Le médecin est partagé sur son diagnostic : une épidémie de dengue sévit sur tout l’archipel depuis des mois et elle est particulièrement gourmande des popa’a, les visiteurs de passage… Pour l’instant il me recommande de m’isoler au maximum de mes petits camarades pour éviter de leur transmettre la dengue si c’en est une et je dois attendre : si la fièvre augmente dans les 48 heures et que les maux de tête empirent, il ne faut même pas espérer être capable de reprendre un vol vers la métropole avant une dizaine de jours. Si ce n’est pas la dengue, je souffre d’une belle intoxication alimentaire.

Je suis tout de suite inquiète pour le reste de l’équipe : si je leur transmet la dengue, on peut faire une croix sur le film. Alors qu’avant d’entrer dans le dispensaire je refusais de prendre un vol pour rentrer sur Papeete au lieu de subir seize heures de navigation en mer à bord de ce cata avec les autres, en sortant du cabinet du médecin, je me laisse entraîner sans broncher vers l’aérodrome d’où un vol doit décoller dans moins d’une heure. Pas le temps de récupérer mon sac de voyage à bord du cata, je n’emporte que ce que j’avais dans la chambre de la pension, mon sac à dos avec un minimum d’effets de toilette et mon ordinateur.

Denis et Pascal super efficaces et attentifs négocient mon accès à bord sur un avion chargé jusqu’aux dents, me glissent un peu d’espèces en mains et courent rejoindre leur bateau pour les deux plongées qu’ils doivent effectuer avant le retour de l’équipe terrestre. Le cata doit lever l’ancre à 17:00, il est déjà 11:00.

Mais dans le petit aérodrome bondé, ma forme diminue de nouveau, un début de fièvre montre son nez et la nausée me guette de nouveau. Par malchance, la pluie s’abat sur la piste et le pilote arrête les moteurs : cette piste est l’une des plus dangereuses des Marquises, bâtie sur un plateau élevé et en plein vent et il ne prendra aucun risque. Lorsqu’enfin les passagers sont invités à monter à bord, mes gestes raides et mon malaise me ralentissent et je me retrouve en bout de file d’attente alors que je rêve d’être assise et de fermer les yeux. Le malaise monte doucement en moi, une bouffée de chaleur puis une douche froide, je sens l’évanouissement venir et dans le brouillard annonciateur je fends soudain la file d’attente comme je n’aurais jamais osé le faire en temps normal. Ici, heureusement, les Marquisiens ne sont pas coutumiers du fait et ne s’offusquent même pas de cette femme qui leur passe sous le nez pour s’approcher de l’employé qui leur demande leur carte d’embarquement au pied de l’escalier. L’homme lève les yeux sur moi, je tends ma carte d’une main tremblante, le cœur battant plus fort qu’à l’accoutumée et je vacille…

Il me soutient alors par le coude et fait un signe à l’hôtesse en haut de l’escalier.


« ça va madame ? vous êtes malade ?« 

Je ne pense qu’à une chose : grimper à bord de cet avion et fuir cette île qui ne me vaut rien. Je veux changer d’air et me retrouver dans la chambre d’hôtel qu’on a réservé pour moi pour pouvoir m’y cacher quelques heures et être malade en paix et dans la discrétion. Me soigner dans le silence, en croisant les doigts pour ne pas être atteinte par cette dengue qui m’empêcherait de suivre la fin de ce tournage et qui me clouerait au lit une quinzaine de jours. Sans compter le danger d’avoir peut-être contaminé l’un ou l’autre des membres de l’équipe sans lequel le tournage serait fortement handicapé. Je sais que si je parle de dengue, ils refuseront de m’embarquer, alors j’improvise lâchement :

« oui, ça va, je suis enceinte et j’ai toujours un peu peur en avion, mais ça va aller… ».

Je dois être livide, je suis trempée de sueur mais mes cernes sont crédibles. Et ils me croient. L’hôtesse me tend quelques serviettes en papier avec lesquelles je m’éponge le front puis elle prend mon ordinateur et grimpe les marches de l’escalier, je la suis le plus vite possible en fonction de mon malaise qui reprend. Ce n’est qu’assise que je réussis à me calmer et à respirer normalement, elle m’apporte un verre d’eau fraîche et l’évanouissement s’éloigne.

Trois quarts d’heure plus tard nous atterrissons à Nuku Hiva, escale obligatoire d’une heure pour réapprovisionner l’appareil en carburant. Puis décollage pour trois heures de vol interminable vers Papeete ; je suis incapable de lire et après ma nuit blanche je n’arrive pourtant pas à dormir. A Tahiti, je file vers un taxi et me fais conduire à l’hôtel qui expédie les formalités d’usage quand je précise que je suis malade. A 17:30, à l’heure où le catamaran lève l’ancre, l’Homme m’appelle pour prendre de mes nouvelles : je n’ai pas eu d’autre fièvre pour l’instant, il faut attendre la nuit pour avoir confirmation ou non…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :