Je suis plutôt accro aux îles sous le soleil du fait de mon loisir favori : la plongée sous-marine. Cependant j’ai eu la chance de connaître plusieurs déserts, grâce à de courts séjours variant d’un à cinq ou six jours. Cela ne fait pas de moi une experte mais cela me donne un peu de recul pour pouvoir comparer. J’ai vécu dans le désert du Kalahari en Namibie, j’ai passé quelques jours dans le désert égyptien aux portes du Sahara non loin de la frontière avec le Soudan et le long du Nil puis j’ai séjourné sur les bords de la mer rouge pour y plonger pendant 8 jours. J’ai fait du 4×4 dans le désert du Qatar, une promenade en chameau dans les dunes d’Abu Dhabi, et les deux dans le désert d’Oman à une soixantaine de kilomètres de Mascate, la capitale. Chaque désert est différent. Chaque désert a ses couleurs, son parfum, sa faune et sa population. Si le sable du Qatar est d’un blanc quasi aveuglant, celui d’Abu Dhabi est doré (photo ci-dessous). A quelques centaines de kilomètres à peine, le sable d’Oman se pare d’ocre…

Au sultanat d’Oman l’après-midi est déjà avancée lorsque nous nous arrêtons à la dernière station-service d’Ibra pour dégonfler un peu les pneus. Un kilomètre plus loin la route disparaît dans le sable et la piste commence, marquée par un petit camp de bédouin et ses quatre chameaux. Sous la poussée de testostérone du chauffeur qui carbure soudain au souffle chaud du désert, le 4×4 vole plus qu’il ne roule sur la piste encore dure, striée par les roues des véhicules passés là dans la journée. Ces marques ont quelque chose de rassurant, de confortable. Mon regard accroche encore quelques palmiers, quelques touffes d’épineux, maigre pitance pour des chameaux parfois efflanqués.

Nous rattrapons une voiture qui nous oblige alors à remonter les vitres du 4×4 pour éviter la poussière dorée qui s’infiltre lentement partout. Les deux chauffeurs jouent un peu entre eux, le mien passe en tête et nous dépassons le 100km/h sur une piste à peine damée. L’adrénaline grimpe, mélange d’exaltation et de danger imminent. L’autre voiture cherche à prendre sa revanche, les esprits s’échauffent, les passagers crient, le chauffeur s’enhardit, tente un dépassement, perd confiance et son véhicule balance un peu sur ses amortisseurs, évitant le tonneau de justesse. Mon chauffeur rit, heureux d’avoir découragé un apprenti du désert… Nous restons en tête, à une allure folle !

Quelques minutes plus tard les dunes s’élèvent de part et d’autre de la piste, je crains qu’un Bédouin soudain ne traverse la piste avec son chameau. Le soleil entame sa course à rebours et le désert rougit lentement, comme à regrets. Le sable change de couleur au gré des reliefs sur les dunes, on imagine des animaux là où ils ne sont pas. Plusieurs voitures sont maintenant devant nous, en petit troupeau compact impossible à doubler. Mon chauffeur avise une dune sur la gauche pour contourner cet obstacle et s’engage à grande vitesse pour faciliter la grimpette. Il a seulement oublié de vérifier si le sable avait cette apparence suffisamment sèche pour que l’on puisse s’y aventurer sans danger : nous grimpons cinq mètres en une seconde, et dans une grande envolée de poudreuse ocre notre 4×4 stoppe d’un coup sec et s’enfonce doucement dans le sable meuble… La conduite dans le désert, ça ne s’improvise pas : il faut connaître.

Une voiture s’arrête derrière nous et un Bédouin vient prêter main forte : les conseils ne sont pas de trop pour nous désensabler et faire marche arrière. Aucune casse, nous en sommes quitte pour un bon fou-rire et du sable jusqu’aux genoux. Nous reprenons la route plus calmement, d’autant que les ombres commencent à s’allonger sur les dunes. Vingt minutes plus tard nous touchons au but : devant nous, le campement 1000 Nights, un ensemble hôtelier constitué d’une poignée de bungalows et surtout de tentes aménagées.

Après une rapide installation sous ma tente constituée d’immenses tapis jetés autour de quatre piquets et agrémentée d’une salle de douche et toilette privées adjacentes (et à ciel ouvert), je file me restaurer : une chèvre a été mise à cuire dans l’après-midi dans un four enfoui dans le sable et les serveurs commencent à distribuer la viande confite dans son jus et des herbes. J’ajoute à cela quelques pâtisseries orientales et je file retrouver le désert. En arrivant au camp en fin d’après-midi j’avais pris soin de grimper tout de suite sur la dune la plus proche depuis laquelle on peut observer le coucher du soleil et les efforts des chauffeurs pour grimper – et redescendre – les dunes afin d’offrir quelques frissons supplémentaires aux touristes, sous les yeux amusés de la police locale qui participe aussi de temps en temps. Si l’exercice était amusant et intéressant, cela me privait de silence et de concentration.

Alors avant de rejoindre ma tente pour la nuit et m’endormir en écoutant les bruits du désert dans un camp assoupi, je me suis éloignée un peu sous la voûte étoilée pour respirer le désert… Pour écouter les chameaux se disputer une maigre pitance distribuée par deux Omanais souriants. Pour écouter cette langue âpre au goût de miel et de cardamome. Pour me perdre dans la contemplation d’un ciel d’encre piqueté de diamants qui vous projette dans une autre dimension…

Certains de mes collègues journalistes ou bloggers ont passé la nuit à la belle étoile, se sont réveillés plusieurs fois avant de rejoindre le confort (et la chaleur) de leur tente sommaire au petit matin. J’ai choisi l’autre option : une bonne nuit sur un lit de camp et sous une couette, et un réveil à l’aube pour profiter des premières lueurs du jour avant d’aller quérir un petit déjeuner constitué d’oranges et de fines crêpes. Vous ferez comme bon vous semble, le désert vous appartient pour une nuit…

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