Malaisie, Borneo long house au Sarawak © Marie-Ange Ostré

Découvrir l’immense île de Bornéo une fois dans une vie de voyageuse – lorsque l’on n’est pas une exploratrice née – est un privilège. Deux fois, c’est une chance inouïe qu’il faut savoir provoquer. Lorsque l’office du tourisme de Malaisie m’a proposé de découvrir ce vaste pays j’ai accepté à condition de pouvoir retourner à Borneo, dans la province du Sarawak cette fois.

Je me sens euphorique tout autant qu’anesthésiée par une forme d’émotion rare qui prend à la gorge autant qu’au coeur. Parce que je suis de retour, dans un paysage et des ambiances dignes de l’aube des temps : je suis de nouveau à Bornéo après moins de 6 ans d’absence, mais dans un autre pays cette fois, la Malaisie.

Si le Sud de Bornéo fait partie de l’Indonésie (pour la province du Kalimantan), la côte nord est divisée en deux provinces sous gouvernement du royaume de Malaisie, Sabah et Sarawak. Le sultanat de Brunei s’insère entre ces deux grandes régions.

J’avais déjà vécu quelques jours dans la jungle de la forêt primaire du Kalimantan (en Indonésie donc) non loin de la province de Sabah dans le nord-est. Une expérience hors du commun, surtout pour une femme sur cette terre faite pour des hommes.

Cette fois je suis depuis quelques jours en errance à travers le Sarawak, un nom qui claque comme un coup de fouet, un nom qui évoque le meilleur poivre au monde mais aussi 25 groupes ethniques issus des guerriers Dayak. Au Sarawak je rencontre des Iban, des Bidayuh, des Malay, des Chinois, des Melanau,…

Malaisie, Borneo long house au Sarawak © Marie-Ange Ostré

J’ai dormi cette nuit dans une longhouse, l’une de ces maisons traditionnelles qui abritent plusieurs familles. C’est une immense maison sur pilotis en pleine jungle avec une pièce commune interminable, sorte de galerie couverte au sol jonché de tapis tressés. Tout le long de la galerie, des portes dévoilent les appartements de chaque famille. Des appartements sommaires, pour trois générations dormant dans la même pièce, avec cuisine au feu de bois, et petit coin douche. Sur les murs de ces appartements, tout au long de la galerie couverte, des objets traditionnels tout autant qu’artisanaux sont suspendus ici et là : des tissages, des ustensiles de bois sculpté, des bijoux confectionnés avec les matériaux de base.

J’ai bu le tuak à la veillée, avec le chef du village auquel il faut apporter des présents en guise de remerciement pour son hospitalité. Pas sûre qu’il ait apprécié les gâteaux achetés deux jours auparavant au marché nocturne de Kuching, la ville principale du Sarawak, mais je sais que les enfants se régaleront demain. Le tuak est un alcool de riz fermenté dont chaque femme détient le secret de fabrication maison, au goût aigrelet et légèrement sucré. Servi à température ambiante (32°C à l’extérieur et une hygrométrie de 95%), à la lueur des lampes à huile, c’est à la fois une initiation et un rite de passage obligatoire pour le visiteur.

Un autre monde.

Au bout du monde…

A deux heures trente de pirogue de toute civilisation “moderne”, dans les méandres d’une rivière poissonneuse. Au coeur de la forêt primaire, une forêt qui aurait 42 millions d’années, l’une des plus vieilles au monde. Respect, forcément…

Dans la forêt de Bornéo on oublie tout, ou presque. Et puis on y arrive dépouillé, ou presque : les artifices du monde moderne sont restés à l’hôtel le plus proche (à deux heures et demie de pirogue vous dis-je). Ici pas d’Internet, pas de téléphone mobile non plus. On vient avec des tee-shirts de rechange, de l’anti-moustique, et une lampe de poche. Le reste est superflu, le reste on vous le prêtera : une moustiquaire pour la nuit, un matelas de fortune, un morceau de savon, et un dîner d’une simplicité confondante mais à la générosité réconfortante.

On ne rentre pas indemne d’une telle plongée dans le temps, je le savais, je m’y attendais. Mais c’est comme un pèlerinage que l’on aimerait refaire chaque année, pour se ressourcer auprès de ceux qui savent.

Le riz gluant cuit à l’intérieur d’un bambou sur le feu de bois. Le poulet cuit de la même façon mais avec des herbes. Les hommes qui récoltent la sève immaculée des hévéas, d’autres qui lancent leur filet sur une rivière de moins d’un mètre de profondeur dans une lueur tremblotante entre deux ondées. Les femmes tressent le pandanus au plus chaud de la journée. Le soleil filtre entre les feuillages épais, à hauteur vertigineuse.

Malaisie, Borneo pêcheur Iban au Sarawak © Marie-Ange Ostré

Et puis la pluie soudaine, violente, fulgurante, pour quelques minutes à peine.

Les hommes et les femmes. Les tatouages à même la gorge qui racontent l’histoire des guerriers qui, il y a moins de cinquante ans encore… Et les femmes aux seins nus. Ou celles aux yeux bleus…

Bornéo c’est un peuple avant tout. Celui de la forêt, des rivières innombrables, d’un environnement hostile mais nourricier.

Bornéo c’est un rêve, un aboutissement parfois. L’ultime quête du voyageur souvent.

J’ai une chance inouïe.

Je suis au Sarawak, envoûtée par la magie des hommes. Ceux qui ont peu mais qui offrent le gite et le couvert. Ceux qui partagent leur savoir sans attendre en retour. Je me devais de partager avec vous.

Cet article a été publié une première fois en mai 2012 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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