Cambodge, portrait de fillette © Marie-Ange Ostré

Il y a des photos qui demandent une mise en scène, d’autres qui se font à l’instinct. Au Cambodge il suffit d’être présent, d’avoir les yeux grands ouverts.

Ce jour-là en novembre dernier je commençais à fatiguer : trop de temples sous un soleil de plomb, trop de marches à monter puis à redescendre, trop de dates, de siècles, d’histoire. Je me demandais déjà comment j’allais pouvoir raconter le Cambodge et ses temples sans lasser mes lecteurs, parce qu’après tout les Cambodgiens ne savent que peu de choses sur ces temples majestueux.

Je respecte infiniment ce que d’autres appellent « les vieilles pierres », surtout lorsqu’elles sont aussi vénérables que celles de ces temples de la région d’Angkor au Cambodge. Mais ce midi-là, je rêvais d’une pause. J’avais besoin d’humain !

J’avais demandé à mon guide cambodgien de m’emmener dans ce temple enfoui sous les arbres, peut-être le plus photogénique d’entre eux du fait de l’enchevêtrement des pierres prisonnières sous les racines d’arbres. A coup sûr très esthétique même s’il n’est pas facile de jouer avec les sous-expositions / sur-expositions dues à l’ombre intense projetée par les ficus gigantesques et les rayons de soleil qui filtrent à travers quelques branches souvent là où vous aimeriez qu’il ne se place pas. Ce temple magique, c’est celui de Ta Prohm.

Mon guide m’a fait passer par un chemin moins utilisé par les touristes, un chemin de terre qui contourne le périmètre et l’enceinte du temple. Puis je suis passée sous une tour, dévorée par les racines. Et je l’ai suivi sur un bon kilomètre à travers la jungle cambodgienne et j’ai pensé en longeant une pièce d’eau à ces scènes de films américains qui dénoncent l’enfer vert des pays asiatiques (et bonjour les moustiques !). Enfin nous avons débouché sur une clairière, sur le côté Est de l’entrée du temple de Ta Prohm.

J’ai été tout d’abord décontenancée par le nombre de visiteurs. Je ne sais pourquoi dans une grande envolée pseudo-romantique sans doute j’avais imaginé être seule ou presque à m’aventurer jusque-là sur les ruines d’un temple somme toute… très célèbre.

Tandis que je cédais à un léger découragement sur le thème du « que vais-je bien pouvoir photographier sans avoir des dizaines d’humains faisant le signe de la victoire devant chaque vieille pierre ? », j’ai perçu un léger mouvement derrière moi.

Je me suis retournée, et j’ai capté le regard de cette toute petite fille qui se balançait lentement sur une racine de fromager, cet arbre immense aux bras démesurés. Je lui ai souri. Elle en a fait autant. Je lui ai fait un clin d’oeil, elle a détourné le regard pudiquement. Avant de revenir soutenir le mien avec davantage de curiosité et de hardiesse.

J’étais sur le point de changer d’objectif pour adapter le 10-22 mm afin de prendre un cliché très grand angle de l’enceinte du temple. J’ai changé d’avis. J’ai conservé le 70-200mm vissé sur le boîtier du Canon, et j’ai fait signe à la fillette qui n’a pas réagi, glissant ses yeux sur le fourreau beige de l’objectif puis vers mon visage de nouveau. Nullement effrayée, même pas impressionnée.

Trop de touristes sur le site, sans doute avait-elle déjà vu des objectifs bien plus impressionnants.

Je l’ai cadrée une première fois, et elle a écarté une mèche de cheveux noirs de son visage. Puis elle a pris la pose…

Je me suis approchée d’elle lentement pour ne pas l’effrayer, et je lui ai montrée sa photo sur l’écran de l’appareil-photo. Elle a regardé, elle a souri et a planté son regard dans le mien, toute joyeuse, rieuse. Moment d’intimité entre filles, ces minutes de partage qui enrichissent n’importe quel voyage.

Son attention a alors été distraite par un groupe de gamins sautillant non loin de là derrière des touristes allemands : « one dollar, please, one dollar« . Ils tendaient des cartes postales presque décolorées par trop de soleil, et de menus objets confectionnés avec des feuilles de palme. La fillette a sauté à terre, et s’est précipitée vers cette source potentielle de revenu.

Chaque fois que je regarde ce visage sur mon écran je repense à cet échange émouvant avec cette fillette aux portes du temple de Ta Prohm.

40% de la population cambodgienne a moins de 30 ans…

Cet article a été publié une première fois en avril 2011 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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