Parce qu’un cameraman sous-marin peut aussi se révéler un coureur de fonds, vous assisterez peut-être comme moi un jour à la vision hallucinante d’un plongeur courant sur le sable par 22 mètres de profondeur derrière un requin-nourrice peu enclin à se laisser mettre en boîte par l’énorme caméra sous-marine…

René Heuzey et son caisson sous-marin dans le Rio do Prata, au Mato Grosso do Sul, Brésil

Comment peut-on courir sur le sable me demanderez-vous ?… Tout simplement en confiant ses palmes à son assistante, votre servante, et en filmant d’abord à plat ventre sur un léger herbier un requin au repos dans une petite cuvette au centre d’une vaste plaine de sable, pour ensuite le poursuivre à grandes foulées aquatiques lorsqu’il s’éloigne dédaigneusement, caméra au poing !

René est finalement coutumier du fait, il adore ôter ses palmes sous l’eau : au Mato Grosso do Sul dans une rivière et 2 mètres d’eau (ci-dessous), puis à Fernando de Noronha dans une anfractuosité réduite où ses palmes auraient fait plus de dégâts, il tombe les palmes pour se mouvoir en chaussons néoprène. Il faut voir ce paisible Marseillais de naissance traquer la faune respectueusement pour comprendre qu’il use de moyens d’abord pratiques pour ramener en surface 40 minutes de rushes qui ne seront malheureusement pas tous conservés au montage puisque l’épisode ne doit faire que 26 minutes… Et pourtant, de bien belles images que vous ne verrez pas !…

Homme d’eau, toujours d’humeur égale, il affirme se dessécher lorsqu’il ne plonge pas plus de trois jours d’affilée… Il est capable d’enchaîner trois ou quatre plongées par jour sans se plaindre et de terminer sur une plongée de nuit. Il surveille néanmoins scrupuleusement ses paliers de décompression, prend grand soin de son matériel, mais n’hésite pas à faire des pitreries sous l’eau pour distraire la galerie et diluer le temps des paliers. Il ôte son masque pour faire semblant d’être plus à l’aise devant mon objectif (ci-dessous au Brésil), et je l’ai même vu dormir pendant 30 minutes lors d’un palier à – 6 mètres en Martinique : il suspend son caisson sous-marin à son gilet, enroule un bras et une jambe autour de la corde d’ancrage puis sombre dans la torpeur, à l’horizontal… Lorsque le froid l’engourdit, il palme furieusement parallèlement à la surface en gardant les yeux clos, toujours ancré à la corde.

René Heuzey, sans masque, à Fernando de Noronha, au Brésil

Travaillant également pour d’autres productions prestigieuses, et cameraman sous-marin aguerri à toutes les conditions en mer et à toutes les circonstances, il sait tourner des séquences et prévoir les fameux raccords qui permettraient, le cas échéant, de constituer une pleine séquence sous-marine d’un seul tenant. Un gain de temps appréciable pour le réalisateur lorsqu’on aborde la phase du montage en post-production… Même avec des conditions médiocres de visibilité, il a réussi à filmer les quelques séquences du baptême de plongée d’un jeune Brésilien, à Paraty (Sud de Rio) en mars dernier, baptême qui se déroulait au-dessus de la statue en réduction du très célèbre Corcovado de Rio (ci-dessous).

René Heuzey à Paraty, Brésil

Mais il sait aussi être photographe sous-marin (l’oeil du cadreur…) ou terrestre, bricoleur patenté extirpant de son fourbi l’outil qui convient, et en parfait compagnon de voyage, sait ne pas se plaindre de conditions parfois pénibles et remonte aussi le moral de ses compagnons de tournage quand il le faut. Il ne carbure qu’au jus de fruits et surveille son alimentation. D’ailleurs, d’une parfaite gentillesse, l’homme est un coeur à prendre Mesdames !…

Sous l’eau, il est parfaitement en phase avec l’animateur : d’un commun accord avant chaque plongée, chacun cherche l’animal convoité ou le corail coloré et on peut admirer leur harmonie dans le travail et leur complicité sous l’eau (ci-dessous à Fernando de Noronha). Le respect mutuel de deux plongeurs expérimentés et l’estime réciproque de deux professionnels qui tournent ensemble depuis plus de six ans.

René Heuzey et Francis Le Guen en action dans les eaux de Fernando de Noronha au Brésil

Chapeau Messieurs !…

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