Indonésie, plongée Kakaban © Francis Le Guen

Pas facile la vie d’un top subaquatique ! Celles qui n’ont jamais suivi les directives d’un photographe sous l’eau ne savent pas ce que nous subissons… Et si nous leur montrions ?…

En janvier de l’année dernière j’avais mis en ligne un album photo légendé avec quelques conseils à suivre destinés aux apprenti(e)s modèles pour photographe sous-marin. Malheureusement, en mettant en ligne cette nouvelle maquette de blog, je n’ai pas pu réintégrer mes anciens albums, et pourtant certains lecteurs me parlent encore de celui-ci.

Alors puisque je vais devoir passer la journée à nettoyer et préparer mon matériel photo, puisque je vais aussi courir chercher une combinaison 5 mm (puisque la 3,5 mm semble peu convenir aux 22 ou 23° que l’on nous annonce en Mer Rouge pour lundi prochain), et puisque l’Homme ne cesse depuis trois jours de me parler des conditions dans lesquelles il envisage de me placer pour faire THE photo, je vous propose de (re)découvrir ci-dessous ces conseils, plus nombreux cette fois et complétés par des illustrations.

Etre modèle pour un photographe n’est jamais simple. Si vous ajoutez l’environnement sous-marin les choses se compliquent immédiatement : une communication limitée aux signes, et une technique de plongée qu’il faut maîtriser suffisamment pour ne pas s’en soucier, sont deux aspects inhérents à la photo sous-marine. Mais croyez-moi, pour parvenir au chef-d’oeuvre, exercez-vous aussi à la télépathie !…

Parce que voyez-vous, les difficultés sont multiples quand votre conjoint décide de vous utiliser comme modèle sous l’eau. Allez, ne niez pas, vous plongeuses qui me lisez, si votre cher et tendre possède un appareil photo et le caisson sous-marin, bien sûr que vous vous êtes fait houspiller sous l’eau parce que l’éclairage ne va pas dans la bonne direction, ou que vos cheveux cachent votre regard, ou que… oui, vous avez l’air bovin parfois cachée derrière votre masque et votre détendeur !

Je vous propose ci-dessous quelques conseils qu’il m’a fallu appliquer au fur et à mesure des circonstances. Notez qu’en plongée de nuit tout se complique à l’envie puisque vous ne percevez plus alors que l’éblouissement répété du flash du photographe qui vous laisse envisager que la foudre traverse la surface.

Cet article est aussi l’occasion de vous montrer une toute petite, petite partie des fonds sous-marins de Bali. Avec des photos réalisées par l’Homme mais dont il ne se servira jamais parce que… vous allez comprendre !

 

Vous vous promenez ?…

Première chose à savoir quand vous acceptez d’être modèle pour un photographe sous-marin : oubliez la plongée d’exploration ! Fini la contemplation du petit poisson-clown, l’admiration béate devant le nudibranche statique,… Sous l’eau le photographe est limité à la durée de sa plongée et il veut ramener un maximum de clichés, donc on accélère le mouvement !…

Il faut absolument ne pas quitter votre photographe du regard, histoire de ne pas être surprise, comme moi, suspendue bêtement en position chandelle au-dessus de la gorgone de l’année !

Allez, rapprochez-vous…

De la même façon, vous devez en général rester très proche de votre photographe qui lui a le droit de virevolter, de s’intéresser à tout ce qu’il veut, de s’arrêter des heures (bon, de longues minutes…) s’il en a envie devant un même sujet, le temps de peaufiner ses réglages… En attendant vous grelottez dans votre combi.

Donc, quand il est prêt, vous devez l’être aussi ! Pas question de rester à la traîne derrière lui parce que vous admirez le banc de barracudas. Allez, on se rapproche !…

Et puis soyez gentille hein ?… allongez-vous. Il n’y a rien de plus laid qu’une silhouette de plongeur à la verticale dans une photo au format paysage… Vous le savez pourtant, il vous l’a déjà dit trente fois !

Et si vous regardiez vers la lumière ?…

Ça y est, vous avez compris : il faut être (la plupart du temps) proche de son sujet.

Par contre, il vaut mieux que le modèle montre son regard au photographe… Si vous êtes légèrement de 3/4, vous avez l’air borgne ! Et aussi belle que soit la gorgone, votre photographe ne pourra pas exploiter cette photo.

Euh… pour celles qui font partie du club des franges, soyez gentilles, secouez la tête de temps en temps parce que la mèche à la verticale, ce n’est pas très esthétique (et je vous passe la recommandation sur les petites bulles qui perlent sur le duvet de la peau… dès le début de la plongée et ensuite régulièrement passez donc la main sur votre visage pour les éliminer).

C’est déjà mieux !

On voit que vous faites des efforts… Calée entre le surplomb et la gorgone, visible dans le bleu, la torche presque correctement orientée… Il y a du progrès dans l’air… Et le poisson est de la fête !

La prochaine fois faites donc en sorte que votre silhouette de sirène soit bien alignée… Les palmes qui se baladent et le bras qui traîne sur la gauche ne sont pas esthétiques… Photo ratée !

 

N’insistez pas, vous ne passerez pas !

Là, vous marchez sur des oeufs… euh, en fait vous filez droit vers le conflit : une jolie petite épave pas trop profonde est un terrain de jeu idéal pour votre photographe. Pariez que même en eaux tropicales vous finirez par avoir froid si sa carte numérique a une capacité dépassant le Giga !

Et n’allez pas imaginer que votre photographe comprendra que, non vous ne pouvez pas vous faufiler dans cet espace réduit !… Même avec la plus grande volonté du monde : c’est trop étroit, et aucun poisson de verre ne pourra vous aider à entrer davantage « dans le champs »…

Vous le faites exprès ?…

Dites, on veut bien admettre que c’est beau ces milliers de poissons de verre qui voltigent en épais nuages autour de vous. Mais vous ne pourriez pas vous concentrer un instant ?… Votre lampe, là… si elle éclairait dans le bon sens, elle ne brûlerait pas la photo sur la gauche !!!

 

Pourriez pas vous rapprocher un peu ?…

Allez, faites preuve de bonne volonté… D’accord, c’est une épave, d’accord elles sont l’habitat favori des poissons pierres qui peuvent vous expédier au ciel (sans passer par le 7ème…) en moins de quelques minutes, mais une fois que vous avez vérifié qu’il n’y en a pas sous la main qui vous sert à vous arrimer, soyez gentille, relevez la tête et laissez travailler votre photographe. Ce magnifique nuage de poissons de verre aurait mérité un peu d’attention de votre part, et une meilleure orientation de votre lampe.

Et attention à ne pas vous retrouver coiffée par la crinoïde qui avance déjà au-dessus de votre épaule… D’où sort-elle celle-là d’ailleurs ?!…

Vous allez lui marcher dessus !

Oui, il est beau ce poisson-ange dans l’épave du Tulamben !… Oui, il est même gros !… Et oui, vous n’en aviez peut-être pas vu beaucoup dans le monde jusqu’à présent (moi si, allez à l’île Maurice). Mais que la surprise de cette présence inattendue ne vous empêche pas de faire votre travail correctement !

Vite, on se couche au ras du sable, et on attend qu’il repasse devant votre masque… parce qu’un poisson-ange c’est curieux. Si vous ne bougez plus il reviendra. Même si vous êtes ballottée en tous sens par un courant arrière qui ne vous permet pas de tenir en place. Ça, ce n’est pas le problème du photographe.

 

On joue à cache-cache ?…

Comme dirait quelqu’un de célèbre, « séquence épuisement« …

Il n’y a rien de pire que les bancs de poissons pour un modèle subaquatique : parce que l’enjeu pour le photographe c’est d’avoir le banc et la silhouette d’un plongeur qui donne une échelle et un aspect humain à la photo. Et selon l’espèce du poisson, vous devrez l’approcher à pas de nudibranche pour ne pas l’effrayer ou palmer comme une malade pour réussir à vous intégrer dans le banc sans les faire fuir. Et les plus facétieux d’entre eux jouent à cache-cache… Vingt-cinq photos pour en obtenir une de bonne (non, ce n’est pas celle-ci).

Courage, c’est bientôt la fin de la plongée… (mais peut-être regrettez-vous déjà de ne pas consommer beaucoup d’air non ?).

 

Plus vite, plus vite…

Quelques minutes plus tard, retour sur le sable noir en pente douce. Vous vous croyez sauvée, pas de remontées intempestives et plus de palmage acharné.

Oui, mais… ces diagrammes orientaux (ou gaterins) auraient été mieux mis en valeur si vous aviez été plus proche… Là, pas de doute, vous êtes trop loin ! Le banc file à vive allure, puis stoppe, puis repart dans l’autre sens. Approchez-vous en douceur, malgré le courant qui vous pousse vers eux…

 

Et on ne louche pas !…

Ah… grand moment que celui de la photo rapprochée…

D’abord il faut trouver l’espèce et quand un moniteur expérimenté montre à votre photographe attitré un splendide et délicat poisson-fantôme arlequin, vous fondez de tendresse devant sa timidité (celle du poisson bien sûr). Mais pour donner une échelle, il vaut mieux montrer un plongeur en arrière-plan.

Surgit alors la difficulté de faire danser dans l’eau une espèce si fragile, sans la toucher, sans la stresser… Donc vous la surveillez pour ne pas l’écraser bêtement, mais surtout ne la fixez pas du regard parce que dans ce cas on vous verra littéralement loucher !

Je sais, c’est dur… Mais dites-vous que ce poisson, vous le verrez en photo si vous êtes capable de tenir la pose sans soulever trop de particules de sable ou de sédiments autour de vous.

Un peu de bonne volonté…

Là, vous voyez quand vous voulez…

C’est mieux.

Mais… on ne va pas conserver cette photo malgré tout. Parce que vos palmes n’ont pas un mouvement esthétique (pensez à rassembler vos jambes et allonger vos chevilles !). Et puis oubliez un peu que votre photographe, pour positionner votre silhouette dans celle de cette épave, vous a demandé dix fois de remonter plus haut, encore plus haut, non plus bas, allez plus bas,… Finalement non, mets-toi dans le rayon de soleil plus haut, remonte, mais remonte…

Et la pression sur vos tympans crie au scandale.

 

C’est fini cette contemplation ?!…

Allez, la récompense quand on est modèle pour un photographe c’est que parfois il prend son temps pour trouver le meilleur réglage. Et vous, en attente à moins de 3 mètres de lui, vous pouvez (vite fait hein !) vous intéresser à tout ce qui bouge autour de lui. Si l’eau est claire, si la lumière est bonne, et s’il n’y a pas trop de courant…

Ce jour-là, je suis tombée en admiration devant ce corail boule, ou corail vésiculeux (plerogyra) que je n’avais encore jamais vu ailleurs. Soyeux, nacré mais translucide, une envie de caresser même si… on respecte, on caresse avec les yeux seulement. Quelques jours plus tard notre moniteur nous a montré deux crevettes translucides dissimulées à l’intérieur de ce corail boule. Perdue dans ma contemplation, et maltraitée par un courant impétueux sur ce site, j’ai un peu oublié mon photographe.

Quand j’ai relevé les yeux, il avait posé son appareil sur le sable, croisé les bras, et il me fixait ostensiblement, signifiant qu’il n’avait pas que ça à faire !… Là, j’ai éclaté de rire dans le détendeur !

 

Fin des conseils du jour…

J’aurais pu vous montrer bien d’autres photos de situations différentes. Ce n’est ici qu’une toute petite approche des difficultés que l’on peut éprouver lorsque l’on sert de modèle à un photographe sous-marin.

Les modèles occasionnels (le binôme du jour ou le moniteur complaisant) seront moins sollicités et vite pardonnés, le photographe n’osera pas abuser de sa bonne volonté. Mais ceux (ou celles) d’entre vous qui accompagnent régulièrement un accro aux pixels compatiront et se sentiront soudain solidaires aujourd’hui de tous ceux qui souffrent en silence (ou presque) pour satisfaire le besoin de perfection de l’artiste.

Il faut avant tout être en bonne forme physique et se montrer plutôt conciliant sous l’eau. Apprendre à deviner la photo pour prendre la pose adéquate, connaître les espèces pour anticiper leurs réactions, bien étudier et anticiper la façon de travailler du photographe.

S’approcher d’une espèce (presque) jusqu’au contact. Décrire un large cercle pour ne pas effrayer (au choix) la murène, le dauphin, le barracuda. Patienter de longues minutes pour que le nudibranche ou la danseuse espagnole atteigne enfin la portion écarlate de l’éponge sur laquelle sa robe sera mise en valeur. Appâter les poissons multicolores du lac Malawi en grattant la roche inlassablement. Vérifier constamment avant de s’aplatir dans le sable ou de s’allonger sur les algues s’il n’y a pas d’individu dangereux déjà en place (voir photo en tête de cet article, prise sur les rives du lac aux méduses de Kakaban au large de Bornéo). Accepter de prendre la pose élégante jambes allongées tout en surveillant du coin de l’oeil l’évolution des deux requins de récif qui approchent sournoisement. Cavaler bêtement derrière un banc de plataxs qui font fi de votre quasi essoufflement. Faire le yoyo dans le bleu jusqu’à ce que vos oreilles hurlent à la mort. Et se faire réprimander devant tout le staff du centre ou devant la palanquée sur le bateau tandis que vous pensiez vraiment avoir fait de votre mieux.

Le « métier » est ingrat, il faut le reconnaître.

Ensuite…

Ensuite vient la satisfaction parfois (et peut-être souvent selon l’expérience de votre photographe) de la photo réussie, de celle qui enrichira l’article de presse, ou même juste votre album photo perso. Celle qui deviendra un bon souvenir, celle qui aura une histoire à raconter, la vôtre.

Enfin j’ajouterais juste un dernier conseil, mais primordial : si vous vous trouvez entraîné(e) sous l’eau avec un photographe qui vous met à contribution, pensez TOUJOURS à consulter très régulièrement votre manomètre pour vérifier votre autonomie. Parce que votre photographe oubliera de consulter le sien, et qu’à un moment donné, vous risquez (vous et lui) de vous trouver en difficulté. Or, il y a de grandes chances pour que votre autonomie vous permette, à vous et à votre binôme de retourner en toute sécurité jusqu’au bateau ou jusqu’à la plage, en incluant le temps de palier nécessaire. On se trouve très vite à court d’air quand on est focalisé sur la photographie sous-marine, parce que le temps ne compte plus, et qu’il passe plus vite… Je le sais, ça m’est arrivé aussi quand je tenais l’appareil-photo.

N’oubliez pas !

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Cet article a été publié une première fois en janvier 2008 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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