Brésil, anaconda, région du Mato Grosso do Sul © Marie-Ange Ostré

Avez-vous déjà imaginé rencontrer un anaconda, le mythique serpent le plus long du monde ? Immédiatement vous visualisez une affiche de film de seconde zone, ou des vidéos de mauvaise qualité diffusées par des amateurs sur YouTube. Croyez-moi, rien à voir avec la sensation d’en voir un en chair et écailles, à moins d’un mètre de votre appareil photo.

Au Mato Grosso do Sul, province située au Sud du mythique Pantanal brésilien (qui n’est autre qu’un vaste marécage pourtant réserve écologique classée au patrimoine mondial), j’appréhendais ma rencontre avec les araignées de toutes formes, et de préférence énormes… Mais en fait d’insectes, si la région bourdonne en permanence du vol des moustiques, papillons de toute beauté, et autres bestioles ailées en tous genres, je n’ai longé qu’un immense mur tissé sur lequel s’ébattaient des dizaines de microscopiques têtes d’épingles vermillon, autant d’araignées inconnues sur mon registre des petites frayeurs irrationnelles. Nul doute qu’elles étaient menaçantes, mais si petites que la raison prenant le pas sur l’appréhension, je me suis contentée d’accélérer le rythme en évitant surtout de chercher la véritable maîtresse des lieux qui devait pourtant bien me surveiller, aux aguets…

A part cette vilaine rencontre, l’Homme m’a rapporté avoir chassé le premier soir de mes cheveux, d’un revers de roman qu’il lisait à mes côtés, un énorme cafard qui courait sur l’oreiller. Grâce à sa description, je pense qu’il s’agissait de ceux que j’ai hébergé (à mes dépens) dans mon appartement sur l’île de La Réunion : grand comme un pouce d’adulte, un coup de pied, une pichenette, vous le retournez sur le dos, et il s’asphyxie en quelques minutes. Pas bien méchant… Morte de fatigue après trois jours de voyage depuis notre départ de Paris, cinq décollages et atterrissages, et un léger décalage horaire de 6 heures, je n’ai rien vu, rien senti.

La rencontre la plus risquée se fera à Baia Bonita, à une vingtaine de kilomètres de piste de sable rouge de Bonito, la petite ville du Mato Grosso do Sul où nous logions pour cinq jours. Cette réserve écologique – tenue par un Français ravi de notre visite – abrite sur des hectares en plein paysage de pampa argentine, une jungle naturelle regroupant à l’état sauvage mais protégé les animaux endémiques de la région. Parmi ces animaux que j’ai pris un immense plaisir à photographier puisque les conditions sont bien meilleures que celles d’un sinistre zoo, j’ai immortalisé un tapir adulte et un jeune, des aras multicolores, un toucan, des perroquets vert pomme, des loups, des émeus, un agouti, et… le très célèbre anaconda.

Le plus grand serpent aquatique du monde, capable d’atteindre les dix mètres de long, était hébergé là pour des soins après avoir été capturé puis maltraité. Le vétérinaire brésilien nous a exceptionnellement laissé entrer dans l’enclos et j’ai suivi le réalisateur, puis René Heuzey notre cameraman sous-marin, pour prendre les photos du tournage. Petit à petit, en écoutant les recommandations faites à mi-voix par le vétérinaire, je me suis approchée du bord de cette mare dans laquelle cette femelle anaconda de cinq mètres était vautrée. En quelques très lentes minutes elle s’est glissée langoureusement sous mon objectif, comme pour faire connaissance avec la seule autre femelle aux alentours. J’ai pris une, deux, trois photos, en maudissant la faible vitesse d’inscription de l’appareil numérique qui enregistre en très haute définition pour des usages destinés à la presse et à l’édition. Jusqu’à ce que le directeur de la réserve ne touche doucement mon coude pour me murmurer « attention, lorsque l’anaconda se place en S comme cela, il est prêt à bondir sur sa proie…« . Là, j’admets m’être souvenue qu’il s’agit d’un reptile capable d’étouffer un adolescent, d’ingurgiter un boeuf, et en tout état de cause du seul prédateur susceptible de faire reculer un caïman de taille moyenne…

La grosse tête d’écailles cuivrées me fixait avec ses yeux fixes mais si intelligents que j’ai eu, un instant, le sentiment d’être en communication avec cette grosse femelle paresseuse qui avait quelques minutes plus tôt léché lascivement l’objectif de la caméra sous-marine d’une langue définitivement fouineuse et fourchue. Je me suis contentée de l’interpeller mentalement : « tu ne veux pas me bouffer, hein ?…« . Puis, sans autre réponse de sa part qu’une surveillance aiguë de mes faits et gestes, j’ai reculé d’un pas, puis deux, sans la quitter du regard. Et je suis sortie de l’enclos, ravie de mes quelques photos !

Quelques minutes plus tard, nous étions sous un soleil implacable au bord d’un petit lac de marécage et nous filmions des jacarés, la version locale du caïman noir. Ceux que nous avons vus mesurent dans les deux mètres de long et ondulent lentement vers vous en surface dès qu’ils vous aperçoivent sur le ponton de bois qui surplombe la pièce d’eau. Certains restent passifs, à griller sur une rive sous le soleil, gueule ouverte dévoilant un sourire cynique… D’autres se montrent plus agressifs et sont capables de bondir hors de l’eau sur une hauteur de plus d’un mètre pour capturer un oiseau venu se nourrir ! L’un d’entre eux se tenait pattes écartées, queue pointée vers le fond du plan d’eau juste en-dessous de nous : le vétérinaire nous a demandé de rester prudents et de ne pas nous pencher par-dessus la balustrade au-dessus de lui parce que cette posture du jacaré indique qu’il est prêt à bondir hors de l’eau comme on peut les voir faire dans les fermes à crocodiles qui font la joie des touristes en Floride.

En observant ces sauriens bien peu sympathiques, je me suis alors souvenue qu’ils sont les descendants les plus proches des dinosaures. Je veux bien le croire ! Observez leur mâchoire, et vous comprendrez pourquoi j’ai préféré mon face à face exceptionnel avec l’anaconda

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