Parce que c’est une plongée facile, toute simple, dans un endroit idéal pour paresser et prendre la vie du bon côté, parce qu’on nous annonce pour cette semaine un mouvement de grève qui va paralyser un certain nombre d’entre vous, permettez-moi de vous offrir une petite bulle d’air pour quelques minutes. Venez, je vous emmène plonger à Bali !

C’est une plongée d’après-midi, l’une de celles que l’on fait après avoir traîné un peu au restaurant devant son sorbet à la mangue, celle qui nous fait hésiter : vais-je rejoindre ma chambre pour une bonne sieste ou vais-je suivre Arnaud qui me glisse, pour m’encourager, « je crois que je peux te trouver la crevette arlequin que tu cherches…« .

Un argument qui tue net toute velléité de fuite en avant au fond des draps !

Il ne m’a fallu que quelques secondes pour me diriger vers le petit centre dans lequel s’active déjà Agus, le bras droit d’Arnaud Théry et Anne-Sophie Lejeune ici, à Bali.

Je vérifie mon manomètre, je boucle mon ordi de plongée, j’attache les cheveux et comme les six autres plongeurs ce matin, les deux moniteurs inclus, j’enfile mon gilet et transporte ainsi ma bouteille jusqu’au bord de l’eau, sur la plage. Tout en vérifiant d’un œil que les équipements sont bien en place pour chacun, Arnaud nous prévient tranquillement : « c’est une plongée vraiment relax donc vous la faites pour en profiter, pas d’exploit, tout en douceur, et on regarde autour de soi, mais attention je ne veux voir personne allongé sur le sable et surtout pas de palmes qui raclent le fond…« . Le sourire nonchalant est toujours là mais le regard est entendu : c’est ce qu’on appelle un teaser, une accroche.

Nous entrons sans difficulté dans une eau à 24° en ce mois de juillet du côté de Tulamben, sur la côte Est. Je glisse un peu sur les galets de roche volcanique mais gilet gonflé, c’est le moment d’enfiler les palmes et d’ajuster le masque. Quand tout le monde est fin prêt, Arnaud fait le signe de la descente et nous entraîne à sa suite sur une pente douce de sable noir sur laquelle s’accrochent quelques herbes éparses, deux ou trois coraux plume qui font le bonheur des photographes. Séance photo tandis que je surveille du coin de l’œil notre palanquée qui s’éloigne doucement.

Arnaud nous entraîne jusqu’à un petit tertre herbeux : quelques roches de faible hauteur, un peu de corail, au premier regard rien d’extraordinaire. Mais en le voyant scruter les alentours attentivement, je me doute qu’il est en chasse et je deviens plus attentive : ici reposent quelques grosses étoiles de mer tellement rebondies qu’elles donnent envie de croquer dedans ! A proximité quelques oursins d’un noir d’encre dressent leurs pointes vers les intrus trop curieux, et pourtant ils m’attirent : trois d’entre eux abritent entre leurs longues épines un petit bataillon de poissons cardinaux graciles, aux nageoires déployées. Le contraste entre l’agressivité présumée de l’oursin et la délicatesse de ces petits poissons noirs et argent accentue la surprise de ce commensalisme.

Sur ma droite deux petites rascasses volantes ont entamé une danse de reconnaissance. Elles se hument, se détournent, reviennent, se tâtent. Séduction ou parenté ? Allez savoir….

Un peu plus loin ce sont deux murènes qui m’interpellent : vertes, elles sont blotties dans leur trou et ne laissent dépasser que leurs têtes jumelles, gueules ouvertes pour mieux filtrer ce qui pourrait passer à portée des dents pointues qui se devinent.

Un plongeur me désigne alors un petit balluchon d’excités dansant façon techno rave : des poissons chats, fines aiguilles virevoltant sans discontinuer dans un désordre sans doute savant, mais toujours en boule compacte.

Puis Arnaud me fait signe de loin, discrètement. Je commence à bien le connaître, et sous son masque je devine le sourire des yeux. J’abandonne l’Homme à ses clichés de poissons chats et me dirige doucement vers notre ami qui tend un doigt vers une roche basse, devant lui. Une toute petite crinoïde orange y est fixée solidement et une étoile ocre tente de l’atteindre en se contorsionnant mais…

Mais ?!… que vois-je ?!…

L’un des bras de l’étoile est maintenu solidement par une petite bestiole si bariolée que je ne réalise pas tout de suite que je suis enfin devant la superbe, la magnifique et la très grosse crevette arlequin de mes rêves !!!

Elle est grosse (je viens de le dire), bien plus grosse que celle que j’avais imaginée après en avoir observé cent en photos sur les guides ou sur les galeries photos d’Hélène Caillaud. C’est d’ailleurs ma première surprise. Elle est plus longue que mon pouce et sa queue est large comme mon petit doigt. D’une jolie teinte crème, elle est tachetée de parme et agite ses belles pinces charnues dans le but de s’approprier tout ou partie de l’étoile qui ne recule pas assez vite devant sa prédatrice. Mais en l’observant d’un peu plus près, Arnaud me montre un tout petit être qui frétille deux centimètres derrière elle : une mini crevette arlequin, son juvénile !

Incroyable, en guise de première crevette arlequin j’ai droit à une mère et son fils (peut-être était-ce une fille ? mais voyez-vous sa livrée était d’une dominante bleue et j’ai décidé qu’il s’agissait d’un mini mâle). Quand on approche délicatement le doigt (sans toucher surtout !), la mère agite ses grosses pinces colorées et le petit se fige prudemment. Je les observe pendant quelques minutes avant qu’un autre plongeur ne s’approche et je cède la place pour lui permettre d’observer ces deux êtres sortis tout droit de l’imagination d’un peintre de talent. Ensuite, c’est l’Homme qui se charge de les prendre en photo, et vous en admirez le résultat sur ces photos. Parce que je n’ai pas le souvenir d’en avoir vu auparavant sur quelque galerie que ce soit, je choisis aussi de vous montrer ci-dessus la photo de cette crevette arlequin en pleine prédation sur l’étoile ; sur les deux photos vous distinguez nettement le juvénile.

Ravie de cette rencontre inattendue que je rêvais de faire depuis des années, je me promène ensuite tranquillement sur le petit tertre pour suivre le chemin d’un crabe moussu qui fait de son mieux pour se cacher sous une crinoïde noire puis je surveille la progression lente de deux nudibranches blancs à houppette aérienne.

Au-delà du tertre c’est le trou d’une mantis que je vais découvrir par hasard : sa tête étrange se rétracte dans le sable noir, puis ressort, et se cache de nouveau. Elle se laissera photographier difficilement, timide demoiselle aux pinces sévères.

J’ai terminé cette plongée en comptant trois poissons fantômes noirs striés de jaune et rouge, fragiles spécimen se confondant avec les branches de crinoïdes dans lesquelles ils tentaient de se dissimuler.

Une plongée relax effectivement, avec 19 mètres de profondeur maximum, et aucun courant. Le genre de plongée agréable pour une après-midi toute en douceur. Une plongée dont je me souviendrai longtemps grâce à ces deux crevettes arlequin. Une plongée que je vous recommande, mais pour cela il faut aller à Bali et plonger avec Arnaud chez Safari Bali

Plonger à Bali avec… Safari Bali
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