medium_Murene-javanaise.jpgDimanche dernier, nous avons plongé sur Saint-Leu (île de La Réunion) avec des amis. Nous sommes tous des niveaux II. J’avais sélectionné un nouveau club que nous voulions essayer pour trouver un centre sympa et convivial qui garde tout de même la sécurité comme leitmotiv. Ils ont un bateau de bonne taille, et non pas une barcasse de foire sur laquelle mon estomac se rebiffe à chaque fois, les moniteurs et le directeur de centre sont sympas sans ostentation, sans frime et sans le look surfeur, mèche blonde oxygénée qui retombe négligemment sur le front, ce qui change un peu des centres alentours.

Sous l’eau, une bonne plongée d’une soixantaine de minutes. Le site du Sec Jaune est un tombant sur 26 mètres, couvert de coraux de feu entre autres, avec des anfractuosités dans lesquelles se cachent de petites murènes que l’on ne va pas gratouiller sous le menton celles-ci, on laisse ça aux murènes géantes chez Hugues, à Maurice (photo ci-dessus). Curieusement il est moins angoissant de prendre dans ses bras une murène qui a une tête de cheval et qui mesure ses 2,40 m. de long. Les petites sont toujours un peu plus agressives, et attention les doigts !… Les murènes ont de petites dents acérées et implantées en quinconce, comme les requins. Donc, une fois leur mâchoire sur vos mains, il ne reste presque plus qu’à la tuer pour éviter qu’elle ne vous déchire littéralement la peau et les muscles. Les morsures de murène sont toujours spectaculaires de ce fait. Alors, on se méfie !

Nous avons vu aussi une énorme loche à selles, de plus d’un mètre de longueur, et peut-être soixante centimètres de circonférence. Une loche est un gros mérou, solitaire, qui se laisse facilement approcher par les plongeurs. Elle était stationnée le long du tombant, comme à son habitude paraît-il. De grosses lèvres lippues, un air bonasse, elle a pourtant refusé de se laisser toucher par d’autres plongeurs. Il faut savoir respecter les animaux sous l’eau, et ne surtout jamais oublier que nous sommes leurs invités, et non leurs conquérants.

Pendant que les autres s’attardaient à observer cette grosse mémère, j’ai musardé un peu deux mètres plus bas, le nez explorant le corail. Et récompense ! J’ai découvert un petit trou dans lequel copulaient deux crevettes nettoyeuses, Stenopus de leur petit nom, les pinces et le corps striés de bandes pourpres. Chacune était de l’envergure de l’une de mes mains, j’ai voulu jouer avec elles, elles avançaient leurs pinces pour défendre l’entrée de leur trou. Et tout près d’elle, à l’intérieur, une petite crevette d’une autre espèce, environ trois centimètres de long, transparente comme ses consœurs, mais agrémentée de quelques petites taches jaune citron disséminées sur la tête et la queue. Puisque le moniteur se tournait vers moi, je lui ai fait signe. Il avait une petite lampe torche et m’a rejointe. Il a éclairé le trou et les bestioles se sont agitées. Les autres ont pu admirer ces petits crustacés de verre pendant quelques minutes. En me détournant pour regarder au large et guetter le gros, celui qu’on ne voit que rarement, mon regard s’est arrêté sur un superbe nudibranche, gros mollusque large comme deux de mes doigts joints, à la livrée noir velours ponctuée de taches parme et ourlé de jaune vif. Magnifique ! Mais j’en avais déjà vu quelques-uns à Trou aux Biches. A côté, quelques minuscules étoiles de mer rouge écarlate. J’aurais aimé avoir un appareil photo et faire un peu de macro pour fixer ces petits éléments.

Tout au long de la plongée, j’ai constaté que les coraux ont souffert du passage du cyclone Dina, mais moins que Maurice apparemment. Ce qui m’a été confirmé en surface par le moniteur. Quelques branches cassées, que l’on reconnaît au blanc net de la cassure ce qui prouve que l’accident est récent. Et puis encore beaucoup de suspensions dans l’eau, l’eau reste chargée en particules. D’ailleurs les coraux sont un peu moins colorés que ce que j’en avais vu précédemment au même endroit lorsque j’avais plongé sur ce site en septembre dernier. La forte houle cyclonique a véhiculé beaucoup de boue et les ravines dégringolant des cirques montagneux alentours juste après le cyclone ont déversé beaucoup de saletés, pollution naturelle ou industrielle. L’eau était encore froide à mon goût, plus qu’elle ne devrait l’être à cette période de l’année.

Mais ce fut tout de même un plaisir de s’immobiliser au milieu des bancs d’anthias rose vif au dos orange feu, papillons virevoltant dans un parfait désordre au gré du courant. Nous avons croisé aussi un beau banc de poissons cochers, corps plat rayé de larges bandes noires et jaunes. Et des myriades de demoiselles vertes ou noires, beaucoup de loretos bleu vif, des eleotris en couples par dizaines, et tout un monde grouillant de vie, explosion de couleurs et de plaisir des yeux.

Lorsqu’il nous a ramené sous le bateau, le moniteur nous a demandé de lui indiquer notre consommation en air. Les filles étaient en réserve, elles devaient donc remonter. Olivier et moi avons choisi de continuer gentiment notre exploration aux alentours du bateau. Nous avons erré quelques minutes supplémentaires au milieu des coraux et du substrat, effrayant une vieille cuisinière de petite taille (jeune mérou ocre couvert de petits cercles bleu vif) et provoquant une petite murène perlée enfouie sous le corail.

Une plongée bien agréable, que j’aurai l’occasion de refaire à maintes reprises au cours des deux années qui suivront…

 

extrait de mon journal de plongeuse, île de La Réunion

(21 février 2002)

 

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