Egypte, Sphynx et pyramide de Guizeh © Marie-Ange Ostré

Les pyramides d’Egypte, j’en espérais beaucoup. Trop sans doute. Même si je savais qu’elles sont situées en périphérie de la ville tentaculaire du Caire je les imaginais dignes, surplombant l’estuaire du Nil du haut de leur 4 500 ans de splendeur. Lorsque sur la route j’ai aperçu l’une d’elles, image fugitive mais incongrue entre deux immeubles laids sur la route du Caire, j’ai grimacé.

Une centaine de pyramides à peine ont été découvertes sur le sol égyptien, une broutille comparée à l’estimation des archéologues et historiens. Les trois plus célèbres d’entre elles sont situées à Guizeh, en banlieue du Caire. Vous les rejoindrez en prenant un taxi, ou avec le car de votre voyage organisé, comme moi en ce jour de janvier 2009 au terme de ma croisière sur le Nil. Comme moi, vous aurez nettoyé votre appareil et vos objectifs, vous aurez laissé le trépied à l’hôtel sur le conseil avisé de votre guide local et d’après votre expérience sur le sol égyptien (à moins d’avoir envie de payer une taxe supplémentaire sur tous les sites ou d’être obligé de le laisser en consigne). Comme moi vous aurez choisi le super grand angle, pour la meilleure prise de vue. Et vous aurez emporté le 300 mm, pour les détails.

Le car se gare quelques minutes au pied des pyramides, déverse son flot de touristes qui vient s’ajouter à ceux qui errent déjà entre les pierres millénaires, puis repart pendant une heure. En effet, vous avez une heure pour faire le tour des pyramides (impossible), pour vous imprégner de l’atmosphère, pour prendre les photos dont vous rêviez. Déjà, vous avez envie de maugréer.

Pourtant…

Il ne m’a pas fallu une heure pour avoir envie de rebrousser chemin !

Les pyramides attirent chaque année des millions de touristes sur le site de la seule des Sept Merveilles du Monde de l’Antiquité encore visible de nos jours : la pyramide de Khéops. Des touristes partout, même aux premières heures du jour. Des touristes qui grimpent sur les éboulis de pierres tombées au bas des pyramides, malgré les sifflets des policiers qui font le guet à dos de chameau. Des touristes qui prennent des photos, qui se prennent en photo.

Et puis en arrière-plan, la ville, le béton, les poteaux électriques des rues venues s’implanter jusqu’au ras du site historique. Parce que les Egyptiens sont à l’étroit dans la plus grande ville d’Afrique qui abritent plus ou moins bien les 15,5 millions d’habitants du Caire. Comment leur en vouloir ?

Et surtout la pollution. Ce voile jaunâtre de glue impalpable qui étouffe Le Caire à toute heure. Comme un couvercle de plomb qui pèse sur les nantis comme sur les plus démunis. Une couche malfaisante, sournoise, présente partout.

Il faut alors faire abstraction de tout cela pour tenter de retrouver la magie des sites comme la Vallée des Rois ou Abu Simbel. Si le tourisme intensif rend la visite d’Abu Simbel pénible, le temple laissera sur vous son empreinte indélébile : trop beau, trop…

Il faut faire le tour de la pyramide de Khéops rapidement (les autres sont trop éloignées pour une seule heure de visite), aller très vite là où les autres ne vont pas, pour tenter de s’isoler un peu, et observer les détails : les pierres lisses qui s’échappent peu à peu des sommets, les colmatages en briques au fil des siècles pour soutenir l’ensemble, les blocs qui s’effritent. Et penser à l’impensable : combien d’hommes ?…

Il faut refuser fermement la demande du policier à cheval qui tend la main pour être payé d’une photo que vous venez de prendre. Il faut éviter le marchand au sourire trop large qui vous appelle « Carla » et vous propose de monter sur son âne, en échange d’une autre contribution. Ici on parle en dollar.

Il faut s’approcher de la base d’une pyramide, pour poser la main respectueusement sur une pierre en vous demandant si d’autres l’ont fait avant vous ou si la seule main qui aura jamais caressé cet énorme bloc n’est autre que celle de l’ouvrier peut-être mort sur le chantier il y a au moins 4 500 ans.

Il faut aider l’émotion à s’installer, il faut l’appeler de tous vos voeux pour vraiment réussir à penser « je contemple les pyramides d’Egypte« .

Ce n’est pas chose aisée.

Le site est impressionnant, mais je n’ai pas ressenti le souffle de l’Histoire. L’âge vénérable des pyramides vous aidera peut-être à apprécier.

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