Chine, vieille ville de Lijiang, Yunnan © Marie-Ange Ostré

Je voyage beaucoup, je visite des sites exceptionnels et pourtant comme vous je vis parfois des déceptions : la vieille ville de Lijiang, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997, est l’une de celles-ci.

En préparant mon voyage en Chine je me délectais à l’avance de cette visite dans une ville ancienne offrant une architecture rassemblant divers groupes ethniques dans un paysage exceptionnel. J’avais cherché des photos sur Internet, j’avais glané quelques infos dans le Lonely Planet. Je voulais voir Lijiang, absolument. Je voulais prendre cette photo des toits des vieilles maisons Naxi de Lijiang. Et j’ai organisé mon voyage pour que cette étape soit possible.

Après avoir passé cinq jours à Pékin (pour une première visite, c’est bien assez) j’ai donc pris un vol pour rejoindre Lijiang, ville la plus réputée de la province du Yunnan.

Le Yunnan couvre 394 000 kilomètres carrés au Sud-Ouest de la Chine (4 % de la surface totale du pays). C’est aussi la porte d’entrée vers le Tibet. Une province qui a des frontières communes avec la Birmanie, le Laos et le Vietnam.

On comprend mieux ainsi pourquoi le Yunnan rassemble sur son territoire la plus grande diversité des groupes ethniques plus ou moins intégrés à ce vaste rouleau compresseur qu’est la Chine : pas loin de 46 millions d’habitants en 2009 (un poil plus que la Corée du Sud à elle toute seule, et davantage que la Birmanie, la Colombie, l’Afrique du Sud ou l’Espagne !). Des millions de Chinois répartis entre les groupes Han (pour 67 %), Yi, Bai, Hani, Zhuang, Dai, Miao, Hui, Tibétain.

Le Yunnan bénéficie également de paysages exceptionnels : des chaînes montagneuses surtout au Nord et à l’Ouest avec des sommets flirtant entre les 5 000 et 6 740 mètres d’altitude ; des plateaux karstiques, des canyons abrupts, des lacs parmi les plus profonds de Chine, et six des plus grands fleuves de Chine (et d’ailleurs) traversent cette province dont la rivière des Perles, le Mekong, et le Yang Tsé.

Sans aller jusqu’au Tibet qui mérite un prochain voyage à lui tout seul, je voulais m’en approcher au plus près. J’ai donc rejoint le comté de Lijiang avant de me rendre aux confins du Nord-Ouest du Yunnan, dans le comté de Shangri-La (ou Zhongdian) pour y vivre quelques jours dans des villages tibétains.

Le contraste entre mon idéalisation du lieu et la réalité du commerce touristique douche mon enthousiasme…

Première étape donc : Lijiang, l’une des villes les plus touristiques du Yunnan, et pour cause. Située entre le Sichuan et le Tibet, Lijiang fut longtemps l’une des étapes commerciales essentielles de l’ancienne route du thé, un passage obligé vers le Tibet.

La vieille ville, celle qui attire toutes les convoitises, affiche 800 ans d’histoire avec une architecture typique aux maisons de l’ethnie Naxi, des maisons construites sur un réseau de canaux qui courent dans toutes les rues et traversent même parfois les maisons. Présenté comme cela, la découverte semble idyllique. Mais je ne l’ai pas vécue ainsi…

Comme des milliers de touristes avant moi, et les millions à venir, j’ai traversé la ville moderne en taxi pour atteindre l’un des points d’entrée de la vieille ville.

Sur le plan de la ville que m’avait confié le concierge de mon hôtel de rêve (le Banyan Tree Lijiang) situé à moins de 5 minutes en voiture, les noms sont écrits en chinois et il vaut mieux faire confiance aux locaux pour vous amener directement sur place, et à l’entrée la plus appropriée à une première visite.

La ville moderne n’offre aucun intérêt si ce n’est pour la population locale, pour leur vie quotidienne. Fortement ébranlée par un sévère tremblement de terre en 1996, elle a été très vite reconstruite et réaménagée de façon fonctionnelle et sans aucun charme, en prévision de la manne touristique qui se profilait : l’Unesco classait la vieille ville sous le sceau du patrimoine mondial un an plus tard.

Après m’être acquittée d’un droit d’entrée modique qui participe à l’entretien de la vieille ville me voici donc dans ce que j’espérais être un « autre monde ». Pourtant je suis projetée dans un mini Disneyland à la chinoise, dans d’authentiques vieilles rues pavées mais bordées de part et d’autre de centaines d’échoppes 100 % touristiques.

Le contraste entre mon idéalisation du lieu et la réalité du commerce lié au tourisme douche net mon enthousiasme.

Devant moi un monsieur exhibe un chien ROSE, je le retrouverai au même endroit le lendemain midi, à l’affût des touristes et réclamant quelques deniers pour chaque photo faite de l’animal. Du coup je me demande si cet animal a été teint !

A droite des géraniums embellissent les rebords de fenêtres d’un restaurant s’affirmant le meilleur du Yunnan (proposant surtout des plats du Sichuan…).

A gauche une immense roue fouette inlassablement une petite pièce d’eau sous les regards des touristes qui se font prendre en photo devant. Des dizaines de photographes, et de sujets posant deux doigts levés en V, sourire de commande et pose de circonstance. Tant pis pour l’Histoire.

Je suis dépitée.

Mais le ciel me rappelle à l’ordre : après tout j’ai décidé de passer une première après-midi dans la vieille ville pour faire un repérage des lieux avant d’y revenir le lendemain matin pour explorer tranquillement le plus beau. Et pour saluer ma déconvenue c’est une fine pluie qui s’abat pour l’instant sur Lijiang, éparpillant les touristes chinois comme une volée de moineaux, rendant les pavés polis par le poids des ans aussi glissants qu’un pont de bateau de plongée sans revêtement spécial.

Je vais passer quatre heures à déambuler lentement dans les ruelles pour tenter de m’imprégner de l’Histoire chinoise. Jusqu’à décider d’abandonner toute velléité de photo « culturelle » pour privilégier la photo tourisme. Dans cette optique (et sans jeu de mot), la visite devient davantage plaisante : il faut entrer dans les échoppes pour négocier le prix des écharpes tissées façon tibétaine (je doute qu’elles aient été fabriquées au Tibet, mais j’ai tout de même craqué).

Il faut tenter d’engager la conversation avec une vendeuse de viande de yack séchée, ne serait-ce que pour provoquer l’hilarité générale parmi les clients chinois devant mes mimes. Il faut goûter le morceau de yack séché macéré dans du piment pour savoir ce qu’il en coûte de jouer à la blogueuse voyage en repérage pour ses lecteurs !!!

Cuisant souvenir ! Mais au moins je sais désormais.

J’ai suivi les canaux qui répartissent l’eau des trois bras de la rivière du Dragon de Jade circulant dans la ville. Pour prendre des photos plus classiques, et pour voir répéter les serveurs d’un restaurant qui s’entraînent aux chants locaux pour attirer la clientèle du soir.

J’ai filmé les clients s’exerçant aux joies du karaoké sur des chansons occidentales. Entendre chanter du George Michael au fin fond du Yunnan, ça ne se manque pas !

J’ai acheté une douzaine de ces madeleines aux noix, farcies de pâte de haricots rouges, fabriquées par une vendeuse oeuvrant sur une machine mécanique d’un autre siècle. Des madeleines charnues, bourratives mais peu sucrées, parfaites pour caler une petite faim. Des madeleines qui ont tenu le coup dans mon sac à dos pendant 3 jours avant d’être définitivement trop dures sous la dent.

J’ai volé quelques photos de femmes rentrant du travail en fin de journée, en tenue d’ouvrière qui rappelle un autre temps parfois ancré dans les comportements. Suivies par de jeunes Chinoises de l’ère Internet.

J’ai observé les artisans accroupis sur des mosaïques élaborées grâce à des galets polis.

Et j’ai bavardé avec le chef des travaux de ce futur petit hôtel dans un quartier bâti de toutes pièces par la municipalité pour « agrandir » la vieille ville afin que les touristes puissent venir encore plus nombreux. Les nouveaux bâtiments sont reproduits à l’aune de ces 800 ans d’âge. Tellement identiques qu’on s’y trompe : « cette porte est authentique ? » ai-je demandé en montrant une vénérable pièce de bois aux couleurs délavées qui allait être posée. Rire embarrassé de mon interlocuteur. La courtoisie veut que l’on ne fasse aucun commentaire désobligeant. Je me suis donc abstenue d’insister.

En fin de journée et avant de rentrer à l’hôtel j’ai fait une halte pour dîner : choisissez sur l’étal extérieur ce que vous voulez voir dans votre soupe, et asseyez-vous.

Aussitôt une serveuse se précipite et installe sur votre table un grand chaudron au-dessus d’un réchaud à gaz ; l’eau du bouillon se met à frémir et elle y  jette tout ce que vous avez désigné à l’entrée et qui est rassemblé sur une assiette. Le bol en pyrex, la tasse pour le thé et la cuillère sont emballés sous un film plastique hermétique, pour éviter tout problème sanitaire (c’est inscrit en anglais sur l’emballage). Pour les serviettes en papier il vaut mieux vous munir (comme partout en Chine) d’un paquet de mouchoirs en papier que vous garderez dans votre sac, à portée de main.

J’ai ainsi dîné – parmi une clientèle chinoise discrètement curieuse de mes réactions – de l’une des meilleures soupes que j’ai jamais goûtée : j’avais choisi des légumes verts (des feuilles qui me sont inconnues), des lamelles de poulet, et différentes variétés de champignons sauvages. Sauvages, ils ne l’étaient sans doute pas puisque l’assortiment (et le réassortiment constant) indique plutôt une culture qu’un ramassage manuel dans les sous-bois. Mais parfumés, goûteux, texturés, ils le sont ! Une soupe du Yunnan qui m’a un peu réconciliée avec le business intensif de la vieille ville de Lijiang.

De retour à l’hôtel une heure plus tard, quelque peu désabusé par cette visite sans charme,  je me suis pourtant laissée convaincre de partir tôt le lendemain matin pour prendre des photos dans des ruelles désertes, avant l’arrivée des premiers touristes (qui essaient tous d’en faire autant), et profiter ainsi des belles lumières du lever du jour sur les vieilles pierres.

D’ailleurs j’y ai pris aussi un petit déjeuner autrement typique, dont j’ai filmé la préparation. Pour cette visite en photos et voir cette vidéo je vous invite à lire l’article que je viens de rédiger à propos de la cuisine chinoise servie dans la vieille ville de Lijiang, et qui sera publié… la semaine prochaine.

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage en Chine ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en septembre 2010 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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