Plongée sur le site Cannibal Rock, Komodo, Indonésie

Pendant le tournage du magazine Carnets d’Expédition pour cet épisode consacré à l’Indonésie nous avons le privilège de plonger sur Cannibal Rock, l’un des sites les plus réputés au monde pour la richesse de ces fonds marins dans l’océan Indien…

Et pourquoi ne pas faire plaisir à mes lecteurs plongeurs en racontant ce qu’ils découvriront ce matin, en se connectant sur l’ordinateur de leur bureau ? Une bonne petite plongée pour vous permettre de bien commencer la semaine ?… Vous me suivez ? C’est parti !

Direction Indonésie, Parc National de Komodo

Il ne s’agit pas du premier jour de tournage, mais bien de notre première plongée pour l’Homme et moi depuis deux mois. C’est donc ce qu’il est convenu d’appeler une plongée de réadaptation pour tous ceux qui se réclament de la fédération française de plongée.

René Heuzey et Gérald Rivière, notre cameraman sous-marin et son assistant lumière, ont déjà plongé à plusieurs reprises au cours de ces trois derniers jours pour accumuler les images d’illustration (celles qui sont utilisées entre deux séquences avec l’animateur).

Bateau Bidadari, dans les eaux de Komodo, Indonésie

Le bateau de croisière, le Bidadari, qui nous sert de bateau de plongée pour cette expédition.

On nous annonce un léger courant, ce qui est peu commun dans ce coin du monde, habitué aux courants tourbillons types vortex : pendant une plongée tranquille, vous pouvez d’un coup être comme aspiré par un courant contraire et vous retrouver propulsé en surface (si tout va à peu près bien) ou au contraire jusqu’à 70 mètres de fond (et là, ce n’est pas bon…).

Nous sommes situés dans le détroit de Kodé, face à l’île de Rinca (prononcez «Rincha» comme les locaux).

Courant de surface Vortex, Komodo, Indonésie

Pendant notre déambulation entre les îles de Komodo, à proximité de celle de Rinca,
on aperçoit un courant vortex qui se forme en surface, un effet « machine à laver »
bien connu – et redouté – des pêcheurs et des plongeurs de la région.

Dès 8:00 du matin nous sommes opérationnels.

Chacun a vérifié son équipement, l’un d’entre nous cherche son ordinateur de plongée (retrouvé dans le sac de sa voisine). Check du matos de prises de vue sous-marines, l’énorme caisson de 14 kg est armé, les quatre gros phares sous-marins prêts à éclairer tous les coraux et plus encore.

Nous passons de notre bateau de croisière (transformé pour quelques jours en bateau de plongée) au Zodiac qui nous emmène sur le site de plongée, et nous apercevons un petit varan de Komodo sur la plage à deux cent mètres de nous.

Normalement les varans ne passent pas à l’eau spontanément, nous ne devrions pas le croiser sous la surface. Mais sait-on jamais ?… Comme je le raconterai quelques jours plus tard un varan de Komodo sait parfaitement nager quand il en a besoin : un dragon de Komodo dans l’eau.

Pour l’instant il vaut mieux ne pas imaginer ce type de rencontre sous l’eau, et se concentrer sur la plongée à venir, et surtout sur le travail à accomplir.

Comme d’habitude pendant les tournages, nous laissons plonger René d’abord pour qu’il puisse acclimater son caisson sous-marin à la température de l’eau – en évitant ainsi toute buée sur l’objectif – et pour affiner son lestage et peaufiner ses réglages de caméra en fonction de la luminosité sous l’eau.

Puis, comme convenu au préalable, il descend se positionner quelques quinze ou vingt mètres plus bas pour filmer notre mise à l’eau et la descente dans le grand bleu.

Pour plonger en région tropicale, j’ai emporté deux combinaisons Néoprène : une 5 mm d’épaisseur, l’autre de 3mm. Il fait 32° sur le bateau, j’ai opté ce matin pour la combi 3 mm mais dès l’immersion, le froid me saisit instantanément.

Je pense à un léger choc thermique du au fait que nous avons un peu « mariné » dans notre combi sur le bateau, à tourner et virer en attendant d’être sur le site. Pourtant cette sensation de froid ne me quittera pas sur la durée de toute cette plongée. L’eau est-elle plus fraîche dans ce détroit de Kodé ?

La température de l’eau affiche 23° en surface, l’eau est très chargée en plancton et l’ambiance sous-marine est… vert Bretagne !

Nous espérons tous croiser un requin baleine dans cette eau riche en plancton, mais je rêve sans doute un peu trop (nos plongeurs le verront quelques jours plus tard, ailleurs).

Plongée sur le site Cannibal Rock, Komodo, Indonésie

Sous les eaux de Komodo, sur le site de Cannibal Rock : un jardin extraordinaire.

Sous la surface c’est le jardin d’Alice au Pays des Merveilles, un monde délirant de couleurs ! Tant que finalement, ce ne sont pas les poissons que nous voyons en premier.

En vrac et selon mon souvenir fixé sur mon carnet de notes après la plongée, et dans une joyeuse débauche de formes et de volumes :

  • des tubastrea micrantha (coraux verts branchus),
  • des tables de corail d’un mètre d’envergure,
  • un petit poisson de 10 cm, jaune citron, nageoires déployées et petite épine dressée au-dessus de sa nageoire dorsale (inconnu au bataillon !),
  • des crinoïdes vertes et jaunes, blanches, noires, blanches zébrées de noir (première fois que j’en vois des rayées !). Les crinoïdes sont fixées sur le tubastrea micrantha, sur les gorgones et sur tout ce qu’elles trouvent à coloniser.
  • des dizaines de nudibranches blancs ou jaune citron (citrine) portent un petit toupet sur la queue (photo ci-dessous),
  • un nudibranche kuribatha (vert émeraude zébré d’orange fluo, comme dans les eaux de l’île Maurice, même océan).
  • un petit poisson marron clair qui ressemble à un poisson-feuille par son comportement mais qui n’en est pas un,
  • des milliers de fusilliers et d’anthias oranges,
  • des poissons cochers,
  • de gros poissons perroquets bien nourris,
  • un gros diodon à taches noires et jaunes (plus gros que le caisson sous-marin),
  • un tout petit gobie rouge rayé.
  • ce que je prends d’abord pour de petites éponges blanches rayées de bleu vif et de jaune et qui sont en fait des tuniciers (seconde photo ci-dessous, en format vertical),
  • une immense gorgone pourpre-violet, plus haute que moi,
  • de gros gaterins cachés sous une roche, surpris par notre visite,
  • une énorme anémone fermée, jupe rouge brique avec points oranges dessinés verticalement du pied vers le centre (comme un oursin), bouche close sur un petit cœur palpitant de tentacules translucides aux pointes parmes.
  • des troncs d’alcyonnaires rose thyrien gros comme la cuisse de l’un de nos plongeurs (c’est dire !),
  • un immense buisson de gorgones beiges à cheveux longs…
  • de nombreuses gorgones fil, ou tortillons,
  • beaucoup d’éponges bleu lavande, translucides,
  • et une petite méduse aperçue pendant notre descente dans le bleu,
  • un poisson-ange empereur, solitaire comme souvent,
  • des centaines de poissons demoiselles de toutes espèces,
  • et même une étrange tulipe bleue ! (troisième photo ci-dessous, angle supérieur droit).

Chaque centimètre de roche ou de corail dur est couvert d’éponges, de crinoïdes, d’alcyonnaires, de coraux durs et mous. Un délire de flore et de faune de toutes les couleurs !

Nudibanches citrine, Komodo, Indonésie

Nudibranches citrine, dans les eaux du parc national de Komodo, Indonésie.

Je n’ai jamais plongé sur un site aussi riche en flore, c’est une sensation de jardin inépuisable…

Je profite pour une fois de ma plongée, n’ayant aucun travail particulier à faire si ce n’est rester proche des plongeurs pour leur porter secours en cas de besoin.

Et mon ami René a tenu sa promesse : sachant à quel point je serais surprise par cette foison il m’a prêté ce matin son petit appareil photo numérique logé dans un mini caisson qui tient presque dans une seule main. Je prends quelques images, mais avec un flash intégré, ce qui interdit les vues grand angle. Et le temps que je m’habitue aux réglages de cet appareil, tout en gardant un oeil sur les séquences filmées autour de moi…

Plongée sur le site Cannibal Rock, Komodo, Indonésie

Tunicier blanc, animal caractérisé par une enveloppe externe appelée tunique
formée d’un composé cellulosique,
dans les eaux du parc national de Komodo, Indonésie.

Ce n’est pas un appareil photo très élaboré, mais ces quelques photos prises rapidement me permettent tout de même de conserver un souvenir de cette plongée d’exception et d’illustrer cet article, ce qui n’est déjà pas si mal. Je suis ravie, et reconnaissante envers René.

En sortant de plongée l’Homme regrettera de ne pas avoir descendu son caisson pour prendre aussi quelques photos parce que le plan de tournage nous emmènera à terre cet après-midi et nous ne plongerons plus sur le site de Cannibal Rock. Pour ma part j’espère y revenir un jour…

Plongée sur le site Cannibal Rock, Komodo, Indonésie
Danseuse espagnole, sur le site Cannibal Rock, Komodo, Indonésie

Danseuse espagnole (Hexabranchus) blanche (habituellement rouge sang),
l’une des plus grandes espèces et des meilleures nageuses parmi les nudibranches,
dans les eaux du parc national de Komodo, Indonésie.

Quand les séquences sont en boîte nous nous faisons signe mutuellement : nous avons froid tous les 4, et nous remontons, en fin de bouteille pour les trois hommes. Il reste 70 bars d’autonomie sur la mienne et je resterais bien quelques minutes de plus sous l’eau, mais j’ai moins fourni d’efforts qu’eux et la sécurité exige que nous remontions ensemble, règle à laquelle je me plie bien évidemment.

Au cours d’un tournage nous ne perdons pas une minute : une séquence supplémentaire improvisée par René, dans les 7 mètres, nous sert de palier.

Le site est à moins d’une minute du bateau qui s’est rapproché de nos bulles de surface, le retour à bord est très rapide ; il faut alors rincer le caisson et tout le matériel sous-marin, sortir la caméra, recharger toutes les batteries, remplacer la cassette, vérifier la qualité et les plans des séquences filmées,…

Un rapide brief permet de décider quelle sera la prochaine plongée de l’après-midi : en fonction de l’inversion de la marée et des scènes que nous avons à tourner, nous devons déjeuner rapidement puis être prêts à plonger vers 13:15 pour être sûrs d’être dans l’eau vers 14:00 et profiter de la bonne orientation du soleil sur un site qui s’appelle Yellow Wall, un tombant sur lequel nous pourrons rester dans les 25 mètres.

Plongée sur le site Cannibal Rock, Komodo, Indonésie

Nudibranches citrines (en haut), crinoïdes noires et jaunes, et coraux mous rose thyrien,
dans les eaux du parc national de Komodo, Indonésie.

Dolphin (ça ne s’invente pas !), notre dive master, nous promet des couleurs encore différentes et peut-être un degré de plus en température de l’eau. Néanmoins on ne nous y reprendra pas : sur un échange de regards, nous sommes tous d’accord pour enfiler notre 5 mm ! Et pour réchauffer tout le monde, je file préparer un thé bien chaud pour toute l’équipe qui l’a bien mérité.

Pour conclure, et pour les amateurs, voici quelques informations récapitulatives sur notre plongée sur Cannibal Rock dans les eaux de Komodo :

Site : Cannibal Rock, l’un des plus beaux de la région.
Durée de la plongée : 60 mn en tout
Profondeur : nous nous sommes arrêtés à -24 mètres maxi
Consommation : bouteille à 180 bars, je remonte avec 70 bars.
Niveau de plongée nécessaire : à partir de 1* (CMAS)
Courant : faible ce jour, autour du rocher
Visibilité : moyenne, eau très chargée en plancton, atmosphère vert Bretagne
Température de l’eau : 23° en surface

(extrait de mon journal de plongée : 15 septembre 2006)

Edit d’avril 2026 : le jour où – enfin – je replace les photos d’origine sur cet article (des changements de fournisseurs successifs depuis 2007 avaient brisé les chemins d’accès aux images) je retrouve les originaux de mes photos sur mes disques durs externes et… navrée mais la qualité des images ne rend pas justice à la beauté du site. J’utilisais ce jour-là – 15 septembre 2006 – un appareil photo numérique gentiment prêté par mon ami René Heuzey : un Fujifilm Finepix F700 qui fournissait alors des images JPG d’à peine 1,5 Mo chacune. Ajoutez à cela une plongée qui n’était pas une plongée loisir mais bel et bien une plongée de travail = pas le temps de peaufiner cadrages et réglages avec cet appareil que je prenais en mains pour la première fois, et pas de zoom ni de macro, ni de grand angle dans cette eau verdâtre. Parce que je souhaite tout de même illustrer cet article, et par envie de conserver un souvenir en couleurs de cette plongée, je replace tout de même ici les photos que j’avais publiées lors de la mise en ligne de cet article en mars 2007, six mois plus tard (retouchées avec Lightroom en 2026 au niveau de la balance des blancs).

Envie d’en apprendre davantage sur mes voyages et ma vie en Indonésie ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en mars 2007 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne à ce jour. Les articles re-publiés ici sont tous rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». J’ai ajouté davantage de photos à ces articles en les re-publiant mais malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à ces articles, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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