Irlande du Nord, architecture de Belfast

Une ville que j’avais très envie de découvrir, une première visite frustrante, et la certitude absolue d’y revenir. Voici mon Belfast en accéléré.

(article publié en juin 2008, relu et actualisé en 2026)

Belfast, j’en avais très envie ! Quelle ne fut pas ma frustration lorsque, dès le premier jour de mon voyage en Irlande du Nord, il s’avéra rapidement que je n’en verrais pas grand-chose…

L’aéroport international de Belfast est situé à 19 km du centre-ville, une distance dérisoire en théorie. De plus, il est petit et on en sort très rapidement. En atterrissant à 17h00, heure locale, je pensais avoir le temps de faire un petit tour en centre-ville pour un premier aperçu. C’était sans compter sur l’indescriptible labyrinthe que constituent, pour un visiteur non averti, des rues dont le nom n’est tout simplement pas affiché.

J’ai eu beau scruter mon plan Google Maps imprimé avant de partir — merci au site web de l’hôtel Tara Lodge qui a eu la bonne idée de le mettre à disposition de ses clients —, j’ai eu beau transgresser les règles de savoir-vivre les plus élémentaires en me garant sur un emplacement réservé aux personnes handicapées pour interpeller le premier policier qui passait là (tellement souriants ces jeunes gens serviables !), et j’ai beau être partie deux fois vers le Nord alors que je visais le Sud, j’ai bien regretté que cette voiture de location ne soit pas équipée d’une boussole : il m’a fallu 80 minutes pour rejoindre mon hôtel, situé dans une rue paisible d’un quartier animé.

Irlande du Nord, événement promotionnel Red Bull à Belfast

Le rythme de vie à Belfast : une ville qui s’endort… puis se réveille

En arrivant à l’hôtel vers 19h00, j’avais eu le temps de tourner en rond dans le centre-ville et de prendre le pouls de la ville. J’avais aussi compris que tous les commerces ferment leurs portes peu avant 18h00 et que Belfast ne s’éveille ensuite qu’après 20h00, lorsque ses habitants investissent les pubs et les restaurants.

Le temps de m’installer dans ma chambre, de chercher la connexion Internet (dans l’autre bâtiment…), je suis ressortie en courant pour tenter d’en profiter un peu : trop tôt, ou trop tard.

Un dîner et une heure plus tard, je réalisais qu’en voyageant seule — et femme de surcroît — il faut prendre le temps de s’asseoir tranquillement et d’aller spontanément vers les autres. Sinon, le contact est plus difficile : les Irlandais se déplacent et s’amusent en couple ou en groupe.

Ce premier jour fut donc un fiasco. J’avais vu la ville, mais je n’en rapportais qu’une impression générale, et aucune photo.

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Le choix difficile : Belfast ou les paysages du Nord ?

Le soleil envahissant ma chambre dès 7h00 le lendemain matin, j’ai opté pour la fuite vers le Nord, en me promettant de revenir si possible. J’avais besoin de lumière pour photographier les paysages, et une longue journée de route m’attendait si je voulais boucler ce tour d’Irlande dans les délais impartis. L’office de tourisme m’avait laissé toute liberté dans l’organisation de mon périple : c’était à moi de gérer au mieux cette liberté pour en voir le maximum, en profitant du beau temps.

Ce n’est qu’au terme de mon voyage que j’ai décidé qu’il me fallait, coûte que coûte, libérer un peu de temps pour explorer cette ville dont tous les indicateurs sont au vert. Après des décennies de conflit — ces « troubles » comme on les appelle ici —, catholiques et protestants ont accepté de se tolérer mutuellement, les partis politiques se sont apaisés, et le Royaume-Uni et la République d’Irlande œuvrent ensemble pour redonner à Belfast la sérénité qu’elle mérite. Quoique « sérénité » ne soit sans doute pas le terme le plus juste pour décrire l’ambiance de cette ville en plein éveil.

Irlande du Nord, peintures murales de Belfast

Deux heures pour voir Belfast : le pari du bus touristique

J’ai donc réussi à libérer deux heures sur le dernier jour de mon voyage pour retrouver le cœur de la ville, deux heures qui incluaient le temps de circulation et la fermeture imminente des commerces. Il fallait faire vite et aller à l’essentiel.

Dans cette optique, j’ai garé ma voiture dans un parking du centre-ville et me suis retrouvée au cœur d’un centre commercial animé. Si je me suis retenue d’entrer dans quelques boutiques alléchantes — l’Irlande est l’endroit idéal pour trouver des vêtements de pluie qui ne soient pas tristes ! —, j’ai tout de même craqué sur un cornet de glace, surtout pour faire comme les Irlandais, pour me mettre à l’unisson de cette bonne humeur venue des premiers rayons de soleil de la semaine.

Armée de ma vanille crémeuse, j’ai écouté quelques minutes un groupe de musiciens de rue à l’angle des deux avenues les plus fréquentées de la ville, tout en observant les filles à la peau blanche et aux cheveux noir corbeau — les plus jeunes appréciant volontiers les piercings — ou les hommes à la peau rose et au blond vénitien.

Des prunelles couleur menthe à l’eau ou jacinthe sauvage, des regards curieux mais timides. Je n’ai pas osé insister avec l’appareil photo…

Puis j’ai croisé le sourire engageant d’un vendeur de tickets pour un tour de Belfast en bus à impériale, vous savez, ces bus rouges et sans toit. En quelques secondes, ma décision était prise : autant jouer les touristes à fond et voir le maximum en un minimum de temps. Je savais que ce ne serait qu’un survol, mais j’aurais au moins vu l’essentiel avant d’y revenir un jour plus longuement.

Mon sac à dos ou mon accent « frenchy » ont dû attendrir le vendeur : il m’a accordé le tarif étudiant, soit 10 £ pour un circuit d’au moins cinquante minutes, selon la circulation. Ce n’est pas donné, en Irlande tout est un peu cher.

Irlande du Nord, architecture de Belfast

Le quartier du Titanic : là où le mythe est né

Ayant déjà fait ce type de visite à New York lors de ma première découverte de la « Big Apple », je monte immédiatement à l’étage supérieur, où patientent déjà deux familles avec enfants. Je m’installe confortablement et commence à regretter d’avoir laissé mon blouson molletonné dans la voiture : il fait tout juste 10°C en centre-ville — c’est affiché sur un panneau lumineux juste en face de moi — et le vent s’engouffre dans les avenues aux façades victoriennes du XIXème siècle, tandis que le soleil joue à cache-cache avec des nuages de plomb. Pour 10 £, j’allais peut-être attraper un rhume carabiné…

La guide s’installe simplement parmi nous, ce qui nous permet de profiter de ses commentaires et de ses plaisanteries sans rien perdre de la clarté du son. Contre toute attente, j’entends parfaitement chaque observation qu’elle formule sur les bâtiments que nous longeons et les rues que nous traversons. Et nous filons immédiatement vers le quartier du Titanic.

Il faut venir à Belfast pour se souvenir — ou apprendre — que le célèbre paquebot fut construit dans les chantiers navals de la ville, pendant trois longues années. Un navire qui offrit, sans le vouloir, une notoriété mondiale à un quartier défavorisé, qui a su depuis en tirer parti intelligemment.

Je passe volontiers sur les données chiffrées du chantier naval — je ne suis pas femme de chiffres, vous l’aviez sans doute compris —, mais je reste pensive devant les dimensions qui s’offrent à nos yeux sceptiques puis ébahis. Si j’ai eu la chance de voir le France à plusieurs reprises — privilège d’enfant passant une partie de ses vacances au Havre, puis hasard d’adulte en vadrouille dans le port de croisière de Miami —, la cale qui hébergea le Titanic et les dimensions des bornes d’ancrage me laissent véritablement sans voix.

Pour mémoire : ce paquebot d’un luxe absolu quitta le port de Southampton pour son voyage inaugural le 10 avril 1912, pour ne jamais arriver à New York. Il croisa sur sa route un iceberg descendu du large de Terre-Neuve, qui ne laissa que 710 survivants pour plus de 1 500 disparus.

Pour alléger l’atmosphère, notre guide irlandaise raconta l’anecdote d’une dame qui lui avait confié quelques jours auparavant : « You built her, we sank her« , soit « Vous l’avez construite, nous l’avons coulée » — en allusion au fait qu’un officier écossais était aux commandes et qu’un iceberg canadien l’avait heurtée… Je note au passage qu’en anglais, on utilise le pronom féminin pour désigner les bateaux. Hommage aux dames.

Le quartier a depuis été entièrement réaménagé : un musée dédié au Titanic et un cinéma IMAX y ont trouvé leur place.

Irlande du Nord, quartier du Titanic à Belfast

Belfast Ouest et les fresques murales : l’histoire à ciel ouvert

Le tour de la ville se poursuit par la traversée de différents quartiers et la découverte de bâtiments historiques : l’hôtel de ville, la tour du Prince Albert, l’université, l’opéra, quelques pubs célèbres, des églises et cathédrales… Mais le point fort de la visite — même si chacun à bord aurait sans doute la pudeur de le nier —, c’est l’accès au quartier Ouest.

Lorsque les rues aux maisons victoriennes de brique rouge et aux bow-windows fleuris cèdent la place à des façades plus austères teintées de blanc et de gris, la guide évoque brièvement les conditions de vie des habitants de Belfast soumis aux « troubles » qui ont agité la ville pendant près de trente ans. Explosions, snipers embusqués, insécurité permanente rendaient les déplacements périlleux.

C’est ainsi que naquirent les célèbres black taxis, ces chauffeurs audacieux qui acceptèrent un jour de prendre plusieurs clients à bord simultanément, pour permettre à davantage de personnes de rentrer chez elles le soir. Ces taxis courent toujours la ville, dans une ambiance désormais nettement plus détendue.

Et détendus, les habitants de Belfast Ouest le sont : chaque fois que notre bus passe devant un pub, nous avons droit à des acclamations enthousiastes et des salutations amicales qui font rire notre guide. Je finis par me demander si le gouvernement n’a pas instauré une réduction d’impôts pour tout citoyen désireux de faire preuve d’un accueil chaleureux envers les visiteurs du quartier ! Ce serait pousser la bonne volonté dans ses derniers retranchements, mais cela allège singulièrement l’atmosphère qui imprègne certaines façades éraflées.

Dans un recoin, on nous désigne quelques pans d’un mur tagué de graffitis, vestige de la séparation des quartiers, vague réminiscence d’un autre mur — plus haut — dans une ville germanique.

Puis nous passons devant le commissariat le plus petit, mais sans doute le plus célèbre d’Irlande du Nord, protégé par une épaisse ceinture de barbelés.

Ce que je retiendrai surtout du quartier Ouest, au-delà des acclamations bon enfant des amateurs de bière et de football en tee-shirt aux couleurs de leur club, ce sont ces fresques murales peintes par des artistes de rue, qui illustrent à leur façon les événements politiques passés et présents. Un langage visuel d’une puissance rare.

Belfast, une ville à consommer à deux ou en groupe

Lorsque le bus nous dépose à notre point de départ, toutes les boutiques sont déjà fermées et je cours littéralement jusqu’au parking, avec la crainte qu’il soit bouclé lui aussi. Il ferme à 19h00 — ma voiture est là, seule avec trois autres véhicules sur un étage qui était complet une heure plus tôt. Dès 18h00, le centre-ville se vide. Je m’en souviendrai, parce que je reviendrai.

Je reviendrai à Belfast, mais accompagnée. Parce que la kyrielle de pubs et de restaurants que j’ai aperçus appelle à la chaleur humaine et à la convivialité.

Je suis même convaincue que la ville mérite d’être visitée et savourée le temps d’une escapade de deux ou trois jours : assez pour faire du shopping, goûter à l’Irish stew et aux bières irlandaises, et explorer quelques-unes de ces adresses branchées qui semblent faire le bonheur des jeunes Européens, qui trouvent ici un pendant nordique à l’agitation de Barcelone la turbulente.

 

Et vous ? Avez-vous déjà visité Belfast ? Avez-vous, comme moi, été séduit.e par l’atmosphère de cette ville que l’on découvre trop vite et que l’on a aussitôt envie de retrouver ? Laissez un petit commentaire ci-dessous pour nous livrer vos impressions ! 😉

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage en Irlande du Nord ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en juin 2008 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne à ce jour. Les articles re-publiés ici sont tous rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». J’ai ajouté davantage de photos à ces articles en les re-publiant mais malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à ces articles, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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