bouletop.jpgDepuis que je suis rentrée des Antilles, je ne cesse de surprendre mes interlocuteurs : non, l’île de la Dominique n’est pas la République Dominicaine ! Résumons : l’archipel des Antilles (West Indies) forme un arc de cercle de 3500 km du Golfe du Mexique au large du Venezuela, qui enferme la Mer des Antilles (ou Mer des Caraïbes). Trente-cinq millions d’habitants vivent dans ces îles.

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Les Grandes Antilles comprennent les quatre îles situées au Nord de cet arc : Cuba, la Jamaïque, Haïti + la République Dominicaine, et Porto Rico. Les Petites Antilles sont constituées des îles qui s’étendent depuis les Iles Vierges (à l’Est de Porto Rico) jusqu’à Grenade au Sud. Au milieu des Petites Antilles, l’île de la Dominique s’intercale entre la Guadeloupe et la Martinique.

Comme d’habitude en tournage nous n’avons pas le temps de prendre le temps… et nous découvrons une destination au pas de course, allant droit au but. Nous passerons à peine 3 jours et 3 nuits sur l’île de la Dominique, tout juste assez pour estimer son potentiel (même avec un temps gris) et nous enthousiasmer du manque de tourisme évident sur cette île récemment indépendante du Commonwealth (1978).

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Le film prévoit une séquence sous-marine impliquant un fort courant, et notre dive master implanté à Scott’s Head (la pointe Sud-Ouest de l’île) sait où nous mener (photo ci-dessus). Pour réduire la prise de risque, je ne plongerai pas le premier matin. Dès la mise à l’eau nous voyons nos trois plongeurs dériver et il ne faudra que 28 minutes pour voir réapparaître Jeremy Simonnot, l’assistant de René Heuzey, notre cameraman sous-marin. Il est presque essoufflé et pour la première fois lâche en sortant un « p… de courant !« .

Lorsque l’Homme et René émergent trois minutes plus tard, agrippés au bout de la bouteille de sécurité pendant à la dérive sous le bateau, ils sont presque hagards et ont du mal à nous tendre la caméra. En sortant de l’eau René me dira : « heureusement que tu n’étais pas avec nous là-dessous, je me serais fait du souci pour toi ! ». C’est bon de savoir qu’on a des amis !

Je vous parlerai plus tard des deux plongées que j’ai pu faire. Les plus belles que j’aie jamais effectuées dans toutes les Antilles, et ce que j’ai vu est prometteur de ce que peut offrir la Dominique. Le lendemain midi, nous repartons vers un autre point de l’île, pour rencontrer les derniers Indiens Carib, habitants des premiers jours, arrivés sans doute depuis le Venezuela. Nous dormirons à même le sol une nuit, pour partager avec eux ce qui reste de leurs traditions et les écouter nous parler de leurs légendes et de leur médecine naturelle.

Puis, d’un contraste à l’autre, Nicolas Méliand, notre producteur et régisseur sur cet épisode, nous entraîne vers une halte obligatoire avant de prendre le vol du lendemain (voir ma note sur notre escale à Puerto Rico). Nous sommes déjà à une semaine du tournage et les corps accusent une première fatigue, une première tension. Nous voici donc catapultés sur la côte Est, près de Marigot, dans une oasis improbable au milieu d’une végétation luxuriante : bienvenue à l’hôtel Silks, dans un jardin tropical au bord de la rivière Pagua. Et quand un endroit me plait, vous le savez, je vous en parle !

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Un peu hébétés, nous passons le porche d’une ancienne plantation du XVIIème siècle qui a des allures de vieux château fort. Les fleurs de gingembre écarlates forment un contraste réussi avec la pierre grise plusieurs fois centenaire. Un patio fleuri précède le salon ouvert installé dans l’ancienne distillerie : des meubles créoles de bois exotique, des coussins moelleux, des mousselines tendues, des couleurs chaudes, des cartes anciennes façon flibustiers, et… la buée glacée sur un verre de jus de pamplemousses roses, le fruit facile, la pomme de la Dominique.

Les yeux écarquillés, nous débarquons comme des zombis avec nos 450 kg de bagages, un peu sales, un peu hâves. Presque gênés de notre manque de tenue dans un lieu aussi cosy, et embarrassés par l’état de nos baskets boueuses. Notre hôtesse s’affaire autour de nous, et nous met à l’aise rapidement. Très vite, nous découvrons ce petit hôtel de cinq chambres climatisées, récemment rénovées, parfaitement décorées, qui nous transporte dans une autre atmosphère, celle des îles parfumées, sucrées, accueillantes et voluptueuses. Même si, ici, on capte le wifi !

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L’équipe est logée dans des chambres à lit immense en rez-de-jardin. Nous, nous avons droit au pigeonnier de luxe. Pardon, à la Tour Joséphine. Tel est le nom de cette mini suite très romantique qui comporte un rez-de-chaussée avec large entrée, des toilettes, une grande salle de bains, et une chambre à l’étage, dans une tour ronde. Un chemin de bougies éclaire chaque marche de l’escalier rond qui mène au cocon douillet. Un parquet de bois sombre qui luit doucement dans la pénombre, des fenêtres à moustiquaires et des volets à claire-voie, une armoire cossue et un lit à baldaquin dans lequel, dit-on, Joséphine de Beauharnais aurait dormi, avec voilages de mousseline filtrant doucement la lumière du soir. Je réquisitionne d’autorité la salle de bains, privilège de fille ! Et je découvre la grande baignoire pleine d’eau, des fleurs de frangipaniers flottant en surface. Des céramiques peintes à la main, un savon local aux baies rouges, des peignoirs épais disposés sur une échelle de bambou, un vaste miroir, d’immenses feuilles de bananier et une fenêtre donnant sur le jardin. Quelques minutes de bien-être après l’inconfort des derniers jours…

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Le dîner nous réuni sur la terrasse, derrière des draperies aériennes. Bougies, fleurs exotiques, nappe blanche et service soigné mais naturel : le personnel est en formation. Le sourire est spontané, le rire jaillit à tout propos, mais le geste est sûr. Après trois jours d’alimentation sommaire (ou tout au moins simplissime, quoique…), les Français que nous sommes retrouvent de l’entrain devant la carte, courte mais élaborée. Les cuisiniers viennent d’arriver de Nouvelle-Zélande, un couple fraîchement recruté. On nous sert un ceviche composé de daurade fraîche arrosée de citron, de piment savamment dosé, de lait de coco et d’herbes fines, que je fais suivre d’un curry de poulet thaï, subtilement parfumé et agrémenté de légumes locaux cuits vapeur : igname, manioc, courge. Pour le dessert je me laisse tenter par un fondant au chocolat, qui ne tiendra pourtant pas ses promesses, un peu trop cuit. Mais je dois préciser que l’hôtel n’avait été prévenu de notre arrivée qu’en fin de matinée et qu’ils ont fait au mieux pour nous satisfaire dans l’urgence, avec les produits frais disponibles. J’aurais du accepter la salade de fruits servie dans une énorme papaye (engloutie le lendemain au petit déjeuner !), c’eut été un choix plus perspicace. Néanmoins j’ai terminé ce dîner sur une infusion de citronnelle du jardin, parfaitement désaltérante.

Inutile de dire que notre sommeil fut de plomb, les oiseaux nous ont réveillé au petit matin. Dans cette chambre, pas de moustiques, pas de lézards, et pas de souris (Nicolas s’était battu la veille contre l’une d’entre elles alors que nous dormions tous au sol chez les Indiens). Et le petit déjeuner raffiné était à l’image du dîner de la veille, au bord de la piscine.

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Cette escale fut évidemment trop courte, mais bienvenue. Comme toutes celles que nous réussissons à voler entre deux galères, entre deux conditions de vie un peu plus rudes. Le petit bol d’air qui nous revitalise, qui nous permet de retrouver la bonne humeur et l’entrain nécessaires au bon accomplissement d’un tournage, parfois difficile. Mais il faut le vivre pour comprendre à quel point ces heures volées peuvent être parfois précieuses.

Maïté et Lionel Bernier sont les dirigeants de cet établissement 4* encore peu connu puisqu’ils viennent de s’y installer et de le rénover. Attentifs à leurs hôtes, allant jusqu’à nous accompagner en voiture à l’aéroport (Lionel nous aidera à solutionner notre problème d’excédent de bagages), ils sont à l’écoute de toutes les suggestions, et du plaisir de leurs résidents. Au Silks, j’ai eu la sensation de découvrir l’une des futures perles de l’hôtellerie des Caraïbes, l’un de ces endroits secrets, où l’on vous accueille à petite échelle et en toute intimité. Ici, pendant le tournage des Pirates des Caraïbes, on a accueilli la séduisante Keira Knightley, l’actrice donnant la réplique à Johnny Depp. Et demain c’est peut-être vous qui y emmènerez votre élue pour un séjour de volupté dans l’un des secrets les mieux gardés de l’île.

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Les Bernier ont d’autres projets en cours de réalisation tout autour de l’île, dont je vous reparlerai dans les mois à venir. Lionel a évoqué des suites supplémentaires, des bungalows indépendants, la plage privée, le kayak, les randonnées, la plongée (il y a matière…). Maïté parle décoration, expansion, raffinement mais aussi discrétion, efficacité et élégance. Elle est née en Martinique, toute proche, lui est originaire de Bordeaux. Ils vivent dans les Caraïbes depuis 13 ans, y sont heureux, épanouis, et n’ont qu’une envie : qu’on aime leur île autant qu’ils l’aiment, tout en la préservant du pire.

L’île de la Dominique est une jouvencelle pleine de promesses, elle se laisse effeuiller avec grâce et distinction et ne découvre sa luxuriance qu’aux curieux qui aiment passer derrière le miroir. Cendrillon en mal de bonne fée, elle a tout le potentiel sans avoir les finances nécessaires à son développement. Foin de tourisme de masse ici, les routes sont parfois mal entretenues, les maisons anciennes côtoient les constructions à l’abandon et vous trouverez quelques rastas avenants, d’alertes Créoles, une poignée de bikers et une population accueillante, mais discrète. Ici, chacun vous salue dans la rue et si vous souriez, on vous répondra avec courtoisie, le rire n’étant jamais très loin.

La Dominique est pleine de secrets, elle est mon vrai coup de cœur du mois et cet hôtel fait partie de ses charmes. Pas de doute, nous y retournerons très vite !

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