boulerecit.jpgLorsqu’enfant vous faisiez tournez ce globe lumineux posé sur votre table de nuit et que les étoiles des milliers d’îles qui constellent la planète Terre traçaient sous vos yeux des queues de comètes pendant que vous faisiez le voeu secret que la grosse boule finirait sa course en laissant votre index pointé sur un endroit magique, de ceux dont on admirait déjà les rares vues ensoleillées façon vahinés, imaginiez-vous, qu’un jour, vous iriez ?…

Moi, oui !

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Je savais qu’un jour, viendrait mon tour de fouler ces étendues de sable, de plonger dans ces eaux cristallines, et d’aller voir de plus près tous ces panoramas grandioses qui composent les innombrables merveilles mises en valeur sur la carte géante suspendue aujourd’hui au-dessus de mon bureau…

Quand j’ai commencé à pratiquer la plongée sous-marine, j’ai fait comme d’habitude : je me suis documentée. J’ai acheté un beau matin tous les magazines relatifs à la plongée et au monde sous-marin, je me suis abonnée à Plongeurs International et à Asian Diver, puis j’ai choisi mes premières destinations liées à ce loisir particulier. Et le premier objectif à atteindre fut… les Maldives.

medium_Maldives-iles.2.jpgMais parce qu’on ne va pas aux Maldives comme on prend le métro, il m’a fallu attendre sans le savoir un cadeau inattendu de mon père. Cinq semaines avant le fameux réveillon de l’an 2 000, je m’épanouissais dans un job valorisant, riche de contacts à travers le monde, et de voyages. Disponibilité totale, dévouement à un big boss charismatique, et immersion totale dans le franglais d’une multinationale du secteur informatique. Puis le téléphone sonne un matin, et entre deux coups de fil vers le Japon, j’entends une voix bien connue de mon univers familial qui me dit « qu’est-ce que tu fais pour le réveillon ? » Peu accro aux célébrations, surtout quand elles vous sont quasiment imposées par le rouleau compresseur des médias, j’avais pris grand soin de ne surtout rien prévoir. Mon père insiste, je résiste. Puis il assène l’argument de poids : « nous partons aux Maldives, et on peut y plonger non ? Donc tu viens avec nous et on passe le réveillon ensemble ! »

Argh… Avouez qu’il n’y avait pas matière à faire la fine bouche plus longtemps ! D’autant que mon big boss ayant surpris ma conversation s’emballait de son côté et s’arrangeait déjà pour me faire obtenir ma prime de fin d’année avec quelques jours d’avance. Vous ai-je déjà dit que c’était un super big boss ?

medium_Male-_-airport-hydravion.2.jpgCinq semaines plus tard nous survolions de nuit les puits de pétrole saoudiens en sablant le champagne au son de Mon Beau Sapin sur la radio de bord de l’Airbus. A l’arrivée à Malé (photo), île-capitale, c’est Jingle Bell qui nous accueille sous 29°, un ciel éclatant de bonheur et un lagon poissonneux à quelques mètres à peine de l’aéroport. Mon père s’exclame « Regarde, des poissons verts et jaune !!! » C’est la première fois qu’il voit des poissons-perroquets dans moins d’un mètre d’eau (et moi aussi). Nous récupérons nos bagages, il se fait confisquer au passage la bouteille de whisky apportée dans la valise (il la récupèrera en partant), et je constate que ma gorge picote pendant que je me penche sur mon sac de plongée tout neuf, qui contient mes palmes toutes neuves. J’ai passé mon niveau I en Martinique un an plus tôt, et j’ai investi en l’honneur des Maldives.

Un trajet de 90 minutes en bateau vers l’île de Kuredu (que nous ferons en hydravion pour le retour), et nous découvrons l’île-hôtel abritant un complexe de bungalows géré par un groupe Suisse, cocktail de jus de fruits en mains. Le bonheur !

En raison du stress total qui a précédé mon départ, avec un surcroît de travail épouvantable, j’ai décidé de m’octroyer deux jours de repos complet avant de faire ma première immersion. Je veux récupérer un peu, et prendre du bon temps. Et puis c’est aussi la première fois que je prends des vacances avec mon père (et sa femme) et c’est important pour moi. Tous les trois, nous fêtons la plage en abusant des chaises longues et nous profitons des restaurants divers mis à la disposition des résidents (très bon restau thaï). On fait le tour de l’île en moins de trois heures de promenade à pied, en prenant notre temps. Le soir, nous sacrifions à la célébration du coucher de soleil sur une plage faite pour les photographes (ci-dessous) et au son d’une musique de Vangelis, dont nous aurions tout de même pu nous passer.

medium_Maldives-sunset.2.jpgLe deuxième jour, nous louons un petit catamaran pour nous rendre sur un îlot à quelques encablures, principe éculé de la robinsonade. Le Maldivien est si fluet, il a l’air si jeune, que mon père est persuadé qu’il s’agit d’un adolescent. En parlant un peu avec lui, je confirme qu’il est bien un représentant adulte de cette nation musulmane : il travaille pour l’hôtel neuf mois par an, puis il repart dans son île (interdite aux touristes) pour y retrouver femme et enfants, pratiquer la pêche, et il revient… Tous les Maldiviens ont une petite morphologie. Il m’apprend aussi que les Maldiviens, du fait de leur religion, ne travaillent jamais au bar ni au service des boissons dans les restaurants. Ce sont des Sri Lankais qui s’en chargent. Quant aux femmes, aucune Maldivienne n’est tolérée dans les hôtels, elles restent dans les îles interdites aux touristes. D’ailleurs, ce sont de petites escouades de Maldiviens qui font le ménage dans les bungalows.

Pour cette promenade en mer, j’ai emporté mes palmes. Mon père a loué, à prix d’or, un masque, un tuba et des palmes pour la journée. Nous sommes à quelques centaines de mètres de l’îlot convoité quand tout à coup notre skipper me fait signe en montrant les flots : « manta ray, manta ray !« . Au même moment j’aperçois le dos noir de la plus belle des créatures sous l’eau. J’attrape mes palmes et je dis à mon père « vite, à l’eau, elle ne fait que passer !« . Il n’a pas encore compris de quoi il s’agit mais il m’imite et en deux secondes nous sommes à l’eau pendant que sa femme me presse « qu’est-ce qui se passe ?« . Je prends à peine le temps de souffler « une raie manta ! » et je m’immerge.

medium_Manta.2.jpgLe silence nous enveloppe et nous avons le temps de voir la manta s’éloigner. J’ai un petit Sea & Sea en mains, appareil photo de location, et je fais ma toute première photo sous-marine (ci-dessus). Pardonnez-moi cette auto-satisfaction, mais je la trouve plutôt réussie par rapport à toutes celles qui suivront (et que je ne vous montrerai pas !). Je me retourne vers mon père qui a les yeux élargis comme des soucoupes et je devine son ébahissement. Mais par-dessus son épaule je vois un autre ventre blanc et les yeux à mon tour exorbités je hulule dans mon tuba en pointant le doigt derrière lui ! Il se retourne et se retrouve face à la bouche d’une seconde manta qui glisse à côté de nous dans une danse silencieuse, avant de dévoiler la silhouette d’une troisième comparse. En moins d’une minute, ces trois demoiselles vont et viennent à quelques mètres puis sondent vers le fond. Nous attendons encore quelques minutes, dans l’attente de leur retour, puis nous remontons sur le catamaran qui nous attend patiemment. Sa femme demande « alors, qu’est-ce que vous avez vu ? » et mon père lui répond « il aura fallu que j’attende 60 ans pour voir un truc pareil !!!« . Il est ébloui, enthousiaste, les yeux pleins d’étoiles. Nos toutes premières raies manta. Et je suis très contente d’avoir partagé ça avec lui.

Depuis deux jours, je tousse de plus en plus. Je suis allée à l’infirmerie de l’hôtel et on m’a donné du sirop. Hum… Ce sera la toute dernière fois que je partirai en séjour plongée sans trousse à pharmacie minimum.

medium_Maldiviens.3.jpgLe lendemain, nous faisons une sortie de groupe en mer : on nous emmène en troupeau dans une île avoisinante, autorisée aux touristes, et on nous montre l’extraction du coprah. L’île est bien propre, les enfants sont souriants et craquants, les femmes sont timides et se cachent un peu. Les hommes coupent des noix de coco pour les vendre aux touristes assoiffés (ci-dessus). Jolie carte postale proprette, qui manque furieusement de naturel.

medium_Dhooni-4.2.jpgmedium_Dhooni-4.2.jpgPour le déjeuner on nous exporte sur un autre îlot, Vavaaru. Les embarcations locales, les dhonis, sont en bois peint de couleurs vives et le skipper tient la barre… avec son pied (ci-contre).

Nouvelle robinsonnade : grillades sur barbecue, fruits tropicaux, sympathie de bon aloi. Mais nous cherchons un petit coin tranquille, et faisons le tour de l’atoll pour tomber enfin sur LA plage de carte postale, celle que je ne verrais plus nulle part ailleurs (mais je suis certaine qu’il en existe d’autres),un tout petit banc de sable face au lagon, grignoté par des cocotiers touffus et sur fond de ciel orageux… Je vous l’offre :

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Sur le retour, on nous largue au-dessus d’un récif de corail pour une séance collective de palmes, masque et tuba. Mon père m’accompagne et nous nous éloignons un peu du groupe, ni l’un ni l’autre n’apprécions les moutonneries. Prenant de l’assurance mon père fait quelques apnées pour apercevoir une murène dans son trou, il admire tous les poissons tropicaux et il est tout joyeux. Au bout d’une demie-heure nous nous apercevons que le groupe se dirige de nouveau vers le dhoni, mais nous avons légèrement dérivé tous les deux et il nous faudra vingt bonnes minutes pour rejoindre le bateau, bons derniers ! Mais quel plaisir !…

Mais je vais le payer cher : je suis malade toute la nuit et incapable de me lever le lendemain. La femme de mon père tape à ma porte plusieurs fois pour prendre de mes nouvelles : une bonne insolation me cloue au lit. Ma bronchite est déclarée et je tousse de plus en plus, ce qui n’arrange rien. Fièvre, nausées, tout y passe. J’aurais du mieux me protéger hier en mer. Dans l’après-midi je trouve l’énergie de prendre une bonne douche dans la salle de bains en plein air, accolée à mon bungalow.

Le lendemain soir nous fêtons le passage au nouveau millénaire avec un coucher de soleil d’une rare sérénité, le dernier du XXème siècle (ci-dessous). Menu de fête, saumon fumé à volonté, champagne de qualité, etc… Après avoir festoyé, nous passons un moment en discothèque pour fêter l’événement mais nous nous retrouvons très vite tous les trois, dans le lagon face à nos bungalows pour un bain de minuit improvisé !

medium_Maldives-sunset2.3.jpgSous les étoiles, avec au loin les vivas assourdis d’un groupe d’Italiens en pleine débauche de bière, nous aspirons à un nouveau siècle plus positif pour la paix dans le monde. Comment espérer autre chose alors que nous goûtons à une telle quiétude ?…

Les Maldives… une vilaine plongée, mais un beau voyage…

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