Sous Istanbul, un monde englouti : visite de la Citerne Basilique
by Marie-Ange Ostré
4 juin 2026
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À deux pas de la mosquée Sainte-Sophie, descendre quelques marches suffit pour quitter l’agitation d’Istanbul et pénétrer dans un monde souterrain d’une beauté saisissante…
Un lieu méconnu du grand public
Il y a des monuments que l’on photographie de loin, que l’on reconnaît avant même d’y entrer. Et puis il y a des lieux comme celui-ci – discrets, presque secrets – qui se méritent.
La Citerne Basilique ne s’annonce pas. Depuis la rue, rien ne trahit sa présence : un petit bâtiment banal, une porte modeste, une volée de marches pour descendre. C’est tout. Et c’est précisément ce qui rend la découverte aussi surprenante.
En ce matin d’avril, je sortais de la visite de la grande mosquée de Sultanahmet (surnommée la Mosquée bleue), j’avais l’esprit plein de coupoles dorées et d’azulejos, avec le sentiment d’une foule compacte. Il me restait un peu de temps avant de songer au déjeuner.
Dans le passé quelqu’un m’avait vaguement mentionné « une citerne, par là, dans le quartier ». J’avais noté, sans vraiment y prêter attention.
Pourtant je me suis souvenue. Sous le soleil j’ai cherché sur Google Maps pendant quelques minutes. Et puis j’ai trouvé l’adresse.
J’ignorais ce qui m’attendait.
En trente ans de voyages sur tous les continents, je n’ai jamais rien vu de semblable…
La descente : quand Istanbul disparaît sous terre
Une petite file d’attente, vite résorbée au bord d’un trottoir, le temps d’acheter un ticket d’entrée.
Quelques marches à descendre, et le monde bascule.
En quelques secondes, le bruit de la ville s’estompe jusqu’à disparaître. La chaleur d’avril aussi. L’air devient frais, presque humide, légèrement chargé de minéralité. Les yeux mettent un moment à s’ajuster à la pénombre.
Et puis, la découverte.
L’endroit est nommé Yerebatan Sarnıcı en turc, littéralement traduit par « citerne qui s’enfonce dans la terre« . Parfois surnommé « le Palais Englouti« , augmentant la touche mystique.
Devant moi s’étend une forêt de colonnes qui semble infinie, baignée d’une lumière tamisée aux reflets ambrés et bleutés. L’eau, toujours présente au sol, duplique chaque colonne par un effet miroir. Le silence n’est rompu que par le bruit sourd de l’eau qui goutte, quelque part, dans l’obscurité. Et le murmure des conversations, parce que – instinctivement – vous chuchotez…
En trente ans de voyages sur tous les continents, je n’ai jamais rien vu de semblable. Ce n’est pas une crypte, ni une cave, ce n’est pas un musée souterrain. Rien qui ressemble, de près ou de loin, à ce que j’ai sous les yeux.
Même si au moment de rédiger cet article soudain me revient en mémoire cette impression ressentie lors de la visite de l’Hypogée Hal Saflieni, sur l’île de Malte.
Je sors mon appareil photo, sans même y penser.
Vous êtes sur un blog de voyages, avec priorité à la photo : cliquez sur une photo pour l’afficher en grand format sur votre écran, puis passez de l’une à l’autre. C’est aussi la raison pour laquelle ce blog est conçu pour un affichage de préférence sur ordinateur ou sur tablette.
Toutes les photos affichées sur cet article ont été prises avec un iPhone 15 Pro Max, à main levée, sans trépied ni pause longue, en basse lumière.
La Citerne Basilique : quinze siècles sous Istanbul
Une prouesse de l’Empire byzantin
Ce que l’on foule ici (partiellement) sur un parcours de tôle perforée, c’est l’une des plus grandes citernes souterraines jamais construites dans l’Antiquité.
Elle date du VIème siècle – plus précisément de 532 après J.-C. – et fut édifiée sous l’ordre de l’empereur byzantin Justinien Ier, après que la révolte de Nika eut ravagé une partie de Constantinople (ancien nom d’Istanbul). Même si l’on connait l’existence d’une plus petite structure, au même endroit, édifiée sous l’empereur Constantin Ier au IVème siècle.
Son rôle était vital : stocker l’eau acheminée par un aqueduc de 19 km depuis la forêt de Belgrade, à une vingtaine de kilomètres de là, pour alimenter le Grand Palais impérial et les édifices du quartier. Sa capacité ? Près de 80 000 mètres cubes d’eau, sur une superficie de 9 800 m2 environ. Une infrastructure pharaonique, construite à l’échelle d’un empire.
Après la conquête de Constantinople par Mehmed II en 1453, la citerne tomba progressivement dans l’oubli.
Elle est redécouverte au XVIème siècle par le voyageur et érudit flamand Petrus Gyllius (Pierre Gilles), qui remarqua que des habitants puisaient de l’eau et pêchaient… depuis leur sous-sol. La citerne est alors utilisée ponctuellement par le palais de Topkapi (dont je vous reparlerai dans les mois à venir).
Restaurée et ouverte au public par la municipalité d’Istanbul en 1987 la Citerne Basilique est classée parmi les sites majeurs du patrimoine byzantin.
336 colonnes venues de tout l’Empire
Ce qui frappe immédiatement, c’est cette forêt de colonnes : 336 au total, hautes de neuf mètres chacune, disposées en 12 rangées régulières de 28 colonnes, à perte de vue.
Elles ne sont pas nées ici : elles ont été prélevées sur des monuments antiques dans tout l’Empire romain d’Orient, transportées, assemblées, réemployées. Chapiteaux corinthiens, ioniques, doriques : une sorte d’inventaire de l’Antiquité réuni sous une même voûte.
Ce ré-emploi architectural, loin d’être une improvisation, témoigne au contraire du génie pratique et esthétique des bâtisseurs byzantins.
Les voutes sont faites de briques étroites. Au sol apparaissent des pierres plates, irrégulières, lustrées par des siècles d’eau qui les recouvre.
Les têtes de Méduse : le mystère de l’angle nord-ouest
Dans un coin reculé de la citerne, deux colonnes reposent sur des bases insolites : des têtes de Méduse sculptées, récupérées sur un monument romain antérieur.
L’une est posée à l’envers, l’autre sur le côté. Pourquoi cette orientation délibérément décalée ? Les historiens en débattent encore : certains y voient une façon de neutraliser le regard maléfique de la Gorgone (le « mauvais oeil »), d’autres une simple contrainte architecturale.
Qu’importe l’explication. Ces deux visages de pierre, noyés dans la pénombre et le reflet de l’eau, sont parmi les images les plus mystérieuses que j’aie rapportées d’Istanbul. Elles connaissent aussi un grand succès auprès des Instagrammeurs.
Byzance, Constantinople ou Istanbul ? : La cité grecque de Byzance a été créée vers 667 avant notre ère, au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Cette ville a ensuite porté le nom de Constantinople. Elle a été à la tête de l’Empire byzantin, puis de l’Empire ottoman, avant d’être nommée Istanbul en 1930, sous le règne d’Atatürk..
Trente minutes qui valent bien des heures
Je suis restée une petite demi-heure dans la Citerne Basilique. Sans guide, sans audioguide, sans préparation aucune, ce qui, avec le recul, est presque dommage tant ce lieu mérite de s’y attarder. Et puis le site est particulièrement mis en valeur par des jeux de lumières changeantes.
Ainsi, au cours de cette visite improvisée, j’ai tout de même pris une soixantaine de photos et filmé quatre séquences vidéo pour conserver une trace de cette ambiance particulière. Chaque angle révèle quelque chose de nouveau : un reflet différent, un jeu de lumière inattendu, une colonne isolée dans la brume de l’eau.
Et puis ces quelques statues de bronze, très modernes, disséminées sur l’eau au gré du parcours que l’on suit nonchalamment.
La température, fraîche et constante – autour de 15°C – est presque un soulagement après l’agitation du quartier de Sultanahmet au printemps. Une parenthèse de calme et de beauté, avant de remonter vers la lumière et de rejoindre un toit-terrasse pour déjeuner.
Ce contraste, justement – la fièvre d’Istanbul au-dessus, le silence et la fraîcheur en dessous – est l’un des éléments qui rend cette visite si particulière. On sort de la Citerne Basilique plus serein, détendu.
Conseils pratiques pour visiter la Citerne Basilique
Comment y aller
La citerne se trouve en plein cœur du quartier Sultanahmet, à quelques minutes à pied de Sainte-Sophie et de la Mosquée Bleue. Le tramway T1, arrêt Sultanahmet, vous dépose à deux pas.
Quand y aller
Le lieu est ouvert tous les jours, de 9h à 22h selon son site web (vérifiez tout de même sur Internet). Pour profiter d’une atmosphère plus intime, privilégiez la première heure d’ouverture (vers 9h) ou en fin d’après-midi (le tarif est plus élevé après 19h30).
Début avril, j’y étais à 11h30 et la fréquentation restait très raisonnable, bien loin des files d’attente que l’on croise devant Sainte-Sophie.
Comment intégrer la visite à votre journée
La citerne se prête parfaitement à une demi-journée dans Sultanahmet :
• Visite de la Grande Mosquée le matin (gratuite, mais prévoir la tenue appropriée)
• Descente dans la Citerne Basilique juste après (30 à 45 minutes suffisent)
• Déjeuner dans l’un des restaurants du quartier, avec vue sur la mer de Marmara si possible
Une séquence idéale, que je recommande sans hésiter.
Tarifs et billets
⚠️ Les tarifs évoluant régulièrement, je vous invite à consulter le site officiel avant votre visite : yerebatan.com (en anglais).
La réservation en ligne est conseillée en haute saison pour éviter l’attente.
Ce qu’il faut savoir avant d’entrer
• Prévoyez une veste ou un châle léger : il fait sensiblement plus frais en bas, même en été.
• L’accès se fait par un escalier (se renseigner sur l’accessibilité si nécessaire).
• La lumière est faible : si vous souhaitez photographier, désactivez le flash (peu efficace) et misez sur la stabilité ou un mode nuit.
• Laissez le temps à votre appareil photo (ou smartphone) de s’acclimater à l’atmosphère humide (attention à une légère buée qui se pose sur l’objectif avant de se dissiper).
• Des carpes nagent dans l’eau peu profonde, un détail inattendu.
Un lieu qui ne ressemble à aucun autre
La Citerne Basilique est l’un de ces lieux rares qui laissent un souvenir persistant sur un parcours de voyageuse. Voyez, c’est d’ailleurs le premier article que je consacre à ma visite d’Istanbul, cadeau !
Pourtant, bien peu de visiteurs pensent à l’inscrire à leur programme de visite d’Istanbul. Curieux…
Je voyage intensivement depuis plus de trente ans. J’ai visité des temples, des palais, des ruines, des grottes, des musées sur cinq continents. Rares sont les lieux qui m’ont surprise à ce point, d’autant plus au coeur d’une grande ville.
La Citerne Basilique n’est pas spectaculaire au sens tapageur du terme. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle se contente d’être là, dans sa beauté silencieuse et ses quinze siècles d’histoire, et c’est précisément ce qui la rend inoubliable.
Et puis s’il fallait un argument supplémentaire pour l’inscrire au programme de votre prochaine visite d’Istanbul : la citerne a servi de décor au film « James Bond – Bons baisers de Russie » (1963) pour une scène en barque. Elle est aussi citée dans le roman « Inferno » de Dan Brown (2013), ce qui a soudain généré un afflux touristique plus important.
Si vous passez par Istanbul – et j’espère que vous le ferez – descendez ces quelques marches. Laissez le bruit de la ville derrière vous. Et prenez le temps de profiter de cette atmosphère si particulière qui vous renvoie quelques siècles en arrière.
FAQ — Vos questions sur la Citerne Basilique d’Istanbul
La Citerne Basilique vaut-elle vraiment le détour ? Absolument, et c’est d’autant plus vrai si vous visitez Istanbul pour la première fois. Ce lieu figure parmi les plus beaux que j’aie découverts en plus de trente ans de voyages, et pourtant il reste étonnamment confidentiel par rapport aux grandes mosquées du quartier. Ne le manquez pas.
Combien de temps faut-il prévoir pour visiter la Citerne Basilique ? Entre 30 et 45 minutes suffisent pour une visite complète. Comptez un peu plus si vous prenez le temps de photographier ou si vous louez un audioguide (ce que je recommande pour en apprendre davantage et découvrir les sculptures de Médusa, même si j’ai fait l’impasse sur cette option pendant ma visite).
Peut-on visiter la Citerne Basilique avec des enfants ? Oui, tout à fait. L’atmosphère mystérieuse et les têtes de Méduse fascinent généralement les plus jeunes. Attention simplement à l’escalier d’accès et aux sols parfois humides.
La Citerne Basilique est-elle accessible aux personnes à mobilité réduite ? L’accès se fait par un escalier et la citerne n’est pas de plain-pied. Il est conseillé de vérifier les conditions d’accessibilité directement auprès du site officiel, des aménagements ayant pu évoluer.
Quelle est la meilleure période pour visiter Istanbul et la Citerne Basilique ? Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) sont les périodes les plus agréables : températures douces, belle luminosité pour les photos en extérieur, et fréquentation touristique plus modérée qu’en plein été.
Mes photos sur la Turquie : sur 500px, Getty Images, sur Picfair pour voir les photos en grand format, et sur ma boutique en ligne pour acheter des impressions ou des objets dérivés (mugs, puzzles,…).
Voyage non sponsorisé : les recommandations que je fais (hôtel, restaurants, prestataires) sont spontanées et sincères (vous le découvrirez en lisant). D’ailleurs même en voyage sponsorisé j’ai toujours appliqué ma règle d’auteure sur ce blog : j’aime, j’en parle. Je n’aime pas, je n’en parle pas. Mes sponsors le savent et l’acceptent en toute bonne foi. Si vous souhaitez davantage de détails sur ces prestataires n’hésitez pas à poser votre question dans l’espace Commentaires au bas de cette page. Les tarifs étant vite obsolètes je vous invite à cliquer sur les liens placés dans les articles pour accéder aux sites web afférents, vous y trouverez sans doute aussi des offres spéciales et ponctuelles.
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Blogueuse voyage depuis 2004, auteure, photographe, éditrice du magazine Repérages Voyages (en ligne, gratuit). Française, j’ai exploré 82 pays au fil des ans et vécu en différents endroits de notre belle planète (La Réunion, île Maurice, Suisse, Indonésie, Espagne). Très attachée au ton « journal de bord » plutôt qu’à une liste d’infos pratiques. Mon objectif ? Partager mes expériences de voyages avec ceux qui n’ont pas la possibilité de partir aussi souvent.
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À deux pas de la mosquée Sainte-Sophie, descendre quelques marches suffit pour quitter l’agitation d’Istanbul et pénétrer dans un monde souterrain d’une beauté saisissante…
Un lieu méconnu du grand public
Il y a des monuments que l’on photographie de loin, que l’on reconnaît avant même d’y entrer. Et puis il y a des lieux comme celui-ci – discrets, presque secrets – qui se méritent.
La Citerne Basilique ne s’annonce pas. Depuis la rue, rien ne trahit sa présence : un petit bâtiment banal, une porte modeste, une volée de marches pour descendre. C’est tout. Et c’est précisément ce qui rend la découverte aussi surprenante.
En ce matin d’avril, je sortais de la visite de la grande mosquée de Sultanahmet (surnommée la Mosquée bleue), j’avais l’esprit plein de coupoles dorées et d’azulejos, avec le sentiment d’une foule compacte. Il me restait un peu de temps avant de songer au déjeuner.
Dans le passé quelqu’un m’avait vaguement mentionné « une citerne, par là, dans le quartier ». J’avais noté, sans vraiment y prêter attention.
Pourtant je me suis souvenue. Sous le soleil j’ai cherché sur Google Maps pendant quelques minutes. Et puis j’ai trouvé l’adresse.
J’ignorais ce qui m’attendait.
En trente ans de voyages sur tous les continents, je n’ai jamais rien vu de semblable…
La descente : quand Istanbul disparaît sous terre
Une petite file d’attente, vite résorbée au bord d’un trottoir, le temps d’acheter un ticket d’entrée.
Quelques marches à descendre, et le monde bascule.
En quelques secondes, le bruit de la ville s’estompe jusqu’à disparaître. La chaleur d’avril aussi. L’air devient frais, presque humide, légèrement chargé de minéralité. Les yeux mettent un moment à s’ajuster à la pénombre.
Et puis, la découverte.
L’endroit est nommé Yerebatan Sarnıcı en turc, littéralement traduit par « citerne qui s’enfonce dans la terre« . Parfois surnommé « le Palais Englouti« , augmentant la touche mystique.
Devant moi s’étend une forêt de colonnes qui semble infinie, baignée d’une lumière tamisée aux reflets ambrés et bleutés. L’eau, toujours présente au sol, duplique chaque colonne par un effet miroir. Le silence n’est rompu que par le bruit sourd de l’eau qui goutte, quelque part, dans l’obscurité. Et le murmure des conversations, parce que – instinctivement – vous chuchotez…
En trente ans de voyages sur tous les continents, je n’ai jamais rien vu de semblable. Ce n’est pas une crypte, ni une cave, ce n’est pas un musée souterrain. Rien qui ressemble, de près ou de loin, à ce que j’ai sous les yeux.
Même si au moment de rédiger cet article soudain me revient en mémoire cette impression ressentie lors de la visite de l’Hypogée Hal Saflieni, sur l’île de Malte.
Je sors mon appareil photo, sans même y penser.
Vous êtes sur un blog de voyages, avec priorité à la photo : cliquez sur une photo pour l’afficher en grand format sur votre écran, puis passez de l’une à l’autre. C’est aussi la raison pour laquelle ce blog est conçu pour un affichage de préférence sur ordinateur ou sur tablette.
Toutes les photos affichées sur cet article ont été prises avec un iPhone 15 Pro Max, à main levée, sans trépied ni pause longue, en basse lumière.
La Citerne Basilique : quinze siècles sous Istanbul
Une prouesse de l’Empire byzantin
Ce que l’on foule ici (partiellement) sur un parcours de tôle perforée, c’est l’une des plus grandes citernes souterraines jamais construites dans l’Antiquité.
Elle date du VIème siècle – plus précisément de 532 après J.-C. – et fut édifiée sous l’ordre de l’empereur byzantin Justinien Ier, après que la révolte de Nika eut ravagé une partie de Constantinople (ancien nom d’Istanbul). Même si l’on connait l’existence d’une plus petite structure, au même endroit, édifiée sous l’empereur Constantin Ier au IVème siècle.
Son rôle était vital : stocker l’eau acheminée par un aqueduc de 19 km depuis la forêt de Belgrade, à une vingtaine de kilomètres de là, pour alimenter le Grand Palais impérial et les édifices du quartier. Sa capacité ? Près de 80 000 mètres cubes d’eau, sur une superficie de 9 800 m2 environ. Une infrastructure pharaonique, construite à l’échelle d’un empire.
Après la conquête de Constantinople par Mehmed II en 1453, la citerne tomba progressivement dans l’oubli.
Elle est redécouverte au XVIème siècle par le voyageur et érudit flamand Petrus Gyllius (Pierre Gilles), qui remarqua que des habitants puisaient de l’eau et pêchaient… depuis leur sous-sol. La citerne est alors utilisée ponctuellement par le palais de Topkapi (dont je vous reparlerai dans les mois à venir).
Restaurée et ouverte au public par la municipalité d’Istanbul en 1987 la Citerne Basilique est classée parmi les sites majeurs du patrimoine byzantin.
336 colonnes venues de tout l’Empire
Ce qui frappe immédiatement, c’est cette forêt de colonnes : 336 au total, hautes de neuf mètres chacune, disposées en 12 rangées régulières de 28 colonnes, à perte de vue.
Elles ne sont pas nées ici : elles ont été prélevées sur des monuments antiques dans tout l’Empire romain d’Orient, transportées, assemblées, réemployées. Chapiteaux corinthiens, ioniques, doriques : une sorte d’inventaire de l’Antiquité réuni sous une même voûte.
Ce ré-emploi architectural, loin d’être une improvisation, témoigne au contraire du génie pratique et esthétique des bâtisseurs byzantins.
Les voutes sont faites de briques étroites. Au sol apparaissent des pierres plates, irrégulières, lustrées par des siècles d’eau qui les recouvre.
Les têtes de Méduse : le mystère de l’angle nord-ouest
Dans un coin reculé de la citerne, deux colonnes reposent sur des bases insolites : des têtes de Méduse sculptées, récupérées sur un monument romain antérieur.
L’une est posée à l’envers, l’autre sur le côté. Pourquoi cette orientation délibérément décalée ? Les historiens en débattent encore : certains y voient une façon de neutraliser le regard maléfique de la Gorgone (le « mauvais oeil »), d’autres une simple contrainte architecturale.
Qu’importe l’explication. Ces deux visages de pierre, noyés dans la pénombre et le reflet de l’eau, sont parmi les images les plus mystérieuses que j’aie rapportées d’Istanbul. Elles connaissent aussi un grand succès auprès des Instagrammeurs.
Trente minutes qui valent bien des heures
Je suis restée une petite demi-heure dans la Citerne Basilique. Sans guide, sans audioguide, sans préparation aucune, ce qui, avec le recul, est presque dommage tant ce lieu mérite de s’y attarder. Et puis le site est particulièrement mis en valeur par des jeux de lumières changeantes.
Ainsi, au cours de cette visite improvisée, j’ai tout de même pris une soixantaine de photos et filmé quatre séquences vidéo pour conserver une trace de cette ambiance particulière. Chaque angle révèle quelque chose de nouveau : un reflet différent, un jeu de lumière inattendu, une colonne isolée dans la brume de l’eau.
Et puis ces quelques statues de bronze, très modernes, disséminées sur l’eau au gré du parcours que l’on suit nonchalamment.
La température, fraîche et constante – autour de 15°C – est presque un soulagement après l’agitation du quartier de Sultanahmet au printemps. Une parenthèse de calme et de beauté, avant de remonter vers la lumière et de rejoindre un toit-terrasse pour déjeuner.
Ce contraste, justement – la fièvre d’Istanbul au-dessus, le silence et la fraîcheur en dessous – est l’un des éléments qui rend cette visite si particulière. On sort de la Citerne Basilique plus serein, détendu.
Conseils pratiques pour visiter la Citerne Basilique
Comment y aller
La citerne se trouve en plein cœur du quartier Sultanahmet, à quelques minutes à pied de Sainte-Sophie et de la Mosquée Bleue. Le tramway T1, arrêt Sultanahmet, vous dépose à deux pas.
Quand y aller
Le lieu est ouvert tous les jours, de 9h à 22h selon son site web (vérifiez tout de même sur Internet). Pour profiter d’une atmosphère plus intime, privilégiez la première heure d’ouverture (vers 9h) ou en fin d’après-midi (le tarif est plus élevé après 19h30).
Début avril, j’y étais à 11h30 et la fréquentation restait très raisonnable, bien loin des files d’attente que l’on croise devant Sainte-Sophie.
Comment intégrer la visite à votre journée
La citerne se prête parfaitement à une demi-journée dans Sultanahmet :
• Visite de la Grande Mosquée le matin (gratuite, mais prévoir la tenue appropriée)
• Descente dans la Citerne Basilique juste après (30 à 45 minutes suffisent)
• Déjeuner dans l’un des restaurants du quartier, avec vue sur la mer de Marmara si possible
Une séquence idéale, que je recommande sans hésiter.
Tarifs et billets
⚠️ Les tarifs évoluant régulièrement, je vous invite à consulter le site officiel avant votre visite : yerebatan.com (en anglais).
La réservation en ligne est conseillée en haute saison pour éviter l’attente.
Ce qu’il faut savoir avant d’entrer
• Prévoyez une veste ou un châle léger : il fait sensiblement plus frais en bas, même en été.
• L’accès se fait par un escalier (se renseigner sur l’accessibilité si nécessaire).
• La lumière est faible : si vous souhaitez photographier, désactivez le flash (peu efficace) et misez sur la stabilité ou un mode nuit.
• Laissez le temps à votre appareil photo (ou smartphone) de s’acclimater à l’atmosphère humide (attention à une légère buée qui se pose sur l’objectif avant de se dissiper).
• Des carpes nagent dans l’eau peu profonde, un détail inattendu.
Un lieu qui ne ressemble à aucun autre
La Citerne Basilique est l’un de ces lieux rares qui laissent un souvenir persistant sur un parcours de voyageuse. Voyez, c’est d’ailleurs le premier article que je consacre à ma visite d’Istanbul, cadeau !
Pourtant, bien peu de visiteurs pensent à l’inscrire à leur programme de visite d’Istanbul. Curieux…
Je voyage intensivement depuis plus de trente ans. J’ai visité des temples, des palais, des ruines, des grottes, des musées sur cinq continents. Rares sont les lieux qui m’ont surprise à ce point, d’autant plus au coeur d’une grande ville.
La Citerne Basilique n’est pas spectaculaire au sens tapageur du terme. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle se contente d’être là, dans sa beauté silencieuse et ses quinze siècles d’histoire, et c’est précisément ce qui la rend inoubliable.
Et puis s’il fallait un argument supplémentaire pour l’inscrire au programme de votre prochaine visite d’Istanbul : la citerne a servi de décor au film « James Bond – Bons baisers de Russie » (1963) pour une scène en barque. Elle est aussi citée dans le roman « Inferno » de Dan Brown (2013), ce qui a soudain généré un afflux touristique plus important.
Si vous passez par Istanbul – et j’espère que vous le ferez – descendez ces quelques marches. Laissez le bruit de la ville derrière vous. Et prenez le temps de profiter de cette atmosphère si particulière qui vous renvoie quelques siècles en arrière.
FAQ — Vos questions sur la Citerne Basilique d’Istanbul
La Citerne Basilique vaut-elle vraiment le détour ? Absolument, et c’est d’autant plus vrai si vous visitez Istanbul pour la première fois. Ce lieu figure parmi les plus beaux que j’aie découverts en plus de trente ans de voyages, et pourtant il reste étonnamment confidentiel par rapport aux grandes mosquées du quartier. Ne le manquez pas.
Combien de temps faut-il prévoir pour visiter la Citerne Basilique ? Entre 30 et 45 minutes suffisent pour une visite complète. Comptez un peu plus si vous prenez le temps de photographier ou si vous louez un audioguide (ce que je recommande pour en apprendre davantage et découvrir les sculptures de Médusa, même si j’ai fait l’impasse sur cette option pendant ma visite).
Peut-on visiter la Citerne Basilique avec des enfants ? Oui, tout à fait. L’atmosphère mystérieuse et les têtes de Méduse fascinent généralement les plus jeunes. Attention simplement à l’escalier d’accès et aux sols parfois humides.
La Citerne Basilique est-elle accessible aux personnes à mobilité réduite ? L’accès se fait par un escalier et la citerne n’est pas de plain-pied. Il est conseillé de vérifier les conditions d’accessibilité directement auprès du site officiel, des aménagements ayant pu évoluer.
Quelle est la meilleure période pour visiter Istanbul et la Citerne Basilique ? Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) sont les périodes les plus agréables : températures douces, belle luminosité pour les photos en extérieur, et fréquentation touristique plus modérée qu’en plein été.
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Blogueuse voyage depuis 2004, auteure, photographe, éditrice du magazine Repérages Voyages (en ligne, gratuit). Française, j’ai exploré 82 pays au fil des ans et vécu en différents endroits de notre belle planète (La Réunion, île Maurice, Suisse, Indonésie, Espagne). Très attachée au ton « journal de bord » plutôt qu’à une liste d’infos pratiques. Mon objectif ? Partager mes expériences de voyages avec ceux qui n’ont pas la possibilité de partir aussi souvent.
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