ULM sur La RéunionPlonger, c’est bien. S’envoyer en l’air, c’est mieux ! Hum… Globalement, si la formule a été spontanée et qu’elle m’a fait rire, je ne suis pas sûre qu’elle soit de la première élégance. Pourtant elle est très représentative de mon état d’esprit lorsque j’ai découvert l’article rédigé par Sylvie sur son blog, peu de temps avant de faire sa connaissance la semaine dernière à Paris. Allez, avouez que vous êtes intrigué(e) !…


Sylvie a fait ce que je n’ai jamais osé faire (là je suis certaine que vous allez vous précipiter sur son article !). Et pourtant, ce n’est pas faute d’en avoir eu envie…

Ma seule expérience dans les airs s’est déroulée au-dessus de l’île de La Réunion, par deux fois lors de deux voyages distinctifs il y a quelques années et j’en garde un souvenir ébloui. J’arrête de vous taquiner, je parle d’ULM bien sûr, et laissez-moi vous raconter mon dernier vol…

Il faisait un temps splendide et dégagé, avec peu de vent pour une fois le long de la côte Ouest où est installé Félix ULM, petite structure presque artisanale à l’époque, mais avec une solide réputation. Félix, c’est LA référence ULM sur La Réunion, un baroudeur qui a pas mal survolé les îles environnantes, glissant jusque dans les airs de Madagascar.

Depuis la veille je me demandais si le vol ne serait pas annulé et mon amie Sandra chez laquelle je résidais pour deux semaines de vacances avait pris soin de téléphoner le matin-même pour avoir confirmation du vol.

En arrivant du côté du Port vers 07:00 du matin (il faut voler tôt, ensuite le vent se lève), Félix m’a accueillie en plaisantant à sa façon, puis il a interpellé sa femme qui a bien vite trouvé une combinaison à ma taille. Parce qu’avant de vous envoler, il vaut mieux vous couvrir. De la tenue court-vêtue de fille des lagons je suis passée à Bibendum prudente. Le premier vol un an auparavant m’avait servi de leçon, à vie : chaque fois que je monte désormais en hélicoptère ou en ULM comme cette fois-ci, je veille à être couverte au maximum. Il fait froid là-haut, très froid, même sous les tropiques…

Fin prête, l’appareil photo en bandoulière (ce n’était que du 2M de pixels, et j’en étais fière !), j’ai suivi un pilote vers son appareil : fragile esquif, l’ULM (Ultra-Léger Motorisé) m’a toujours fait penser à une mouette de papier et croyez-moi, lorsqu’on s’installe à l’intérieur, c’est exactement le ressenti que l’on peut avoir… Engoncée dans la combi, les mains enveloppées dans des gants épais, cuisses serrées autour du pilote assis à l’avant (une moto de l’air…), il vaut mieux ne pas craindre la promiscuité. Les mini portes sont verrouillées, les moteurs sont lancés, puis l’appareil cahote sur le chemin de terre qui précède la piste d’envol.

Comme dans un hélico vous écoutez les plaisanteries, ordres et requêtes effectués par les autres volants qui sont déjà là où vous vous apprêtez à les rejoindre. Mon pilote échange deux ou trois plaisanteries avec un collègue puis lui signale à mots voilés qu’il n’est pas seul à bord et que cette fois il s’agit d’une blonde. Petit clin d’œil complice (mouais…) pour s’excuser, et nous voici face à la piste. Prête ?…

Archi prête !

Les moteurs vrombissent façon tondeuse à gazon (c’est d’ailleurs le nom que donne mon frère à ce drôle d’engin), quelques secousses qui indiquent que l’ULM voudrait bien décoller avant même d’avoir roulé, puis nous avançons sur la piste, à une allure allant crescendo sans vouloir pour autant quitter le sol. Ce n’est que cinq mètres avant les premiers blocs de roches au bout de la piste que l’appareil daigne enfin lever le nez et s’élever en un dernier soubresaut qui nous fait soudain sentir plus lourds que je ne le souhaiterais… J’en regretterais presque la part de gâteau au manioc avalée au petit déjeuner !

Nous voici dans les airs à effectuer une première large boucle au-dessus du centre de Félix, le temps peut-être de tester les moteurs, les hélices, et que sais-je encore sur cet appareil si fragile qu’il vaut mieux ne pas imaginer le pire. Puis le pilote confirme dans son micro que tout fonctionne bien et nous entamons un virage sur la droite pour nous diriger vers la ravine de la Rivière des Galets.

Soudain j’aperçois enfin les plages, le lagon de Saint-Gilles, la ville de Saint-Paul et son marché coloré. La Réunion vue du ciel est aussi belle que vue du sol. Je me délecte de ces visions de carte postale quand une secousse me fait hausser un sourcil ; à une crispation de mes cuisses autour de sa taille le pilote ressent le besoin de me rassurer : « ce n’est rien, nous allons entrer dans la ravine et le vent va peut-être nous secouer un petit peu, c’est normal« . Bon, si c’est normal…

Une ravine c’est une crevasse creusée il y a des millénaires par une rivière dévalant vers l’océan, de celles qui enflent en période de pluies ou pendant les cyclones, de celles qui créent parfois quelques ravages. Et celle de la Rivière des Galets nous permet de remonter vers le plus beau cirque de l’île de La Réunion : Mafate.

Pour ceux qui n’ont jamais lu mes articles sur La Réunion, et pour les autres qui auraient oublié, rappelez-vous que l’île compte trois cirques montagneux et un volcan. Une géologie exceptionnelle pour une île de ce fait spectaculaire. Et je préfère de loin le cirque de Mafate, le plus secret, le plus sauvage aussi puisqu’on ne peut y accéder qu’à pied ou en hélicoptère.

En remontant la Rivière des Galets l’ULM subit quelques secousses provoquées par le vent taquin mais le pilote concentre mon attention sur les chemins à flanc de montagne, sur les forêts de fougères arborescentes, sur les plantations et bassins d’eau. Quelques minutes plus tard, tandis que le froid commence à s’infiltrer je ne sais comment sous mes vêtements épais, le pilote échange de nouveau quelques mots avec des collègues et sous mon casque j’entends : « il neige au-dessus du volcan, c’est superbe !« . Incroyable effectivement, au sol il doit faire déjà 28° et la neige tombe rarement sur l’île, même si celle-ci bénéficie d’innombrables microclimats qui lui offrent par ailleurs une telle diversité de paysages et de végétation qu’elle est un véritable champs d’exploration pour les botanistes du monde entier. Mais le Piton de la Fournaise culmine à 2 631 mètres, et il fait frais là-haut, même au plus fort de l’été (notre hiver ici).

Nous voici arrivés à proximité du cirque de Mafate, vaste effondrement géologique ressemblant à un immense cratère d’où surgissent quelques plateaux et des pics appelés îlets, sur lesquels s’accrochent quelques villages. Les Mafatais ne disposent d’aucun réseau électrique et se sont convertis depuis quelques années à l’énergie solaire pour y palier. Le réseau téléphonique est inexistant, sauf pour les chanceux qui réussissent à capter avec leur portable. Le pilote me prévient « ça risque de bouger un peu…« . Et j’en suis presque contente !

En arrivant sur les lèvres du cirque je découvre le spectacle grandiose d’un panorama gigantesque, une vue qui ferait presque peur. Soudain le vide se creuse sous les roues de l’ULM et la frêle coquille qui nous transporte se trouve agitée d’un roulis et de quelques soubresauts qui font frémir les moteurs. Un petit trou d’air nous fait chuter de cinquante, soixante centimètres. Trop peu pour paniquer, assez pour se faire une petite frayeur.

Le pilote attend deux ou trois minutes, puis il rit doucement et marmonne « ça va pas le faire aujourd’hui… » et il entame un léger demi-tour vers la gauche pour rejoindre le bord du gouffre et se mettre à l’abri du vent. Même si j’en profite pour extraire très vite mon Olympus dissimulé sous ma combinaison et faire quelques clichés maladroits au gré des secousses qui nous agitent, tous mes sens sont à l’écoute de la dangerosité de la situation. Des collègues l’interpellent, mais trop préoccupé à maintenir son cap, il ne répond pas tout de suite. Et je n’ose plus bouger, comme si l’un de mes gestes pouvait précipiter la chute…

Mais dans un dernier rebond l’appareil atteint enfin l’arête du cirque et nos secousses cessent immédiatement. Il rit, tapote l’une de mes jambes et « ça secoue hein ?« . Puis il répond à ses collègues pour leur signaler que le cirque de Mafate est impraticable et qu’il rentre à la base. Il sent bien que je suis un peu déçue et j’enfonce le clou en lui signalant que la fois précédente, un an auparavant, j’avais eu la même mésaventure : nous avions survolé le Maïdo, l’une des arêtes du cirque, mais le vent nous avait interdit le survol de Mafate. Alors il me désigne au loin sur la gauche le sommet du Piton des Neiges qui forme le point le plus élevé de tout l’océan indien avec ses 3 070 mètres, et nous redescendons le long de la Rivière des Galets qui mène jusqu’à l’océan.

Pour m’offrir un petit bonus il me propose : « je coupe les moteurs et nous descendons en vrille, ça te va ?« . Pas le temps de répondre, ou bien ai-je joué les Lara Croft ?… Toujours est-il qu’au-dessus de la fracture de la ravine, le silence se fait soudain et le vent se met à siffler sous mon casque. Nous profitons de quatre ou cinq secondes de vraie quiétude, suspendus entre deux courants d’air, puis il pique vers le sol et les ailes de l’ULM suivent une spirale descendante qui nous entraîne vers le fond de plus en plus vite, dans un cône de plus en plus étroit !…

J’ai beau avoir confiance en son savoir-faire, je ne suis pas mécontente lorsqu’il relance les moteurs en une fraction de seconde après une chute suffisamment spectaculaire pour avoir relancé l’adrénaline. Visiblement il s’est fait plaisir, et finalement l’expérience ne fut pas déplaisante !… J’ai même adoré, et j’en redemanderais presque !… L’appareil redresse le cap et nous sortons de la ravine quelques minutes plus tard, dans une température plus acceptable puisque nous avons perdu de l’altitude.

A l’approche  de la base, et comme mon temps de vol n’est pas encore écoulé il me propose une petite extension au-dessus du lagon, entre Saint-Gilles et Le Port. Évidemment je suis d’accord, et nous voici à longer la côte entre l’or de la plage qui étincelle sous le soleil de mai et le bleu intense de l’océan indien. C’est alors qu’il pointe le doigt « regarde, deux tortues !« . Je me penche, l’appareil aussi. Je me redresse, l’appareil aussi… Mais je tiens à voir ces tortues, il fait alors une petite boucle pour revenir au-dessus des deux carapaces qui doivent déambuler à moins d’un mètre sous la surface tant nous les voyons distinctement. Mais à une vingtaine de mètres de ces demoiselles ce sont les ailerons de trois dauphins que nous apercevons ! Leurs dos d’un gris métallique luisent chaque fois qu’ils font surface dans leur course effrénée vers le grand large… Nous les suivons une minute avant de faire demi-tour vers la côte…

Je suis littéralement enchantée de ce survol en ULM, bien plus riche finalement que le précédent. Et j’ai envie de m’offrir le circuit qui mène jusqu’au volcan même si je me promets déjà de mettre de grosses chaussettes ce jour-là. En rentrant à la base mon pilote me propose « on se fait un atterrissage en vol libre ?« . Moi pas comprendre. Alors il précise : « sans les moteurs, juste avec les ailes« . Ah. Bon, s’il le sent…

Il effectue une belle boucle et annonce notre arrivée pour qu’aucun autre appareil n’ait l’idée de s’engager sur la piste en même temps que nous. Et il coupe de nouveau les moteurs. Le silence nous envahit de nouveau, et après avoir suivi les tortues et les dauphins je me sens totalement libre, c’est une sensation étrange que de s’en remettre au savoir-faire d’un parfait inconnu tout en mesurant les risques inhérents à l’exercice. Mais je fais confiance.

Nous nous approchons, de plus en plus vite, nous ne sommes plus qu’à trois mètres du sol, deux, un,… mais nous sommes déjà bien trop avancés sur la piste, le pilote relance les moteurs tout à coup et l’ULM se cabre et redécolle d’un coup !

« Trop court » dit-il. Et nous voici repartis dans une belle boucle qui prolonge d’autant ma petite excursion. Je n’ai pas eu peur, mais j’aimerais autant être capable de plonger demain matin comme prévu !

C’est en roulant sur la piste que je regretterai d’avoir pris si peu de photos : concentrée sur le plaisir du vol et sur la beauté du paysage, paralysée aussi par le froid, je n’ai pas vraiment profité de l’occasion pour faire beaucoup de photos. Mais je sais déjà que je recommencerai, un jour. Depuis, j’ai aussi expérimenté l’hélicoptère plusieurs fois, et notamment au-dessus de La Réunion puis de l’île Maurice. Et je n’ai toujours pas sauté en parachute, mais j’y songe très sérieusement !…

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