boulerecit.jpgHiva Oa, c’est la plus grande île des Marquises. Au départ de l’île d’Ua Huka, nous y avons jeté l’ancre après une nuit de catamaran (et ce n’est pas mon moyen de transport préféré…). Au petit matin, hébétée après une nuit agitée, je découvre avec ravissement les cocotiers sous le soleil, sur la plage de sable gris de la baie d’Atuona, le village principal de l’île. Quelques secondes plus tard, je me tourne sur ma droite : déception. Le gros bateau ravitailleur Aranui 3 a accosté et tout un petit monde s’affaire dans une ambiance de port marchand miniature (quai de grosses pierres dégoulinante de graisse industrielle, déchets, etc…). Et sur ma gauche je découvre des bateaux à l’abandon et même carrément une barge rouillée chargée d’engins de travaux publics… Pas très romantique la baie d’Atuona. Mais foin de déception, une belle journée nous attend, le soleil est radieux et nous sommes impatients de descendre à terre pendant que l’équipe sous-marine ira filmer quelques trésors engloutis.

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Une heure plus tard le petit zodiac nous transporte en deux convois vers le quai qui n’est pas aménagé pour recevoir de petites embarcations (et pourtant de nombreux voiliers et catamarans sont ancrés là… comment font-ils ?). Je grimpe à bord avec Patrick, notre réalisateur, et nous embarquons la caméra, le pied de caméra et quelques menus accessoires toujours encombrants et lourds. Le débarquement littéralement sous la quille de l’Aranui est un peu folklorique, il s’agit de ne surtout pas glisser sur les pierres luisantes de crasse épaisse pour ne pas se retrouver à l’eau. Nous nous en sortons comme des chefs puis transportons nos huit sacs vers un autre point du quai pour attendre la voiture qui doit venir nous chercher. Précautionneux nous posons nos sacs sur un sol sec, mais à peine avons-nous terminé de les compter pour nous assurer qu’il ne nous manque rien pour cette journée de travail qu’une grosse explosion nous fait nous retourner d’un bond : un docker vient de laisser tomber à terre une palette de bière ! Déjà, sous les quolibets moqueurs des autres dockers et au milieu des éclats de verre, une rivière brune et mousseuse dévale la pente dans notre direction. Nous nous précipitons sur nos sacs et cherchons l’endroit le plus adéquat pour les poser en dehors de toute humidité et… nous ne trouvons en un quart de seconde qu’une petite palette de briquettes de jus de fruits, juste derrière nous. Mais alors que nous posons le dernier sac, le docker soulève déjà les jus de fruits avec son porte-palette et nous avons tout juste le temps de récupérer nos biens avant que la palette ne s’envole vers l’arrière d’un pick-up !…

Bienvenue sur Hiva Oa !…

Dix minutes plus tard, après avoir aussi assisté au chapardage de rigueur lors du débarquement des conteneurs du ravitailleur, nous arrivons à notre pension pour y laisser nos bagages personnels : nous devons y passer la nuit et après trois jours en mer, nous avons hâte de prendre une vraie douche et surtout de faire laver un peu de linge. D’accord, c’est moins glamour, mais un tournage ça signifie aussi gestion des ressources et toujours en état d’urgence, et après les deux derniers jours passés à crapahuter un peu partout et surtout à l’intérieur d’une grotte avec 98 % d’humidité dans l’air, nos vêtements sentent le fennec et malgré tout, même une équipe de terrain apprécie de se glisser dans des vêtements propres et secs !

Il est 09:15 du matin et la voix stridente de notre hôtesse nous scie d’entrée : pas de chambres disponibles avant 10:00 et pas question de faire tourner une toute petite machine de linge ! Même la tentative de corruption de notre régisseur motivé ne parviendra pas à la détourner de son intransigeance. Nous voici condamnés à travailler toute la matinée avec nos affaires perso en bandoulière, sans être douchés, et avec la perspective de remonter à bord du catamaran demain avec le même linge sale juste avant une nouvelle nuit en mer pour rejoindre Nuku Hiva puis aborder trois longs jours de transhumance à travers les fuseaux horaires… En prime, son mari, façon bouledogue nous accueille en aboyant « si vous avez des chaussures sales vous pouvez les passer au tuyau d’arrosage ici ! », genre vade retro les crados !… Nous avons beau avoir l’air un peu lépreux, nous savons tout de même nous tenir.

Après tous les sourires, la bonne volonté, le courage, la coopération et surtout la gentillesse et le sens de l’accueil des Marquisiens que nous avons rencontrés depuis huit jours, Hiva Oa est une déception qui va se confirmer tout au long de la journée.

Nous préférons partir tout de suite en repérage, et sautons dans un 4×4 pour filer sur les pistes vers l’Ouest (photo en tête d’article) puis au Nord. Mais malgré toute sa bonne volonté, Patrick aura du mal à trouver un beau paysage qui soit dégagé des poteaux électriques et des antennes satellites diverses et variées. Et quand le paysage se dégage, c’est le ciel qui s’obscurcit : les nuages s’agrippent en lambeaux sur les crêtes moussues et la lumière tombe d’un seul coup…

Quand vers 15:00 nous revenons vers Atuona, la faim au ventre, c’est pour découvrir qu’aucun snack ou restaurant n’est ouvert avant 18:00 !… Strictement aucune source d’alimentation, sauf des crackers. Dans la superette un seul gâteau coco traditionnel nous sert de bouée de sauvetage, juste au cas où… Stéphane passe un petit coup de fil d’urgence au cuisinier de notre catamaran qui rechigne un peu, puis daigne nous faire passer par le zodiac deux sandwiches chacun. Il nous faudra encore une heure pour les récupérer, et nous découvrirons, dépités, un sandwich au pâté en boîte (façon pâtée pour chat, vous connaissez ?) avec des rondelles de tomates (comment un cuisinier peut-il concevoir une telle faute de goût ?!) et un sandwich à l’omelette !!! Quoiqu’il en soit, affamés, nous avons englouti ce piteux goûter.

Si nos plongeurs qui nous rejoignent en même temps que les sandwiches (ils font les livreurs) ont été plus chanceux que nous dans leur recherche, ils déplorent tout de même une eau peu claire et un manque de faune. Et au dîner, deux heures plus tard, alors qu’une fièvre sournoise commence à grignoter chacune de mes terminaisons nerveuses, nous sommes tous d’accord pour convenir qu’Hiva Oa n’est pas la plus belle ni surtout la plus accueillante des Marquises.

D’ailleurs un Marquisien de Nuku Hiva m’a dit au début de notre séjour : « nous les Marquisiens, nous en avons un peu marre de savoir que le monde entier ne nous connaît que pour un cimetière, et il n’est même pas sur la plus belle île ! ». Il a raison. Brel et Gauguin auraient mieux fait de choisir un autre endroit pour y être enterrés !

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