Fáskrúðsfjörður, le village islandais des pêcheurs français
by Marie-Ange Ostré
16 juin 2026
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Fáskrúðsfjörður, un nom imprononçable pour un village qui cache une histoire française méconnue. Entre 1880 et 1935, des milliers de marins bretons et flamands y faisaient escale, y étaient soignés, et parfois y mouraient. Un musée, un ancien hôpital, un cimetière de 49 tombes : j’y suis allée en quête d’histoire…
Au 7ème jour de mon second voyage en Islande je quitte vers 10h ce matin le bourg de Höfn, petit port réputé pour la pêche au homard, après un excellent dîner la veille au restaurant Pakkhús (prenez note de cet établissement !).
J’ai remonté la côte vers l’Est en empruntant la route 1 qui fait le tour de l’Islande, en faisant deux haltes :
– la première pour aller voir la petite cascade de Skútafoss, à une centaine de mètres d’un petit parking. Discrète, moins connue que ses rivales plus tapageuses dans le Cercle d’Or, elle reste photogénique (même si un petit bâtiment technique amoindrit son charme en s’approchant). Cette cascade est l’entrée d’un sentier de randonnée pour remonter plus haut. Mais comme vous le devinez sur cette photo, il pleuvait et… j’avais un autre objectif ce jour-là.
– la seconde halte s’est faite quelques kilomètres plus loin, devant une pierre dressée commémorant Úlfljótur (ou Úlfljótr en ancien norvégien). Il aurait été le premier porte-parole législatif, envoyé en Norvège par les chefs de clans Viking entre 927–930 avant J.-C.. Après avoir étudié les lois pendant 3 ans, il serait revenu en Islande et aurait aidé à établir le cadre juridique du parlement en Islande, qui s’est instauré à Þingvellir dès 930. La pierre est commémorative, symbolique. Une photo et puis s’en va…
Je longe la côte volcanique de l’Islande, battue par les vents féroces de l’Atlantique même si un rayon de soleil se montre parfois pendant une minute, le temps d’une photo.
Très vite, des chutes de neige chahutées par les vents tourbillonnants qui balaient la côte surprennent au sortir des longs tunnels qui émaillent cette route 1.
Passé le premier long tunnel il y a peu de dégagements pour garer la voiture et prendre quelques photos. Par ailleurs… la météo est peu favorable : bourrasques si violentes que je peine à ouvrir la portière, et je peine ensuite pour me tenir debout et pour maintenir l’appareil photo dont il faut nettoyer l’objectif obstrué par des flocons de neige gros comme des oeufs de caille ! (J’exagère un peu, mais tout de même… vous avez l’ambiance.)
Vous êtes sur un blog de voyages, avec priorité à la photo : cliquez sur une photo pour l’afficher en grand format sur votre écran, puis passez de l’une à l’autre. C’est aussi la raison pour laquelle ce blog est conçu pour un affichage de préférence sur ordinateur ou sur tablette.
Rudesse du paysage, adoucie par la vision de quelques rennes au loin.
L’une des applications que j’utilise sur mon iPhone se met à biper : alerte blizzard ! Au moins je peux mettre un nom sur ce climat !
On estime que 5 000 marins français périrent dans les eaux islandaises…
J’atteins à 13h le village qui a motivé une partie de ce second voyage en Islande. La neige s’est transformée en pluie glacée, qui jette un voile gris sur ce qu’il reste d’un petit port de pêche.
En garant ma voiture de location je ne peux m’empêcher d’hésiter : dois-je patienter encore un peu en espérant une éclaircie sur ce village qui semble endormi, ou vais-je affronter le vent et le froid pour tenter de trouver le petit musée de ce village que j’ai déniché sur Google il y a déjà quelques années ?
À gauche, le fjord avec les parcs aquacoles en mer, à droite un bateau de pêche à quai sur le parking du petit port de Fáskrúðsfjörður.
Je prends mon courage à deux mains, je ne suis pas venue jusqu’ici en quête d’histoire pour renoncer face au mauvais temps que nombre de nos ancêtres ont affronté sans autre choix que celui de survivre !
Parce que, oui, je suis ici au nom de certains de mes ancêtres…
Si j’ai foulé le sol d’environ 82 pays avec toujours la même soif de découvrir, j’effectue parallèlement depuis quelques décennies un voyage différent mais tout aussi enrichissant : un voyage au long cours également, celui qui me fait remonter le passé, au fil des siècles parcourus sur les pages des registres paroissiaux. Mon voyage dans le temps s’inscrit dans ma recherche des ancêtres familiaux, au gré de mes découvertes généalogiques.
Parmi ces ancêtres – et leur collatéraux – je compte quelques capitaines au long cours qui ont navigué au-delà des caps du grand Sud. Plus près de notre siècle, quelques marins plus anonymes qui ont perdu la vie en mer, ou en escale dans un port africain. Et puis mon grand-père maternel, mousse dès l’âge de 14 ans au départ du Havre.
En obtenant son relevé de carrière j’ai pu retrouver les escales de certains des bateaux sur lesquels il a navigué pendant plus de vingt-cinq ans. Et j’ai découvert que pendant son temps de service militaire son Aviso escortait – et ravitaillait – les bateaux de celle que l’on appelait encore en 1937 « la Grande Pêche », la pêche à la morue.
En 1937 cette pêche avait été interdite depuis quelques années par le royaume du Danemark qui contrôlait encore les eaux islandaises. Officiellement la France pêchait alors du côté de Terre-Neuve.
L’Islande se trouvait sur sa route.
Alors quand j’ai découvert pendant la préparation de ce second voyage en Islande qu’il existait un village au fond d’un fjord qui avait accueilli, et soigné, des pêcheurs français (et quelques belges) en Islande pendant quelques décennies… j’ai ajouté cette étape sur mon itinéraire bien sûr.
Je voulais en apprendre davantage sur la vie à bord de ces marins aguerris. Il était donc temps de m’extirper de ma voiture de location et d’affronter la pluie pour pousser la porte de ce musée dont on trouve encore peu d’illustrations sur Internet.
Fáskrúðsfjörður n’est pas bien grand, une rue principale traverse ce gros village, deux ou trois rues s’élèvent à flanc de colline.
Vous ne les avez pas lus ? Voici quelques-uns de mes articles au sujet de mes voyages en Islande :
Il faut pousser la porte d’entrée d’un hôtel pour découvrir l’exposition consacrée à nos pêcheurs français en Islande. L’accueil charmant d’une réceptionniste surprise et heureuse d’accueillir une Française, et je découvre ce qui ressemble à une salle d’attente d’hôpital, un peu froide, de la fin du XIXème, début du XXème siècle. Quelques instruments médicaux de base (admirez la taille des seringues…), le livre des admissions de patients islandais, et je descends quelques marches pour en apprendre davantage.
C’est pendant cette visite que m’est venue l’idée de rédiger cet article que je vous livre aujourd’hui : quand j’ai lu la liste des 30 marins français inhumés dans le cimetière à la sortie du village, j’ai songé qu’il me fallait témoigner, montrer à ceux qui ne peuvent se déplacer, et qui seront peut-être heureux de découvrir ici la photo d’une plaque de bronze indiquant le nom de LEUR grand-père, ou arrière-grand-père.
Faisons ensemble le tour de cette exposition abritée par l’ancien hôpital français à Fáskrúðsfjörður.
Cliquez sur une photo pour l’afficher en grand format.
Les informations que je vous livre ci-dessous sont une compilation de ce que j’ai noté sur place, des inscriptions sur les pancartes explicatives, de quelques recherches complémentaires sur Internet aujourd’hui, et surtout issues d’un petit livre qui m’a été remis par la responsable de l’exposition (en anglais, il doit être réédité prochainement).
Voici ce que j’ai appris lors de cette visite, et ce que j’ai compilé ensuite pour vous :
1. Le village — Présentation générale
Nom islandais : Fáskrúðsfjörður Nom français d’usage historique : Búðir (également appelé « le quartier français ») Situation géographique : village de l’est de l’Islande (Austurland), situé sur la rive nord, au fond du fjord du même nom Population actuelle : environ 700 habitants Municipalité : Fjarðabyggð (qui regroupe plusieurs localités de l’est de l’Islande) Jumelage : la ville est jumelée avec Gravelines, sur la Côte Nord de la France (à 1 828 km de distance)
2. Les pêcheurs français en Islande — Contexte historique
Les origines de la pêche française en Islande
On pense que les Français fréquentèrent les eaux islandaises dès le XVIème siècle. Pendant près de 400 ans – depuis le XVIème siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, puis jusqu’en 1935 -, des marins français venaient pêcher la morue dans ces eaux poissonneuses.
Les ports d’origine de ces marins étaient notamment : Dunkerque, Paimpol, Saint-Brieuc, Binic, Gravelines, Fécamp, Calais, Saint-Malo et Lorient.
L’apogée des campagnes de pêche
Les campagnes de pêche françaises connurent leur apogée entre 1880 et 1914. À titre de mesure, en 1886, la valeur marchande de la pêche française équivalait aux recettes de l’État islandais durant les 93 années précédentes, un chiffre qui donne la mesure de l’importance économique de cette activité.
On estime que chaque hiver, entre 4 000 et 5 000 marins-pêcheurs venaient à Fáskrúðsfjörður. Des chiffres difficiles à confirmer de nos jours.
La fin de la pêche française en Islande
En 1935, le Danemark – qui administrait alors l’Islande – interdit définitivement la pêche dans les eaux islandaises à tous les pêcheurs non islandais. Les pêcheurs français quittèrent alors l’île. Les dernières goélettes françaises ont touché terre à Fáskrúðsfjörður vers 1930.
3. Les routes maritimes — Depuis la France vers l’Islande
Les marins bretons suivaient une route qui contournait l’Irlande par l’ouest. Les plus téméraires empruntaient, pour gagner du temps, le canal Saint-Georges, entre la Grande-Bretagne et l’Irlande.
Les Flamands, quant à eux, passaient par le nord de la Grande-Bretagne, entre les îles Shetland et les Orcades.
Deux jours de navigation toutes voiles dehors après avoir laissé derrière eux les côtes anglaises, puis route vers l’est et le sud de l’Islande.
Les conditions en mer étaient extrêmement éprouvantes :
• chaque matin, il fallait briser la glace qui enveloppait les mâts, les cordages et le pont.
• des icebergs dérivants provoquaient du brouillard, accentuant le danger de collision avec ces montagnes de glace, mais aussi avec d’autres navires.
4. Le rôle de Fáskrúðsfjörður pour les marins français
Le village de Fáskrúðsfjörður était, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, l’un des principaux ports d’attache des marins français sur les côtes islandaises.
Il servait à la fois de :
• port de ravitaillement : matériel, provisions, sel
• lieu d’échange avec un navire venu de France (courrier, matériel)
• lieu de résidence principale durant l’hiver (mais jamais comme une colonie française)
• centre logistique des campagnes de pêche dans les eaux islandaises.
5. Les infrastructures françaises à Fáskrúðsfjörður
Chronologie des constructions
1850 — Les autorités françaises demandent au gouvernement danois l’autorisation de construire des hôpitaux et d’autres installations en Islande.
1896 — Construction d’un abri des malades à Fáskrúðsfjörður.
1897 — Érection d’une infirmerie par la Société des Œuvres de Mer, organisme caritatif qui se consacre encore aujourd’hui à l’assistance des marins français loin de leur pays. (l’infirmerie originale, située au n°8 de la rue du port – Hafnargata -, est aujourd’hui une maison privée portant le nom de « Grund ». Une réplique aussi fidèle que possible, achevée en 2014, fait fonction d’hôtel.)
1903-1904 — Construction de l’Hôpital français (Faskrudsfjördur Franz Hospital), sous la direction du Docteur Georg Georgsson (en poste de 1903 à 1912), secondé par Mademoiselle Baudet, infirmière détachée des hôpitaux de Paris.
1907 — Construction de la Maison du Docteur, de l’autre côté de la rue.
1923 — La chapelle est déconsacrée et transportée plus haut dans le village.
Ce qu’était l’hôpital français à sa construction
L’hôpital de Fáskrúðsfjörður fut le premier hôpital construit en Islande avec du bois importé de Norvège. Il était équipé de commodités totalement inconnues des Islandais à cette époque :
• 20 lits de malades,
• une pharmacie,
• une salle d’attente,
• un bloc opératoire,
• des instruments et dispositifs médicaux à technologie très avancée pour l’époque,
• de l’eau courante distribuée par plomberie et robinets,
• des égouts et toilettes à chasse d’eau avec fosse septique,
• un générateur d’électricité au diesel.
Ces hôpitaux étaient destinés aux pêcheurs français, mais également ouverts à la population islandaise.
Les trois hôpitaux français d’Islande
La Société des Hôpitaux Français d’Islande construisit trois hôpitaux en Islande :
1 Reykjavik – toujours debout, dans la rue Frakkastígur,
2 Dans les îles Vestmann – rasé en 1989,
3 Fáskrúðsfjörður – restauré, objet de cet article.
6. Le destin mouvementé de l’hôpital français
Après la fin de la pêche française, l’hôpital connut une longue vie nomade :
• après 1935 : transformé en école dans le village de Búðir
• 1939 : démonté planche par planche, transporté par bateau et reconstruit à Hafnarnes (village situé à l’autre bout du fjord)
• à Hafnarnes : devient une maison de cinq appartements pour les pêcheurs établis sur place, puis une école
• vers 1965 : départ des pêcheurs ; le bâtiment reste à l’abandon pendant plusieurs décennies
• 2006 : la société Minjavernd décide et entreprend le projet de restauration et de transfert
• 2010 : retour du bâtiment dans le village de Búðir
• 2011 : début de la reconstruction
• 2014 : achèvement des travaux, l’ensemble devient hôtel, restaurant et musée.
La société Minjavernd assura également :
• la reconstitution de l’infirmerie (construite en 1896)
• la remise en place de la vieille chapelle, déconsacrée et déplacée en 1923
• la construction d’un bâtiment annexe neuf destiné à l’hébergement
• la liaison de l’hôpital à la Maison du Docteur par un passage souterrain, sous la rue Hafnargata.
7. Le musée — Fransmenn á Íslandi (Musée des Français en Islande)
Le musée occupe :
• le sous-sol de l’hôpital français
• la Maison du Docteur (construite en 1907)
• le tunnel souterrain qui relie les deux bâtiments sous la rue
Ce tunnel a été équipé et décoré pour reconstituer l’intérieur d’un voilier de pêche français, permettant aux visiteurs d’imaginer les conditions difficiles dans lesquelles vivaient et travaillaient les marins.
Accompagné d’un fond sonore qui restitue le bruit du vent, le claquement des voiles et quelques cris à bord… c’est émouvant.
L’exposition retrace l’histoire de la pêche « en Islande » et des Bretons et Flamands qui en vivaient, à travers photographies d’époque, objets des marins et documents d’archives. Les panneaux sont rédigés en islandais et en français.
Aujourd’hui, la chaîne hôtelière Fosshotel gère le Fosshotel Eastfjords à l’intérieur de l’hôpital français, de la Maison du Docteur et de l’infirmerie, restaurés aussi fidèlement que possible dans leur état d’origine. Des chambres sont disponibles dans les trois bâtiments.
Au rez-de-chaussée de l’hôpital se trouve un restaurant avec vue sur le fjord, proposant une cuisine française et islandaise mettant en valeur les produits de la mer et du terroir local. La réception de l’hôtel est à l’entrée de la Maison du Docteur.
8. Le lourd tribut humain
Pendant les cent dernières années de cette pêche – de 1828 à 1930 – le bilan humain fut tragique :
• on estime que 5 000 marins français périrent dans les eaux islandaises,
• plus de 400 goélettes (voiliers à deux mâts adaptés à la pêche aux latitudes nord) auraient sombré.
9. Le cimetière des marins français — Krossar
Le cimetière de Krossar (cimetière français) se situe à la sortie est du village, à proximité du fjord.
Il compte 49 tombes de marins pêcheurs, majoritairement Français, et quelques Belges :
• 30 tombes identifiées,
• 19 tombes de marins inconnus.
Dans les années 1950, le cimetière qui menaçait de glisser vers le fjord fut nivelé, et un socle fut cimenté sous le monument aux morts. Sur ce socle furent portés les noms connus des marins enterrés, ainsi qu’un poème d’André Cantel.
De vous à moi… on m’a confié sur place que les tombes identifiées ne le sont pourtant pas toutes avec une certitude absolue : les conditions météorologiques, le sol meuble près de l’eau, peu de traces écrites,… Il est possible que certains corps ne soient pas ceux dont les noms sont inscrits ici. Même s’il est certain que les marins inscrits ont bien été ensevelis dans ce cimetière. En fait, ce cimetière a compté plus d’inhumations que ce qu’il en reste écrit de nos jours.
De nombreux autres cimetières de marins français ont été observés sur les côtes islandaises, témoignant de l’ampleur du tribut humain payé lors de ces campagnes.
Les deux photos montrant les plaques de bronze sont issues du site web de Aly Abbara qui a consacré un article à ce village..
10. L’héritage qui subsiste aujourd’hui
• Panneaux de rue bilingues islandais-français dans le village,
• Jumelage avec la ville de Gravelines (Nord de la France),
• Franskir dagar / French Days : fête annuelle célébrant l’amitié franco-islandaise (édition 2025 : du 16 au 20 juillet),
• Visites guidées locales entretenant la mémoire de ce passé.
Conclusion de ma visite du village Fáskrúðsfjörður
La visite du musée se fait à votre rythme, sans précipitation. D’autant qu’il y a des mises en scène, du son et lumières : vous entendrez rugir le vent dans les voiles dans une salle, vous regarderez un film retraçant les conditions de vie à bord de ces marins soumis à rude épreuve.
J’ai réussi à prendre des photos de celles qui sont projetées. Je les ai retouchées autant que possible sur mon ordinateur et je vous les livre ici : j’espère que certains d’entre vous y reconnaîtront leur grand-père ou arrière-grand-père. Je vous laisse observer ces visages rudes, ces jeunes mousses, et l’équipement sommaire de ces goélettes.
J’ai réduit les dimensions de ces photos afin qu’elles soient adaptées à la lecture sur ce blog. Néanmoins je peux les fournir en plus grandes dimensions à ceux qui le souhaiteraient, sur demande dans la partie Commentaires au bas de cet article. Je n’ai malheureusement pas le nom de l’auteur (ou des auteurs) de ces photographies.
Vous traverserez la coursive principale de l’un de ces bateaux, avec ses couchettes étroites de chaque côté, et très peu de lumière (ici encore j’ai retouché les photos pour que vous puissiez avoir une idée un peu plus « claire » de la vie à bord).
Et puis la liste de ces marins inhumés au cimetière de Krossar, en sortant du village de Fáskrúðsfjörður. Leur nom, leur date de décès (quand elle est connue), le nom de leur bateau (même remarque).
Je savais déjà avant de venir qu’il y avait peu de chances pour que je reconnaisse le nom de l’un de mes ancêtres sur ces plaques de bronze. Pourtant, chaque généalogiste espère toujours trouver un nom qui le reliera au passé, j’ai donc lu ces noms un par un pour m’en assurer. Et je les ai photographiés pour permettre à d’autres généalogistes d’en faire autant plus tard.
Pour mes ancêtres marins, la période ne coïncide pas. En ce qui concerne mon grand-père, que j’ai bien connu, je ne sais toujours pas avec certitude s’il a fait halte ici dans ce village ; pourtant il y a de fortes chances pour qu’il ait foulé le sol islandais au gré d’une escale technique tout comme il a rapporté des photos le montrant aux côtés de femmes Inuits en costume traditionnel (vers 1930). À ce jour je n’ai pourtant trouvé nulle trace d’escales au Groënland pour lui. Alors le doute m’est permis en ce qui concerne l’Islande…
De toute évidence, ce cimetière au bord du fjord mérite que l’on s’y arrête quelques minutes, ne serait-ce que pour un hommage silencieux à ces hommes de courage.
Comme moi, vous reprendrez ensuite la route pour retraverser le village, et remonter vers le Nord par la route 1, et rejoindre la ville d’Egilsstaðir. À proximité je profiterai pendant quelques heures des bains thermaux à ciel ouvert de Vök, une halte fort appréciée même par – 2° et sous la neige !
Avez-vous déjà pris un bain dans un bassin thermal d’eau fumante et coiffé.e d’un bonnet de laine ? Essayez !
Quelques détails purement pratiques :
vous trouverez peu d’options pour déjeuner sur place, autre que la station essence à l’entrée du village, avant de reprendre la route vers le Nord (en empruntant ce long tunnel de plus de 5km de long). Vous y trouverez de quoi manger sur le pouce, notamment des hot-dogs.
ou bien il faut réserver à l’avance au restaurant du Fosshotel Eastfjords (qui abrite le musée). À la mi-mai, sans clients à l’hôtel, le restaurant était fermé en ce lundi.
petit détail gourmand : si la station-essence vous servira un hot-dog de qualité passable, vous y trouverez aussi quelques sucreries tel ce chocolat au lait à la réglisse (photo ci-dessous) ! Les Islandais apprécient la réglisse, même en crèmes glacées, et l’alliance du chocolat au lait avec la réglisse est presque inédite (pour une accro au chocolat), alors goûtez !
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FAQ – Visiter le village islandais Fáskrúðsfjörður, recherches en généalogie
1. Comment savoir si un ancêtre marin est enterré au cimetière de Fáskrúðsfjörður ?
Le cimetière de Krossar recense 30 marins identifiés sur 49 tombes. La liste des noms est visible sur place sur le socle du monument aux morts. Le musée Fransmenn á Íslandi conserve également des archives et un livre des admissions de patients. 2. Peut-on visiter l’ancien hôpital français en Islande ?
Oui. L’hôpital a été restauré et abrite aujourd’hui le Fosshotel Eastfjords, un hôtel avec restaurant. Le musée est accessible au rez-de-chaussée et dans le tunnel souterrain reliant l’hôpital à la Maison du Docteur. 3. De quels ports français venaient les pêcheurs qui faisaient escale à Fáskrúðsfjörður ?
Principalement de Paimpol, Saint-Malo, Dunkerque, Fécamp, Gravelines, Lorient, Binic, Calais et Saint-Brieuc ; soit les grands ports de pêche de Bretagne et du Nord de la France. 4. Pourquoi la pêche française en Islande a-t-elle cessé ?
En 1935, le Danemark, qui administrait alors l’Islande, interdit définitivement la pêche dans ses eaux aux non-Islandais. Les dernières goélettes françaises avaient quitté Fáskrúðsfjörður aux alentours de 1930. 5. Y a-t-il des événements commémoratifs à Fáskrúðsfjörður ?
Chaque été, le village organise les Franskir dagar (French Days), une fête célébrant l’amitié franco-islandaise. Le village est par ailleurs jumelé avec la ville de Gravelines, dans le Nord de la France.
Envie d’en apprendre davantage sur mes deux voyages en Islande (2007 et 2023) ? Voici quelques pistes à explorer :
Mes photos sur l’Islande : chez500px.com, Getty Images, et surtout chez Picfair pour des impressions à suspendre sur vos murs, et sur mon portfolio pour des impressions et des objets dérivés (puzzles, etc…).
Après mon premier voyage en Islande j’ai aussi découvert le Groënland, par la suite je suis retournée en Norvège.
Voyage non sponsorisé : les recommandations que je fais (hôtel, restaurants, prestataires) sont spontanées et sincères (vous le découvrirez en lisant). D’ailleurs même en voyage sponsorisé j’ai toujours appliqué ma règle d’auteure sur ce blog : j’aime, j’en parle. Je n’aime pas, je n’en parle pas. Mes sponsors le savent et l’acceptent en toute bonne foi. Si vous souhaitez davantage de détails sur ces prestataires n’hésitez pas à poser votre question dans l’espace Commentaires au bas de cette page. Les tarifs étant vite obsolètes je vous invite à cliquer sur les liens placés dans les articles pour accéder aux sites web afférents, vous y trouverez sans doute aussi des offres spéciales et ponctuelles.
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Blogueuse voyage depuis 2004, auteure, photographe, éditrice du magazine Repérages Voyages (en ligne, gratuit). Française, j’ai exploré 82 pays au fil des ans et vécu en différents endroits de notre belle planète (La Réunion, île Maurice, Suisse, Indonésie, Espagne). Très attachée au ton « journal de bord » plutôt qu’à une liste d’infos pratiques. Mon objectif ? Partager mes expériences de voyages avec ceux qui n’ont pas la possibilité de partir aussi souvent.
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Fáskrúðsfjörður, un nom imprononçable pour un village qui cache une histoire française méconnue. Entre 1880 et 1935, des milliers de marins bretons et flamands y faisaient escale, y étaient soignés, et parfois y mouraient. Un musée, un ancien hôpital, un cimetière de 49 tombes : j’y suis allée en quête d’histoire…
Au 7ème jour de mon second voyage en Islande je quitte vers 10h ce matin le bourg de Höfn, petit port réputé pour la pêche au homard, après un excellent dîner la veille au restaurant Pakkhús (prenez note de cet établissement !).
J’ai remonté la côte vers l’Est en empruntant la route 1 qui fait le tour de l’Islande, en faisant deux haltes :
– la première pour aller voir la petite cascade de Skútafoss, à une centaine de mètres d’un petit parking. Discrète, moins connue que ses rivales plus tapageuses dans le Cercle d’Or, elle reste photogénique (même si un petit bâtiment technique amoindrit son charme en s’approchant). Cette cascade est l’entrée d’un sentier de randonnée pour remonter plus haut. Mais comme vous le devinez sur cette photo, il pleuvait et… j’avais un autre objectif ce jour-là.
– la seconde halte s’est faite quelques kilomètres plus loin, devant une pierre dressée commémorant Úlfljótur (ou Úlfljótr en ancien norvégien). Il aurait été le premier porte-parole législatif, envoyé en Norvège par les chefs de clans Viking entre 927–930 avant J.-C.. Après avoir étudié les lois pendant 3 ans, il serait revenu en Islande et aurait aidé à établir le cadre juridique du parlement en Islande, qui s’est instauré à Þingvellir dès 930. La pierre est commémorative, symbolique. Une photo et puis s’en va…
Je longe la côte volcanique de l’Islande, battue par les vents féroces de l’Atlantique même si un rayon de soleil se montre parfois pendant une minute, le temps d’une photo.
Très vite, des chutes de neige chahutées par les vents tourbillonnants qui balaient la côte surprennent au sortir des longs tunnels qui émaillent cette route 1.
Passé le premier long tunnel il y a peu de dégagements pour garer la voiture et prendre quelques photos. Par ailleurs… la météo est peu favorable : bourrasques si violentes que je peine à ouvrir la portière, et je peine ensuite pour me tenir debout et pour maintenir l’appareil photo dont il faut nettoyer l’objectif obstrué par des flocons de neige gros comme des oeufs de caille ! (J’exagère un peu, mais tout de même… vous avez l’ambiance.)
Vous êtes sur un blog de voyages, avec priorité à la photo : cliquez sur une photo pour l’afficher en grand format sur votre écran, puis passez de l’une à l’autre. C’est aussi la raison pour laquelle ce blog est conçu pour un affichage de préférence sur ordinateur ou sur tablette.
Rudesse du paysage, adoucie par la vision de quelques rennes au loin.
L’une des applications que j’utilise sur mon iPhone se met à biper : alerte blizzard ! Au moins je peux mettre un nom sur ce climat !
(j’énumère les apps utiles en Islande dans mon article dédié à la préparation de votre prochain voyage : Avant de partir en voyage en Islande)
On estime que 5 000 marins français périrent dans les eaux islandaises…
J’atteins à 13h le village qui a motivé une partie de ce second voyage en Islande. La neige s’est transformée en pluie glacée, qui jette un voile gris sur ce qu’il reste d’un petit port de pêche.
En garant ma voiture de location je ne peux m’empêcher d’hésiter : dois-je patienter encore un peu en espérant une éclaircie sur ce village qui semble endormi, ou vais-je affronter le vent et le froid pour tenter de trouver le petit musée de ce village que j’ai déniché sur Google il y a déjà quelques années ?
À gauche, le fjord avec les parcs aquacoles en mer, à droite un bateau de pêche à quai sur le parking du petit port de Fáskrúðsfjörður.
Je prends mon courage à deux mains, je ne suis pas venue jusqu’ici en quête d’histoire pour renoncer face au mauvais temps que nombre de nos ancêtres ont affronté sans autre choix que celui de survivre !
Parce que, oui, je suis ici au nom de certains de mes ancêtres…
Si j’ai foulé le sol d’environ 82 pays avec toujours la même soif de découvrir, j’effectue parallèlement depuis quelques décennies un voyage différent mais tout aussi enrichissant : un voyage au long cours également, celui qui me fait remonter le passé, au fil des siècles parcourus sur les pages des registres paroissiaux. Mon voyage dans le temps s’inscrit dans ma recherche des ancêtres familiaux, au gré de mes découvertes généalogiques.
Parmi ces ancêtres – et leur collatéraux – je compte quelques capitaines au long cours qui ont navigué au-delà des caps du grand Sud. Plus près de notre siècle, quelques marins plus anonymes qui ont perdu la vie en mer, ou en escale dans un port africain. Et puis mon grand-père maternel, mousse dès l’âge de 14 ans au départ du Havre.
En obtenant son relevé de carrière j’ai pu retrouver les escales de certains des bateaux sur lesquels il a navigué pendant plus de vingt-cinq ans. Et j’ai découvert que pendant son temps de service militaire son Aviso escortait – et ravitaillait – les bateaux de celle que l’on appelait encore en 1937 « la Grande Pêche », la pêche à la morue.
En 1937 cette pêche avait été interdite depuis quelques années par le royaume du Danemark qui contrôlait encore les eaux islandaises. Officiellement la France pêchait alors du côté de Terre-Neuve.
L’Islande se trouvait sur sa route.
Alors quand j’ai découvert pendant la préparation de ce second voyage en Islande qu’il existait un village au fond d’un fjord qui avait accueilli, et soigné, des pêcheurs français (et quelques belges) en Islande pendant quelques décennies… j’ai ajouté cette étape sur mon itinéraire bien sûr.
Je voulais en apprendre davantage sur la vie à bord de ces marins aguerris. Il était donc temps de m’extirper de ma voiture de location et d’affronter la pluie pour pousser la porte de ce musée dont on trouve encore peu d’illustrations sur Internet.
Fáskrúðsfjörður n’est pas bien grand, une rue principale traverse ce gros village, deux ou trois rues s’élèvent à flanc de colline.
Il faut pousser la porte d’entrée d’un hôtel pour découvrir l’exposition consacrée à nos pêcheurs français en Islande. L’accueil charmant d’une réceptionniste surprise et heureuse d’accueillir une Française, et je découvre ce qui ressemble à une salle d’attente d’hôpital, un peu froide, de la fin du XIXème, début du XXème siècle. Quelques instruments médicaux de base (admirez la taille des seringues…), le livre des admissions de patients islandais, et je descends quelques marches pour en apprendre davantage.
C’est pendant cette visite que m’est venue l’idée de rédiger cet article que je vous livre aujourd’hui : quand j’ai lu la liste des 30 marins français inhumés dans le cimetière à la sortie du village, j’ai songé qu’il me fallait témoigner, montrer à ceux qui ne peuvent se déplacer, et qui seront peut-être heureux de découvrir ici la photo d’une plaque de bronze indiquant le nom de LEUR grand-père, ou arrière-grand-père.
Faisons ensemble le tour de cette exposition abritée par l’ancien hôpital français à Fáskrúðsfjörður.
Cliquez sur une photo pour l’afficher en grand format.
Les informations que je vous livre ci-dessous sont une compilation de ce que j’ai noté sur place, des inscriptions sur les pancartes explicatives, de quelques recherches complémentaires sur Internet aujourd’hui, et surtout issues d’un petit livre qui m’a été remis par la responsable de l’exposition (en anglais, il doit être réédité prochainement).
Voici ce que j’ai appris lors de cette visite, et ce que j’ai compilé ensuite pour vous :
1. Le village — Présentation générale
Nom islandais : Fáskrúðsfjörður Nom français d’usage historique : Búðir (également appelé « le quartier français ») Situation géographique : village de l’est de l’Islande (Austurland), situé sur la rive nord, au fond du fjord du même nom Population actuelle : environ 700 habitants Municipalité : Fjarðabyggð (qui regroupe plusieurs localités de l’est de l’Islande) Jumelage : la ville est jumelée avec Gravelines, sur la Côte Nord de la France (à 1 828 km de distance)
2. Les pêcheurs français en Islande — Contexte historique
Les origines de la pêche française en Islande
On pense que les Français fréquentèrent les eaux islandaises dès le XVIème siècle. Pendant près de 400 ans – depuis le XVIème siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, puis jusqu’en 1935 -, des marins français venaient pêcher la morue dans ces eaux poissonneuses.
Les ports d’origine de ces marins étaient notamment : Dunkerque, Paimpol, Saint-Brieuc, Binic, Gravelines, Fécamp, Calais, Saint-Malo et Lorient.
L’apogée des campagnes de pêche
Les campagnes de pêche françaises connurent leur apogée entre 1880 et 1914. À titre de mesure, en 1886, la valeur marchande de la pêche française équivalait aux recettes de l’État islandais durant les 93 années précédentes, un chiffre qui donne la mesure de l’importance économique de cette activité.
On estime que chaque hiver, entre 4 000 et 5 000 marins-pêcheurs venaient à Fáskrúðsfjörður. Des chiffres difficiles à confirmer de nos jours.
La fin de la pêche française en Islande
En 1935, le Danemark – qui administrait alors l’Islande – interdit définitivement la pêche dans les eaux islandaises à tous les pêcheurs non islandais. Les pêcheurs français quittèrent alors l’île. Les dernières goélettes françaises ont touché terre à Fáskrúðsfjörður vers 1930.
3. Les routes maritimes — Depuis la France vers l’Islande
Les marins bretons suivaient une route qui contournait l’Irlande par l’ouest. Les plus téméraires empruntaient, pour gagner du temps, le canal Saint-Georges, entre la Grande-Bretagne et l’Irlande.
Les Flamands, quant à eux, passaient par le nord de la Grande-Bretagne, entre les îles Shetland et les Orcades.
Deux jours de navigation toutes voiles dehors après avoir laissé derrière eux les côtes anglaises, puis route vers l’est et le sud de l’Islande.
Les conditions en mer étaient extrêmement éprouvantes :
• chaque matin, il fallait briser la glace qui enveloppait les mâts, les cordages et le pont.
• des icebergs dérivants provoquaient du brouillard, accentuant le danger de collision avec ces montagnes de glace, mais aussi avec d’autres navires.
4. Le rôle de Fáskrúðsfjörður pour les marins français
Le village de Fáskrúðsfjörður était, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, l’un des principaux ports d’attache des marins français sur les côtes islandaises.
Il servait à la fois de :
• port de ravitaillement : matériel, provisions, sel
• lieu d’échange avec un navire venu de France (courrier, matériel)
• lieu de résidence principale durant l’hiver (mais jamais comme une colonie française)
• centre logistique des campagnes de pêche dans les eaux islandaises.
5. Les infrastructures françaises à Fáskrúðsfjörður
Chronologie des constructions
1850 — Les autorités françaises demandent au gouvernement danois l’autorisation de construire des hôpitaux et d’autres installations en Islande.
1896 — Construction d’un abri des malades à Fáskrúðsfjörður.
1897 — Érection d’une infirmerie par la Société des Œuvres de Mer, organisme caritatif qui se consacre encore aujourd’hui à l’assistance des marins français loin de leur pays. (l’infirmerie originale, située au n°8 de la rue du port – Hafnargata -, est aujourd’hui une maison privée portant le nom de « Grund ». Une réplique aussi fidèle que possible, achevée en 2014, fait fonction d’hôtel.)
1903-1904 — Construction de l’Hôpital français (Faskrudsfjördur Franz Hospital), sous la direction du Docteur Georg Georgsson (en poste de 1903 à 1912), secondé par Mademoiselle Baudet, infirmière détachée des hôpitaux de Paris.
1907 — Construction de la Maison du Docteur, de l’autre côté de la rue.
1923 — La chapelle est déconsacrée et transportée plus haut dans le village.
Ce qu’était l’hôpital français à sa construction
L’hôpital de Fáskrúðsfjörður fut le premier hôpital construit en Islande avec du bois importé de Norvège. Il était équipé de commodités totalement inconnues des Islandais à cette époque :
• 20 lits de malades,
• une pharmacie,
• une salle d’attente,
• un bloc opératoire,
• des instruments et dispositifs médicaux à technologie très avancée pour l’époque,
• de l’eau courante distribuée par plomberie et robinets,
• des égouts et toilettes à chasse d’eau avec fosse septique,
• un générateur d’électricité au diesel.
Ces hôpitaux étaient destinés aux pêcheurs français, mais également ouverts à la population islandaise.
Les trois hôpitaux français d’Islande
La Société des Hôpitaux Français d’Islande construisit trois hôpitaux en Islande :
1 Reykjavik – toujours debout, dans la rue Frakkastígur,
2 Dans les îles Vestmann – rasé en 1989,
3 Fáskrúðsfjörður – restauré, objet de cet article.
6. Le destin mouvementé de l’hôpital français
Après la fin de la pêche française, l’hôpital connut une longue vie nomade :
• après 1935 : transformé en école dans le village de Búðir
• 1939 : démonté planche par planche, transporté par bateau et reconstruit à Hafnarnes (village situé à l’autre bout du fjord)
• à Hafnarnes : devient une maison de cinq appartements pour les pêcheurs établis sur place, puis une école
• vers 1965 : départ des pêcheurs ; le bâtiment reste à l’abandon pendant plusieurs décennies
• 2006 : la société Minjavernd décide et entreprend le projet de restauration et de transfert
• 2010 : retour du bâtiment dans le village de Búðir
• 2011 : début de la reconstruction
• 2014 : achèvement des travaux, l’ensemble devient hôtel, restaurant et musée.
La société Minjavernd assura également :
• la reconstitution de l’infirmerie (construite en 1896)
• la remise en place de la vieille chapelle, déconsacrée et déplacée en 1923
• la construction d’un bâtiment annexe neuf destiné à l’hébergement
• la liaison de l’hôpital à la Maison du Docteur par un passage souterrain, sous la rue Hafnargata.
7. Le musée — Fransmenn á Íslandi (Musée des Français en Islande)
Le musée occupe :
• le sous-sol de l’hôpital français
• la Maison du Docteur (construite en 1907)
• le tunnel souterrain qui relie les deux bâtiments sous la rue
Ce tunnel a été équipé et décoré pour reconstituer l’intérieur d’un voilier de pêche français, permettant aux visiteurs d’imaginer les conditions difficiles dans lesquelles vivaient et travaillaient les marins.
Accompagné d’un fond sonore qui restitue le bruit du vent, le claquement des voiles et quelques cris à bord… c’est émouvant.
L’exposition retrace l’histoire de la pêche « en Islande » et des Bretons et Flamands qui en vivaient, à travers photographies d’époque, objets des marins et documents d’archives. Les panneaux sont rédigés en islandais et en français.
Aujourd’hui, la chaîne hôtelière Fosshotel gère le Fosshotel Eastfjords à l’intérieur de l’hôpital français, de la Maison du Docteur et de l’infirmerie, restaurés aussi fidèlement que possible dans leur état d’origine. Des chambres sont disponibles dans les trois bâtiments.
Au rez-de-chaussée de l’hôpital se trouve un restaurant avec vue sur le fjord, proposant une cuisine française et islandaise mettant en valeur les produits de la mer et du terroir local. La réception de l’hôtel est à l’entrée de la Maison du Docteur.
8. Le lourd tribut humain
Pendant les cent dernières années de cette pêche – de 1828 à 1930 – le bilan humain fut tragique :
• on estime que 5 000 marins français périrent dans les eaux islandaises,
• plus de 400 goélettes (voiliers à deux mâts adaptés à la pêche aux latitudes nord) auraient sombré.
9. Le cimetière des marins français — Krossar
Le cimetière de Krossar (cimetière français) se situe à la sortie est du village, à proximité du fjord.
Il compte 49 tombes de marins pêcheurs, majoritairement Français, et quelques Belges :
• 30 tombes identifiées,
• 19 tombes de marins inconnus.
Dans les années 1950, le cimetière qui menaçait de glisser vers le fjord fut nivelé, et un socle fut cimenté sous le monument aux morts. Sur ce socle furent portés les noms connus des marins enterrés, ainsi qu’un poème d’André Cantel.
De vous à moi… on m’a confié sur place que les tombes identifiées ne le sont pourtant pas toutes avec une certitude absolue : les conditions météorologiques, le sol meuble près de l’eau, peu de traces écrites,… Il est possible que certains corps ne soient pas ceux dont les noms sont inscrits ici. Même s’il est certain que les marins inscrits ont bien été ensevelis dans ce cimetière. En fait, ce cimetière a compté plus d’inhumations que ce qu’il en reste écrit de nos jours.
De nombreux autres cimetières de marins français ont été observés sur les côtes islandaises, témoignant de l’ampleur du tribut humain payé lors de ces campagnes.
Les deux photos montrant les plaques de bronze sont issues
du site web de Aly Abbara qui a consacré un article à ce village..
10. L’héritage qui subsiste aujourd’hui
• Panneaux de rue bilingues islandais-français dans le village,
• Jumelage avec la ville de Gravelines (Nord de la France),
• Franskir dagar / French Days : fête annuelle célébrant l’amitié franco-islandaise (édition 2025 : du 16 au 20 juillet),
• Visites guidées locales entretenant la mémoire de ce passé.
Conclusion de ma visite du village Fáskrúðsfjörður
La visite du musée se fait à votre rythme, sans précipitation. D’autant qu’il y a des mises en scène, du son et lumières : vous entendrez rugir le vent dans les voiles dans une salle, vous regarderez un film retraçant les conditions de vie à bord de ces marins soumis à rude épreuve.
J’ai réussi à prendre des photos de celles qui sont projetées. Je les ai retouchées autant que possible sur mon ordinateur et je vous les livre ici : j’espère que certains d’entre vous y reconnaîtront leur grand-père ou arrière-grand-père. Je vous laisse observer ces visages rudes, ces jeunes mousses, et l’équipement sommaire de ces goélettes.
J’ai réduit les dimensions de ces photos afin qu’elles soient adaptées à la lecture sur ce blog. Néanmoins je peux les fournir en plus grandes dimensions à ceux qui le souhaiteraient, sur demande dans la partie Commentaires au bas de cet article. Je n’ai malheureusement pas le nom de l’auteur (ou des auteurs) de ces photographies.
Vous traverserez la coursive principale de l’un de ces bateaux, avec ses couchettes étroites de chaque côté, et très peu de lumière (ici encore j’ai retouché les photos pour que vous puissiez avoir une idée un peu plus « claire » de la vie à bord).
Et puis la liste de ces marins inhumés au cimetière de Krossar, en sortant du village de Fáskrúðsfjörður. Leur nom, leur date de décès (quand elle est connue), le nom de leur bateau (même remarque).
Je savais déjà avant de venir qu’il y avait peu de chances pour que je reconnaisse le nom de l’un de mes ancêtres sur ces plaques de bronze. Pourtant, chaque généalogiste espère toujours trouver un nom qui le reliera au passé, j’ai donc lu ces noms un par un pour m’en assurer. Et je les ai photographiés pour permettre à d’autres généalogistes d’en faire autant plus tard.
Pour mes ancêtres marins, la période ne coïncide pas. En ce qui concerne mon grand-père, que j’ai bien connu, je ne sais toujours pas avec certitude s’il a fait halte ici dans ce village ; pourtant il y a de fortes chances pour qu’il ait foulé le sol islandais au gré d’une escale technique tout comme il a rapporté des photos le montrant aux côtés de femmes Inuits en costume traditionnel (vers 1930). À ce jour je n’ai pourtant trouvé nulle trace d’escales au Groënland pour lui. Alors le doute m’est permis en ce qui concerne l’Islande…
De toute évidence, ce cimetière au bord du fjord mérite que l’on s’y arrête quelques minutes, ne serait-ce que pour un hommage silencieux à ces hommes de courage.
Comme moi, vous reprendrez ensuite la route pour retraverser le village, et remonter vers le Nord par la route 1, et rejoindre la ville d’Egilsstaðir. À proximité je profiterai pendant quelques heures des bains thermaux à ciel ouvert de Vök, une halte fort appréciée même par – 2° et sous la neige !
Avez-vous déjà pris un bain dans un bassin thermal d’eau fumante et coiffé.e d’un bonnet de laine ? Essayez !
FAQ – Visiter le village islandais Fáskrúðsfjörður, recherches en généalogie
1. Comment savoir si un ancêtre marin est enterré au cimetière de Fáskrúðsfjörður ?
Le cimetière de Krossar recense 30 marins identifiés sur 49 tombes. La liste des noms est visible sur place sur le socle du monument aux morts. Le musée Fransmenn á Íslandi conserve également des archives et un livre des admissions de patients.
2. Peut-on visiter l’ancien hôpital français en Islande ?
Oui. L’hôpital a été restauré et abrite aujourd’hui le Fosshotel Eastfjords, un hôtel avec restaurant. Le musée est accessible au rez-de-chaussée et dans le tunnel souterrain reliant l’hôpital à la Maison du Docteur.
3. De quels ports français venaient les pêcheurs qui faisaient escale à Fáskrúðsfjörður ?
Principalement de Paimpol, Saint-Malo, Dunkerque, Fécamp, Gravelines, Lorient, Binic, Calais et Saint-Brieuc ; soit les grands ports de pêche de Bretagne et du Nord de la France.
4. Pourquoi la pêche française en Islande a-t-elle cessé ?
En 1935, le Danemark, qui administrait alors l’Islande, interdit définitivement la pêche dans ses eaux aux non-Islandais. Les dernières goélettes françaises avaient quitté Fáskrúðsfjörður aux alentours de 1930.
5. Y a-t-il des événements commémoratifs à Fáskrúðsfjörður ?
Chaque été, le village organise les Franskir dagar (French Days), une fête célébrant l’amitié franco-islandaise. Le village est par ailleurs jumelé avec la ville de Gravelines, dans le Nord de la France.
Envie d’en apprendre davantage sur mes deux voyages en Islande (2007 et 2023) ? Voici quelques pistes à explorer :
Blogueuse voyage depuis 2004, auteure, photographe, éditrice du magazine Repérages Voyages (en ligne, gratuit). Française, j’ai exploré 82 pays au fil des ans et vécu en différents endroits de notre belle planète (La Réunion, île Maurice, Suisse, Indonésie, Espagne). Très attachée au ton « journal de bord » plutôt qu’à une liste d’infos pratiques. Mon objectif ? Partager mes expériences de voyages avec ceux qui n’ont pas la possibilité de partir aussi souvent.
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