Le sable brun reste ferme sous mes pas tandis que je longe la plage en arc de cercle de Voidokilia, dans l’eau de mer cristalline jusqu’aux chevilles. Je tourne le dos à la douzaine de touristes grecs venus s’ébattre pour le week-end et je vais poser mon paréo plus loin, là où les autres ne sont pas. En France ou ailleurs, je ne supporte pas d’être sur une plage plus de trente minutes à ne rien faire. Et pas question d’être assise côte à côte avec d’autres couples, d’autres familles, d’autres groupes d’amis. Ici dans la région de Navarino en Messine, comme ailleurs, je cherche l’endroit paisible, solitaire. Et c’est au bout de cette plage.

Mais au bout de la plage j’hésite… Une dune de sable s’élève devant moi, avec une pente raide qui invite à l’assaut. J’arrime mon sac photo sur l’épaule et je grimpe pour aller voir là-haut, pour trouver un meilleur panorama. Le sable dur a soudain laissé la place à un sable fin, poudreux, et blanc. De celui qui cède sous les pas, qui fait reculer plutôt qu’avancer, de celui qui oblige à mériter. Je ne sais si c’est la meilleure technique mais j’accélère ma progression avec l’espoir de prendre le sable de vitesse : si je grimpe en courant, irai-je plus vite que le sable qui se défile sous mes pas ?

C’est à bout de souffle que je parviens en haut de la dune pour un premier arrêt ; car au-delà de la dune voici un chemin ébauché vers la falaise qui s’élève encore plus haut, comme un aimant irrésistible. Et planté sur le sommet de la falaise, les ruines d’un château-fort : serait-ce le fameux château de Nestor ?…

S’il est une satisfaction au pays de l’ouzo c’est celle d’être confrontée chaque jour à la mythologie de la Grèce Ancienne, à l’histoire des dieux qui se mêle à celle des hommes et des femmes qui forgent le pays aujourd’hui au rythme des saisons. Au détour de la moindre conversation, en réponse à la plus petite question, surgit un dieu, un mythe. Et dans la région de Messine les dieux sont rois ; à quelque cent kilomètres plus au nord se trouve Olympie, le sanctuaire.

Je visiterai Olympie dans quelques jours mais pour l’heure me voici sous les ruines d’un château dont je ne sais rien. Je sors mon guide Lonely Planet, et je cherche, je fouille. Résultat ?…

Non, je ne suis pas encore sous le château de Nestor mais sous celui de Paleokastro érigé sur un emplacement défensif exceptionnel à l’entrée de la baie de Navarino. Construit par les Francs (eh oui !) à la fin du XIIIème siècle avant d’être occupé par des mercenaires espagnols venus de Navarre en 1381 (d’où le nom de la baie), il surplombe cette superbe plage de Voidokilia et domine la grotte de Nestor (d’où ma confusion avec le château que j’irai voir demain) : on murmure que le dieu Hermès y aurait caché le boeuf d’Apollon. Mais quel boeuf ?… Il me faut replonger d’urgence dans les Contes et Légendes de la Mythologie Grecque…

Je referme mon guide et prend le temps de faire quelques photos. Je pousse la curiosité jusqu’à grimper sur cent mètres supplémentaires mais je suis chaussée de tongs cet après-midi, pas très indiquées pour gravir ce chemin de chèvre pierreux qui s’enfonce dans les buissons épineux qui couvrent la falaise ; il me faut renoncer à mon ascension.

Je m’assois alors quelques minutes et prends le temps de savourer le paysage : sur ma gauche la mer Ionienne lance mille feux sous le soleil de fin d’après-midi, à droite la petite baie de Voidokilia et plus loin encore voici la lagune aux oiseaux de Gialova. Une lagune qui attire les ornithologues de toute l’Europe. A l’hôtel The Romanos ce matin j’ai appris que 271 espèces d’oiseaux, dont quelques-unes plutôt rares, nichent dans la région de Navarino. Et puis l’on protège les tortues marines carettes qui viennent pondre sur les plages. Et il y aurait 53 épaves de navires turques, tunisiens et égyptiens coulés dans la baie de Pylos, un charmant village à une poignée de kilomètres plus au Nord ; des épaves coulées par une flotte d’alliés britanniques, français et russes en 1827. Je parie que j’y trouverai quelques centres de plongée…

Mon hôtel en Grèce… hôtel The Romanos, Costa Navarino
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