Islande, puits de glace Myrdalsjökull © Marie-Ange Ostré

Je vous ai raconté précédemment notre matinée en moto-neige sur le glacier Myrdalsjökull . Voici la suite de nos aventures sur ce glacier, dans la même journée :

Après notre déjeuner, et moins d’une heure plus tard, nous repartons sur les flancs du glacier Myrdalsjökull pour y tenter une expérience inédite pour moi : descendre au fond d’un puits de glace d’une vingtaine de mètres de hauteur.

Sur la lèvre du puits les géants islandais déballent du matériel : nous avons chaussé des crampons avant de grimper sur la glace bleutée et ils étalent les cordes, piolets et harnais pour une descente en rappel.

J’ai déjà pratiqué la descente en rappel en quelques occasions et je n’ai jamais apprécié, mais l’appel de la glace est plus fort et je veux absolument descendre jusqu’au fond du puits pour admirer ce que peu observent.

Le réalisateur descend en premier, avec sa caméra, pour filmer la descente de chacun de nous dans le puits. Il se positionne au fond, puis envoie le premier signal. Les uns après les autres mes collègues se laissent aspirer par le trou béant, guidés par les Vikings chevronnés qui nous accompagnent.

Puis vient mon tour : j’écoute les conseils du plus barbu des deux (presque hypnotisée par le bleu de son regard nordique), je m’approche du bord, me positionne dos au gouffre et j’entame ma lente descente en faisant de mon mieux tout en faisant confiance aux gros bras qui m’assistent en donnant du lest à la corde régulièrement.  Six mètres avant le fond le puits de glace disparait et j’oscille désormais sous une cavité sans murs. Le fond est sombre, je ne distingue encore que de grosses pierres humides et rondes. Un lit de rivière souterraine…

J’ai à peine conscience que l’on m’aide à ôter le harnais, trop impatiente de découvrir ce tunnel sous la glace où murmure le chant d’une eau vierge de toute impureté.

Atmosphère humide de glace et de cendres : nous sommes littéralement sur les pentes du volcan Katla, sous la glace du Myrdalsjökull.

Ce tunnel de glace à la lumière bleutée me fait penser vaguement à tous ces tunnels que vous empruntez dans des parcs d’attraction mais cette fois en grandeur nature. Un tunnel confidentiel, que peu arpentent. Ici la fonte de la glace a creusé un lit sur des roches qui roulent sous les pas comme des boules de pétanques sur un lit de cendres.

C’est d’une beauté à couper le souffle, mais si je devine une percée tout au bout là-bas qui débouche sans doute sur l’un des flancs du volcan, l’ambiance semble vite oppressante pour chacun de nous et personne ne rechigne à entamer la remontée lorsque le signal du retour est donné par le réalisateur.

Je suis la première à enfiler le harnais car je tiens à photographier chaque membre de l’équipe dans l’effort de sa remontée. On me hisse littéralement à bout de bras sur les six premiers mètres puis je fiche mes crampons sur les flancs du puits de glace comme on me l’a appris pour aider à ma remontée. J’ai le sentiment de ne pas trop mal me débrouiller même si je sais que l’Islandais costaud assure ma sécurité en surface.

Atmosphère humide de glace et de cendres : nous sommes littéralement sur les pentes du volcan Katla, sous la glace du Myrdalsjökull…

Au débouché du puits je m’affale à plat ventre sur la glace puis je rampe comme un lézard pour m’éloigner du bord le plus rapidement possible. Le harnais redescend très vite vers le fond du puits pour rejoindre l’équipe. Sous le regard attentif du géant blond je m’allonge à nouveau sur la glace et je me penche au bord pour photographier chacun. Des photos de tournage qui feront le bonheur de mes collègues masculins (et le tour des sites web des chaînes de télévision dans le monde qui diffuseront notre programme).

Lorsque tout le monde est remonté je change d’objectif sur l’appareil photo et j’explique à mon compère nordique que j’ai besoin d’une photo de la bouche du puits de glace en grand angle avec si possible son collègue dans la remontée. Il grimace d’abord, puis hoche la tête et glisse une nouvelle corde à ma taille.

Il s’éloigne de quelques pas, et enroule son bras autour de la corde pour m’assurer. Sous son regard attentif j’avance de deux ou trois pas, il m’ordonne d’arrêter.

Ça ne me va pas du tout, je ne vois pas encore la totalité du trou, j’ai besoin d’avancer plus ! Je le lui explique avec le sourire mais le temps presse. Le géant s’approche, comprend le problème, et glisse simplement sa grosse patte dans la ceinture de ma combinaison. Je doute que cela aurait pu me sauver la vie, mais au moins je peux m’approcher davantage du trou.

Sensation d’ivresse au bord du gouffre quand je me penche un peu en avant pour élargir mon cadre : le second Islandais est en train de remonter sur l’une des parois en ne s’aidant que de ses crampons et de ses piolets à une allure sereine mais sûre, régulière, c’en est presque majestueux.

Je ressens de l’admiration pour ces hommes de la glace et je prends rapidement trois clichés. Au troisième je sens une poigne de fer me tirer vers l’arrière fermement. « Assez« , me dit-il en souriant. Je le mordrais bien mais j’ai mes photos et lui reste conscient du danger pour moi, donc je m’éloigne et je le remercie d’un large sourire !

J’ai vécu ce jour-là quelques expériences inédites et de toute beauté que je ne renouvellerai sans doute jamais. J’ai encore envie de remercier ici tous les guides et spécialistes en tous genres que j’ai pu rencontrer tout au long de ces tournages pour la télévision.

Islande, puits de glace Myrdalsjökull © FLG

Ma petite personne, en pleine action. Contente d’avoir cette photo, même si elle n’est pas d’une netteté éblouissante (conditions difficiles sur ce glacier).

Accompagner des équipes de télévision pendant cinq ans fut un privilège dont je suis reconnaissante, et je me suis toujours bien entendue avec chaque membre masculin sans jamais me sentir mal à l’aise. De fait, certains d’entre eux m’ont même confié qu’ils étaient heureux d’avoir une femme au sein de l’équipe ! Je n’avais alors qu’une règle avec eux : ne jamais user de mon statut de femme, toujours me fondre dans le paysage, et ne réclamer aucun privilège particulier. Je dois admettre qu’il m’est souvent arrivé de dépasser mes propres limites pour que ma force physique inférieure à la leur ne pèse pas sur le déroulement du tournage ni sur mes compagnons d’aventure.

Par contre j’étais toujours une oreille attentive aux difficultés des uns et des autres. Je distribuais les antibiotiques dès les premiers signes de faiblesse, j’aidais à choisir les cadeaux-souvenirs dans les aéroports pour les conjoints et les enfants, et je me suis mise aux fourneaux deux ou trois fois. Tout cela avec grand plaisir.

Je suis toujours amie avec certains d’entre eux, et j’en suis à la fois heureuse et fière.

Cet article a été publié une première fois en mai 2009 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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