Voilà ! Nous sommes en Islande. Hier en fin d’après-midi nous étions plutôt heureux de poser le pied pour la première fois sur cette île scandinave, située si haut dans l’hémisphère que ses côtes Nord caressent le cercle polaire. Aéroport presque confortable, chaleureux. Peu de bruit, propre, rationnel, et pas de présentation de passeport si vous restez sur Reykjavik. Entre notre descente d’avion et notre sortie de l’aéroport, il s’écoulera à peine quarante-cinq minutes. Mais quand le tapis à bagages crache nos sacs, ils sont déjà mouillés par le court trajet de l’avion à l’aéroport…

caviar arctic Islande

Une pluie fine balaie le ciel tourmenté au-dessus des landes désertiques du paysage islandais que nous traversons. Quarante minutes de taxi pour ouvrir grand les yeux, absorber au plus vite les couleurs et les volumes, en prévision des jours à venir, pour anticiper sur les prises de vue. Quelques premières lumières rasantes sur les montagnes au loin nimbent la maigre végétation d’or. La terre est encre de seiche et j’ai la sensation qu’à peine le pied posé nous nous enfoncerons dans un épais tapis spongieux tant les mousses semblent épaisses. Île volcanique, l’Islande offre aux regards un sol en perpétuelle évolution, en constante frustration : les roches noires constellent les prairies et toute construction paraît impossible tant que la Terre continuera à vomir ces grosses pierres en surface. Contrairement aux apparences, alors que nous croisons si peu de personnes à pied pendant notre trajet sous un ciel qui s’est enfin éclairci, offrant même un bel arc-en-ciel complet au-dessus de la baie de Reykjavik qui scintille au loin, contrairement aux apparences l’Islande est vivante. Vivante d’un feu qui couve sous la surface, et sous la glace.

Mais avant de partir pour une semaine à la découverte de la première république à avoir élu une femme président, nous voici en stand-by à quelques cinq kilomètres de la capitale, perdus dans une banlieue pavillonnaire sans âme. Et quasiment sans âme qui vive ! En déchargeant nos bagages, le froid nous fait déjà frissonner. A peine 10° ici, après les 30° de Marseille… Puis nous étudions les possibilités peu nombreuses qui s’offrent à nous pour la soirée : taxi et restaurant dans le centre ville de la capitale, ou recherche de ravitaillement à proximité. L’Homme, chasseur, est prudent : il scrute le ciel et décide d’explorer les environs immédiats. Petite promenade à vive allure, pour ne pas se refroidir. C’est à peine si nous croisons une fillette couverte comme une petite Parisienne en novembre, puis un adolescent avec polaire fermée jusqu’au cou, blouson épais et joues pomme d’api. Il va falloir nous adapter très vite à la température ambiante et nous vêtir en conséquence !

Une petite supérette nous tend les bras et nous fouinons dans les rayons, curieux de découvrir ce que les Islandais consomment. Que pourrions-nous goûter à notre tour que nous ne connaissons pas ?… Sachets de harengs séchés et fumés, peu appétissants, pain noir, salami à foison (le Danemark n’est pas loin), filets de poissons congelés, chocolats aux amandes et au yaourt, et différentes salades de pommes de terre à la mayonnaise. La première difficulté est de déchiffrer les compositions : l’islandais est une langue totalement hermétique à l’anglais, l’allemand et l’espagnol que je connais. Impossible de comprendre quoique ce soit, et c’est à peine si les packagings nous orientent : la plupart n’illustrent en rien le contenu de ces petites boîtes réfrigérées de pâtés de poissons. Il nous faut supputer, deviner, comparer. Le ciel s’obscurcissant de nouveau à l’extérieur, et puisque nous disposons d’une vaste cuisine dans la guest house, nous décidons d’emporter de quoi improviser le dîner, et tant pis pour la virée sur Reykjavik.

Je vous passe nos délires sur la constitution de certains produits, et nous tombons d’accord sur un pain aux céréales, une pâtée bizarre qui s’avèrera être du saumon fumé et du blanc d’œuf dur hâché imbibé de mayonnaise (sur du pain noir ce n’est pas si mauvais), de la soupe de crabe (rien de luxueux, à peine une bisque, mais chaude !!!) et quelques pommes. Jusqu’à ce que nous tombions tous deux en pamoison : c’est un tube qui attise soudain notre convoitise, étiqueté « Arctic Caviar » ! Ca, tout le monde comprend. Sauf que nous, nous savons. Nous savons que ce n’est pas du caviar, mais un mets pour lequel nous nous découvrons mutuellement une petite faiblesse qui remonte à bien avant notre rencontre. L’Homme a, en d’autres temps, plongé en Laponie suédoise ; quant à moi, il y a plus de vingt ans, je découvrais la Norvège, la Suède et la Finlande, et j’y suis retournée plusieurs fois depuis. Ces trois pays vendent ce tube à gros bouchon, qui abrite une pâte onctueuse d’œufs de poissons, produit typique de Norvège (photo en tête d’article). Instantanément, vingt ans plus tard, la saveur salée sucrée me remonte en bouche et l’Homme s’exclame « j’adorais ça !« . Aussitôt le tube est embarqué. Il s’agit en fait de tarama façon scandinave, constitué d’œufs de morue fumés et broyés, liés à de l’huile, avec un peu de sel et de sucre. Couchez cela sur du pain noir, et dégustez. C’est juste délicieux, et c’est une belle réminiscence de nos voyages respectifs dans le Nord de l’Europe.

Nous avons juste eu le temps de regagner nos pénates avant que le ciel ne déverse à nouveau une pluie qui ne cessera plus. Ce matin, il pleut et il vente, par rafales successives, avec une température que je préfère ignorer mais qui m’a poussée à brancher l’un des radiateurs électriques mis à notre disposition. Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas emmitouflée dans un épais peignoir de bain en sortant du lit, bien longtemps que je n’avais pas frissonné en sortant de la douche. Pour la première fois depuis des lustres, nous avons sorti les chaussettes et les polaires. Et nous sommes contents d’avoir nos petites provisions puisqu’il est inenvisageable de sortir ce midi.

Hier soir les prévisions météorologiques énoncées à la télévision en islandais nous ont permis de comprendre (grâce aux pictogrammes sur les cartes) que les quatre jours à venir devraient être bien arrosés, partout dans le pays. Il va falloir toute notre détermination et tout le talent de Patrick Luzeux, notre réalisateur, pour tirer parti de la situation dans des conditions de tournage qui s’avèrent déjà… humides. Et comme, superbe nouvelle, nous disposons d’une connexion wifi, je vous en dirai plus dans quelques jours…

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