Mangues de La Réunion

L’île de La Réunion est riche de différents micro-climats qui lui permettent de cultiver plantes et arbres fruitiers à volonté. Parmi ces fruits, la mangue de La Réunion est sans conteste la plus plébiscitée.

C’est un babillage créole qui me réveille doucement ce matin, l’une de ces conversations que votre cerveau enregistre sans bien en comprendre tenants et aboutissants. Quelques mots volés au rythme de mon demi-sommeil et je prends conscience de ce nouveau matin qui se lève et de la chance que j’ai d’être en séjour sur l’une des plus belles îles de France : La Réunion.

La Réunion qui se plaît à être française et qui célèbre la visite du moindre de nos représentants politiques métropolitains. La Réunion qui se targue de posséder le plus haut sommet de tout l’océan Indien avec le Piton des Neiges qui culmine à 3 071 mètres. Celle qui chérit aussi ses trois cirques montagneux et son volcan qui tousse, qui hoquette puis explose plusieurs fois par an. L’un des volcans les plus actifs du monde…

La Réunion que j’aime pour y avoir vécu des moments paisibles et sereins pendant deux belles années.

Me voici revenue, pour quelques semaines à peine et je goûte le plaisir d’échanger avec les Réunionnais qui accueillent le visiteur avec le même sourire. Ce matin j’écoute les mots échangés entre les ouvriers qui ramassent les mangues tombées sous les arbres du domaine dans lequel j’ai loué un lodge, anglicisme adopté sous cette latitude qui facilite la mixité des cultures et des langues. Sur Maurice, l’île-soeur, la langue administrative est l’anglais même si la langue de conversation reste le français ou le créole. Et l’Afrique du Sud n’est pas loin, l’Asie non plus. Dans ces îles des Mascareignes on s’adapte à la pluralité, même linguistique.

Si je devais attribuer un parfum à ce séjour, il serait fruité, sucré. Si je devais lui octroyer une couleur, ce serait sans nul doute l’or de la mangue. Le manguier, “arbre du peuple” selon le sanskrit qui lui confère des origines au nord-est de l’Inde, entre Népal, Bhoutan et Birmanie. Un voyage à lui tout seul…

Une légende raconte que la fille du soleil “Suria bay”, pour échapper à la persécution d’un sorcier, se transforma en lotus doré. Un roi hindou tomba amoureux de la fleur, mais celle-ci fut brûlée par le sorcier. Un manguier naquit de ses cendres et le roi s’éprit à nouveau de la fleur, puis du fruit qui, une fois mûr, tomba au sol. De cette mangue naquit Suria bay qui épousa le roi.

De la même famille que le pistachier, le manguier s’est parfaitement naturalisé dans toutes les régions où il a été introduit suite à la propagation de son noyau par des moines bouddhistes puis, au fil des siècles, par les navigateurs arabes et phéniciens, espagnols et portugais, pour un tour du monde qui s’achève en Égypte et au Sud de l’Espagne au début du XXème siècle.

C’est au cours du XVIIIème siècle que les savants itinérants pratiquent l’échange de plantes et d’épices dans les îles des Mascareignes qui regroupent Réunion, Maurice et Rodrigues : le manguier est ainsi introduit sur l’île française et il deviendra l’arbre fruitier le plus cultivé sur l’île.

Si sa composition en fait l’un des fruits les plus riches en valeur alimentaire, les feuilles du manguier sont toujours considérées comme sacrées en certaines régions de l’Inde où elles participent à des fêtes saintes en guise de protection divine.

La plus grosse mangue découverte ce mois-ci sur le domaine Senteur Vanille pèse 960 grammes. Et tandis que les ouvriers s’éloignent sous les manguiers en ployant sous le poids des caisses alourdies par les fruits tombés pendant la nuit, je songe au petit déjeuner que je vais m’offrir : la veille, au cours d’une visite de son domaine, Alexandre Law-Yat – producteur comblé – m’a révélé la recette favorite de son épouse. Choisissant l’un des fruits rebondis récemment tombé sur l’herbe grasse du verger, il l’éventre d’un coup de couteau habile et fait vriller les deux moitiés en sens inverse. Il me tend la première, évidée, et arrache le noyau de l’autre moitié en utilisant ses dents comme une pince. Dans un cageot derrière nous, quelques fruits de la passion parfumés attendent d’être vendus sur le marché demain. Il en saisit quelques-uns, les ouvre, et fait glisser la pulpe et les petits grains au creux de nos moitiés de mangues. Deux petites cuillères
surgissent du 4×4, et voici une dégustation 100 % naturelle, 100 % convaincante.

Il flotte sur mon séjour comme un parfum de fruit d’or…

Envie d’en apprendre davantage sur ma vie et mes nombreux voyages sur l’île de La Réunion ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en mars 2010 sur mon blog dédié aux voyages pour le quotidien français Libération, blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux un intérêt informatif pour mes lecteurs. J’ai ajouté des photos à ces articles en les re-publiant ici mais il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à ces articles.

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