Tonga, ossements humains, île de Eua

Même si les tournages pour la télévision sont souvent très bien préparés à l’avance nous cherchons toujours sur place la séquence inédite, la surprise qui pimentera le film. Aujourd’hui on nous montre des ossements humains bien cachés…

Ne faites pas la grimace : tomber nez à nez avec des ossements humains cela arrive plus souvent qu’on ne le croit en divers endroits de la planète, et ça n’a rien de forcément morbide si l’on considère que ces os sont aussi des témoignages du passé, ou de certaines traditions de sépulture.

Même si parfois c’est plus macabre quand – aux Marquises – on nous explique que ce sont les restes de guerriers dévorés par leurs vainqueurs pour asseoir leur réputation d’invincibilité.

Ou comme à Bornéo quand on vous rappelle que les guerriers Dayak ou Iban il y a moins de 50 ans décapitaient encore leurs ennemis pour brandir leur tête au-dessus de pics à l’entrée des villages afin d’exhiber leur puissance. À Bornéo je n’ai vu que le crâne d’un orang-outan, mais les récits sont nombreux. D’ailleurs en Indonésie on murmure en famille que ces tribus de Bornéo n’auraient pas tout perdu de leurs traditions, encore de nos jours.

Aux Marquises dans le Pacifique j’ai tenu entre mes mains quelques crânes blanchis de guerriers tués au combat au milieu du XXème siècle. Pour en avoir contemplé de nombreux dans les musées occidentaux et pour avoir cohabité avec certains facsimile dans des salles de cours de sciences, je peux témoigner que l’on ne ressent pas forcément d’émotion à manipuler un crâne humain dans le cadre du tournage d’un film documentaire. Il faut savoir s’extraire du contexte de la séquence, se concentrer sur l’origine de ce crâne, imaginer son propriétaire pour laisser monter les émotions et réaliser enfin la signification de votre geste.

Ces ossements auraient donc sans doute beaucoup à raconter…

Loin de moi l’idée de dramatiser un tel geste, aux Marquises par exemple ces crânes et ossements sont quasi désacralisés, conservés pour certains en de petits musées locaux. Mais c’est uniquement l’émotion qui procure un minimum de respect quant aux humains de chair et de sang qui habillaient ces squelettes, ces os blanchis depuis par les décennies, abandonnés dans des grottes ou des fosses.

Sur l’île de Eua aux Tonga, il s’agit d’une toute petite grotte d’à peine un mètre de haut mais profonde, située à flanc de paroi. Nous sommes guidés par Peter, Tongien natif de Eua. Il nous affirme qu’aucun archéologue ou scientifique ne s’est encore intéressé à cette grotte et à ses ossements alignés côte à côte.

Peter explique que des adolescents viennent jouer ou fumer parfois par ici, ce qui expliquerait que les ossements aient été déplacés. Il ne peut donc nous certifier que les corps ont été à l’origine couchés là, côte à côte, et face à l’océan. Une vision romantique sans doute pour nous Occidentaux, vision contredite par l’un de nous lorsqu’il montre en silence – par respect pour Peter qui est resté à l’extérieur de la grotte – un petit trou bien circulaire à l’arrière de l’un des crânes, prouvant s’il en était besoin que l’une au moins de ces deux personnes a bel et bien été exécutée par balle.

On raconte aussi encore dans tout l’archipel la férocité des combattants qui a fait la réputation de Eua.

Ces ossements auraient donc sans doute beaucoup à raconter…

Ces photos sont là aussi pour vous montrer nos conditions de travail parfois : quand il faut ramper sous les toiles d’araignées ou parmi d’autres insectes, dans des espaces confinés, pour vous montrer, pour témoigner. Efforts physiques mais aussi difficultés parfois à respirer quand l’air est rare ou étouffant d’humidité comme ici dans cette grosse basse.

Sans compter les conditions techniques pour filmer : ici, il faut ramper sur les coudes et genoux devant la caméra de Patrick recroquevillé sous la voûte pour réussir à tourner la séquence, tout en veillant à ne rien toucher, à ne rien déplacer, et surtout à ne rien détériorer.

Nous nous efforçons toujours de respecter les lieux, les traditions, et les personnes, ne serait-ce que pour honorer nos hôtes nous ayant autorisés à pénétrer en ces lieux et parfois – comme aujourd’hui – à y filmer.

 

Edit de décembre 2007 :

En septembre 2007 une équipe d’archéologues nous montrera d’autres ossements humains au Groenland dans ce qui semble être un ancien cimetière. Quelques jours plus tard, plus au Nord sur des îles isolées du Groenland non loin de Tulé ce sont des sépultures de pierres couvrant des squelettes que l’on nous désignera : sur une terre gelée douze mois de l’année il est impossible d’ensevelir les défunts.

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage dans les îles Tonga ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en juin 2007 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». J’ai ajouté davantage de photos à ces articles en les re-publiant mais malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à ces articles, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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