Lac de ZurichLe soleil brille crânement dans un ciel hésitant sur la nuance de son bleu. Quelques nuages tentent de s’imposer, vite repoussés par la légère brise qui rappelle sournoisement qu’hier il ne faisait que 8° vers midi. En pull léger ou tee-shirt à manches longues, les Zurichois se promènent sur la rive aménagée de ce lac de 42 km de long en jouissant avec bonhomie des derniers jours d’un été vieillissant.

Assise sur un banc au soleil je regarde passer une jeunesse dorée qui n’est pas encore atteinte par l’obésité mondiale. Arborant lunettes de soleil griffées et sacs aux logos explicites, les demoiselles échangent dans une langue que Goethe ne maîtrisait sans doute pas : les sonorités rocailleuses rebondissent sur des roulements de R et même si je happe quelques mots issus de mes années d’études je serais bien incapable de soutenir une conversation en suisse-allemand.

Tandis que quelques voiliers s’élancent sur le miroir frémissant du lac, trois enfants nus pataugent sur le bord. Peaux roses de chérubins blonds surveillés par des parents attentifs, ils n’ont pas l’air de souffrir d’une température que je ne souhaite même pas connaître… Plus loin c’est une dame d’un âge respectable qui se glisse à l’eau pour rejoindre l’un des cygnes en quelques brasses.

Je suis surprise par le nombre de patinettes qui défilent sous mes yeux : jeunes et moins jeunes parcourent les allées du parc en un temps record sur ces petits bolides d’un autre temps, remis au goût du jour. Les bébés sont tous de sortie dans des poussettes high-tech, pilotées par des pères appliqués qui ont sans doute remisé Audi, Porsche ou BMW pour l’après-midi.

Des seniors à l’orée d’une retraite visiblement opulente se croisent à vélo, vêtus de Ralph Lauren qui ne doit rien aux imitations achetées dans des contrées avantageuses. Ici, l’homme de soixante ans porte haut le bronzage sous des cashmeres blancs et des pantalons de bon faiseur.

La célèbre croix blanche du drapeau suisse flotte à l’arrière des bateaux qui font la traversée à intervalles réguliers. Ce drapeau que l’on retrouve un peu partout en ville, et jusque sur certaines plaques de chocolat…

Au moment où deux grand-mères apprêtées comme des ladies et embaumant l’essence de rose du Paris de YSL passent en m’adressant un léger sourire bienveillant, je me demande si je pourrais vive dans ce pays où la sécurité règne en maître mais où le moindre faux pas est lourdement sanctionné. Plus tard dans la journée mon amie me racontera avoir payé immédiatement la semaine dernière une amende de 100 Francs suisses pour un dépassement de 10 km / heure en ville, et nous chercherons âprement tout à l’heure les sacs poubelles municipaux que chaque citoyen doit acheter pour participer aux dépenses liées à la gestion des déchets. En contrepartie, elle laisse sans sourciller un bagage ou une veste sur le siège arrière de sa voiture et Zurich est d’une propreté exemplaire…

Au loin sur l’autre rive les ors d’un clocher étincelant sous le soleil insiste sur le potentiel économique d’une ville où banques et assurances font la prospérité de la majorité. Tandis que je réprime le premier frisson de cette fin de journée et qu’un groupe d’adolescents s’éparpille joyeusement quelques mètres plus loin, mon regard glisse sur les statues de bronze ou de marbre rouge mises à disposition des promeneurs.

Les rives du lac offrent aux riverains un moment de sérénité, de celle qui suit parfois les tempêtes et qui préfigure des accalmies. A Zurich ce soir, l’air embaume la fin de saison et le bien-être. Au terme d’une visite de trois jours j’ai pourtant eu l’impression, parfois, d’évoluer dans un décor de la série télévisée Le Prisonnier, trop aseptisé, figé dans le temps…

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