Récit plongée île MauriceAprès un arrêt en plein village chez un réparateur de pneus, nous sommes arrivés sous la pluie à l’hôtel Belle Mare Plage, luxueux établissement de la côte Est de l’île Maurice. Le centre de plongée dirigé par Jean-Michel Langlois, l’un de mes meilleurs amis mauriciens, est petit mais bien agencé, sur la plage, face au lagon et au-delà face à l’océan qui n’est guère calme ce matin ! Pourtant en moins d’une heure, nos bouteilles sont équipées, le seul client volontaire a été récupéré en semi-rigide à l’hôtel Prince Maurice juste à côté, et nous prenons la mer…

La plage de l’hôtel Belle Mare Plage à l’île Maurice

Jean-Michel souhaite me faire plonger sur la Passe, celle qui permet aux embarcations de quitter le lagon vers la haute mer, puisqu’à cet endroit se postent toujours du gros pélagique en attente des poissons qui sortent du lagon : raies aigles, barracudas de taille respectable, requins, carangues, etc… Mais la mer nous offrant des vagues de plus d’un mètre cinquante de haut, le bateau peine un peu à sortir du lagon… Nous sommes donc largués un peu plus loin, en pleine mer mais à proximité d’un récif… Plongée d’exploration !

Descente directe jusqu’à 30 mètres dans une visibilité moyenne. Plongée de 50 minutes, à quatre : deux plongeurs, Jean-Michel et l’un de ses moniteurs. Royal ! Peu de courant. Je suis surprise par la richesse des coraux à cet endroit : plus riche qu’à Trou aux Biches, dans l’Ouest ! Rien de gros, ni de grand, mais de la diversité : coraux patates, corail cerveau, éponges, alcyonnaires, corail cuir, corail de feu, et tout son assortiment de petits poissons de récifs.

Jean-Michel déniche très vite deux nudibranches dont un tout petit, à peine deux centimètres de long, transparent bordé d’orange vif. Deux grosses carangues nous frôlent nonchalamment avant de s’éloigner dans une belle indifférence. Mais j’ai beau scruter le grand bleu, foin de bestiole à aileron ou de profil de raie !… Nous remontons en surface, palier à trois mètres difficile à maintenir étant donné la forte houle et remontée agitée sur le bateau : les vagues nous plaquent contre la coque et le décapelage est mouvementé. Plongée agréable, mais pas exceptionnelle. J’attends mieux. Dès le retour sur le bateau il s’avère qu’il nous sera impossible de replonger dans l’après-midi : la mer est trop mauvaise, les bateaux ne sortiront pas. Là est l’écueil des plongées dans l’Est : quatre mois dans l’année, la mer est quasiment impraticable, cette côte étant la plus soumise aux vents. Avantage : ces sites sont beaucoup moins fréquentés et donc beaucoup mieux préservés… J’ai hâte de revenir fouiner un peu dans le secteur…

Déjeuner agréable avec Jean-Michel à la terrasse du restaurant de l’une des piscines. Délicieuse salade d’ourites cuites à la vapeur et à la citronnelle, agrémentée de lamelles de concombre, de dés de tomates et d’un filet de vinaigre balsamique. Suivie d’un gâteau au chocolat amer à la crème de vin. Très à la mode la crème de vin ici !… Jean-Michel qui est encore plus gourmand que moi me suit dans cet excès de sucrerie. Et il s’en félicite : il n’avait jamais goûté celà auparavant !

La plage du Belle Mare Plage Hotel à l’île Maurice

Après-midi lymphatique… Jean-Michel doit rester au centre, sa présence est exigée par la direction de l’hôtel avec laquelle il a une réunion mensuelle cet après-midi. Je ne sais par quelle intuition, pour la première fois depuis le début de ma petite carrière de plongeuse, j’ai emporté un livre avec moi ! Heureuse initiative… Je me pose sous une paillote sur la plage et profite du vent et du ciel gris pour commencer ce livre Profileuse, un métier ou la description par le menu des techniques d’élaboration d’un portrait robot des serial killers. Un peu décalée comme lecture sur une plage de sable fin… Mais fort intéressante.

En hôte accompli, après sa réunion Jean-Michel me fait visiter l’hôtel splendide : un hall superbe comportant des pièces d’eau, aux murs de pierre apparente avec des étagères d’acajou percées par endroits, permettant l’exposition de vases de verre coniques et translucides emplis de fleurs de lys et d’orchidées blanches… Un parfum de vanille constant dans les couloirs en plein air et les atriums. Des meubles coloniaux de bois sombre et de lin disposés stratégiquement au hasard des promenades. Quatre piscines aux plans géométriques, autant de restaurants gastronomiques autour. La plage est superbe, sable fin qui s’étend sur deux kilomètres jusqu’à l’hôtel voisin : le Prince Maurice, classé parmi les vingt premiers hôtels du monde.

Re-lecture sur un transat. Et la pluie cessant un peu, je me promène ensuite les pieds dans l’eau jusqu’au Prince Maurice et retour. Dommage que le temps soit si sombre, mes photos auraient pu être belles. Mais si le ciel couleur de plomb tranche agréablement sur le turquoise du lagon, les vagues trop visibles cassent de leur violence suggestive l’harmonie des couleurs. Ce ne sont que des photos de plage par mauvais temps. Manque d’intensité dramatique. Mais le cyclone couve…

Vers 16:30 Jean-Michel décide de libérer son personnel, aucun client ne se présentera plus : il pleut à verse depuis un bon quart d’heure et aucun touriste ne s’aventure à l’extérieur. Nous courons jusqu’à la voiture et là, le monsieur décide qu’il a faim : petit arrêt dans une gargote de fin du monde à l’entrée du bourg de Centre de Flacq. Il choisit un gros sandwich fourré au carry bœuf et achète deux pâtisseries indiennes dont il faut que je goûte l’un des spécimen : une sorte de viennoiserie fourrée à la crème pâtissière agrémentée de noix de coco. Pas mauvais. Mais étouffe-chrétien ! (si j’ose dire, en parlant d’une pâtisserie indienne…).

Ensuite, devant l’une de mes questions sur un tortillon orange vif dans la vitrine, il décide d’un autre arrêt sur l’artère principale de Centre de Flacq habituellement encombrée de véhicules de tout poil. J’ai toujours l’impression d’être en plein cœur de Calcutta à cet endroit, même si je n’ai encore jamais mis les pieds en Inde : femmes en saris, hommes en chemises blanches au regard de braise, bazar indescriptible sur les trottoirs et petites carioles vendant des samoussas, bonbons piment et autres gourmandises confites d’huile.

L’assistante de Jean-Michel descend rapidement de la voiture et elle entre dans une boutique au rideau de fer à demi baissé pour protéger de la pluie battante. Jamais je n’aurais imaginé qu’on vendait quoique ce soit là-dedans… Elle remonte en voiture trois minutes plus tard, armée de deux sachets de papier blanc déjà tachés de gras. Jean-Michel se pourlèche d’avance, il insiste pour que je goûte et étant toujours partante pour les expériences culinaires, je lui fais confiance : le tortillon orange vif que l’on retrouve dans les pâtisseries orientales en France est en fait un concentré de jus d’orange très sucré et frit dans l’huile, poisseux à souhait. Très parfumé mais un peu écœurant. L’autre pâtisserie nous permet de rire un peu : la forme en est assez suggestive, Jean-Michel propose le qualificatif de phallus ou d’étron, c’est dire !… De couleur brun clair, étiré comme une banane en beignet, il s’agit d’un beignet de pâte d’amandes !… J’adore la pâte d’amandes, et il le sait ! Assez bon, même si j’aurais pour ma part volontiers retiré la pâte à beignet qui ressemble en fait davantage à une pâte à pain gonflée d’huile. Je tiens bon et je ne mange que la moitié de celui de Jean-Michel, je réussis à ne pas aller au-delà. Rien qu’à le regarder, ce truc-là est un crime pour la silhouette. Et je ne suis pas habituée à ce régime !

Après un trajet animé par diverses plaisanteries il me dépose à mon studio de Trou aux Biches sous une pluie battante. Douche, et coup de fil à mon amie Sylvie en vacances pour la semaine : nous avons décidé d’aller dîner ensemble au Capitaine. Elle est passée me prendre en taxi, c’est sur le chemin, puis dîner tranquille, sous la varangue à proximité de Grand-Baie : gratin de fruits de mer suivi de brochettes de poulet tikka. Pas de dessert ce soir. Déjà trop abusé aujourd’hui !

 

Extrait de mon journal de plongeuse, île Maurice
(10 février 2003)

 

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