Récit photo sous-marine ile MauriceIl y a bien longtemps que je ne vous ai pas parlé photographie sous-marine. Pourtant il y a tant à raconter… Alors feuilletons un peu mon journal de plongeuse… Vous êtes nombreux à m’en parler, donc je vous emmène encore à l’île Maurice cette semaine (le temps d’un petit clin d’oeil à Denis, Véronique, Hélène, Mercedes, Amaury et autres amoureux de Maurice…), pour une courte escale mais surtout pour vous conter une mésaventure qui m’est arrivée en compagnie de Hugues Vitry et de son moniteur, Bruno Ozone.

Bruno Ozone et une murène javanaise (île Maurice)


Hier, plongée agréable sur Roche Baleine un site que je connais déjà bien, un petit 25 mètres mais je suis descendue à presque 30 pour photographier un couple de poissons-clowns sur une anémone), eau claire, pas de courant, des poissons de récif mais rien d’extraordinaire. Jusqu’à ce que Bruno attire mon attention. Sur une roche, une anémone de mer fixée à la verticale et formant comme une lèvre inférieure boudeuse. Rien d’ahurissant.

Je hausse les épaules à l’attention de Bruno et je vois alors son œil pétiller : il pointe son doigt au centre de l’anémone et là je découvre un amour de crevette toute petite, quatre centimètres de hauteur à peine, plantée la tête en bas, la queue en l’air, translucide comme toute crevette vivante qui se respecte, avec deux points jaunes sur les feuilles de la queue, un point bleu sur le corps. A la limite, on pourrait penser à un bébé homard…

Poissons-clowns au coeur d’une anémone de mer (île Maurice)

Trop heureuse, je prends une première photo. Dans mon cadre j’aperçois quelque chose qui bouge, je sors de derrière mon viseur et regarde plus attentivement : un bébé crevette, d’environ deux centimètres de long qui gesticule avec ses petites pinces dressées. Adorable ! Je suis certaine que je ne verrai rien sur la photo, c’est trop petit et je n’ai pas l’objectif pour la macro, mais c’est juste pour le plaisir…

En regardant bien nous avons découvert une troisième crevette, dite crevette nettoyeuse celle-ci, juste au-dessus de l’anémone. Je suis tombée sur un repaire de crevettes ! D’habitude on les distingue surtout la nuit, à la lampe, lorsqu’elles sortent. La crevette nettoyeuse, aux pinces zébrées de magenta et blanc avec ses antennes qui s’agitent furieusement, doit être longue comme ma main. Ces crevettes translucides mais colorées me font penser à des figurines de cristal.

Sitôt après, Bruno nous fait le signe indiquant la fin de la plongée, et nous remontons sagement jusqu’au palier de trois mètres. J’ai alors la tête pleine de mes crevettes, très heureuse d’avoir fait ce matin-là de jolies photos de coraux mous en prenant mon temps pour bien calculer la distance et la lumière puisque l’absence de courant s’y prêtait, etc… J’ai déjà hâte de voir le résultat sachant que j’ai aussi utilisé de la diapo pour celles-ci.

Hugues nous rejoint au palier avec sa palanquée. De loin, il me fait signe que je mérite la fessée parce que je suis toujours trop éloignée de mon binôme lorsque je fais des photos (ou est-ce lui qui se tient trop éloigné de moi ?… il y a matière à débat !) ; il m’a raconté plus tard qu’il se trouvait déjà à un palier intermédiaire à 6 mètres puisqu’il avait accompagné une plongée profonde, et il voyait un groupe de bulles remonter en surface, et une douzaine de mètres plus loin les éclairs de mon flash et mes bulles toutes seules, puis il avait suivi du regard la progression accélérée de mes bulles vers les autres juste avant la remontée ensemble au palier. Il ne faut pas oublier que Hugues, en plus d’être le top incontesté de la plongée à Maurice (toutes les V.I.P. couronnées ou argentées passent aussi chez lui), est aussi biologiste marin à ses heures, mais surtout un photographe sous-marin de renommée mondiale, engagé activement au sein de diverses associations locales ou internationales concernant la plongée et la défense de l’environnement marin, et accessoirement mon professeur de photo sous-marine, j’écoute donc religieusement ses conseils, félicitations et critiques. Ces petites conversations par signes au palier sont monnaie courante : elles nous permettent aussi de faire passer le temps plus vite.

Je souris donc sous mon masque, joue les petites filles navrées, tout le monde s’amuse, c’est bien, c’est le jeu. Je m’en fiche : j’ai fait des photos de crevettes géniales !…

Mouais…

A ce moment-là Hugues penche la tête sur le côté en me regardant puis il s’approche lentement d’un battement de palmes fluide. Il avance la main vers moi, touche l’appareil photo que je tiens toujours prudemment contre moi aux paliers, la retire et ouvre la main devant mon regard étonné pour me montrer : le cache de l’objectif !… M… !!! J’ai fait vingt-deux photos ce matin avec le cache vissé sur l’objectif !!!… J’ai envie de hurler sous l’eau, d’ailleurs je pousse un couinement de souris décapitée ! Hugues me regarde avec un regard amusé, croise les mains sur son torse et hausse les épaules d’un mouvement fataliste. Les autres sont surpris ou se bidonnent… Si je le pouvais, je trépignerais sous l’eau tellement j’enrage !

Nous remontons sur le bateau les uns derrière les autres, j’évite Hugues prudemment, je me cache derrière ma bouteille que je déséquipe, mon détendeur que je range plus soigneusement que d’habitude, mon masque que je rince alors que je ne le fais souvent qu’en rentrant à la maison, etc… Bref, je fuis soigneusement l’œil goguenard du maître…

Pendant que Hugues lance les moteurs du bateau, je réponds obligeamment aux quolibets des plongeurs qui se sont repassé le mot, j’explique ma bêtise et ma frustration devant toutes les photos que j’avais soignées et mes fabuleuses crevettes manquées. Tout en me cachant derrière la carrure d’un plongeur photographe, baraqué mais mort de rire… Bref, je joue à cache-cache avec mon ami Hugues. Mais il connaît son bateau mieux que moi, passe les commandes à son second, me cherche, me trouve et se plante devant moi. Je cache mon visage derrière mes mains mais il me dit avec son adorable accent mauricien :

j’ai un cadeau pour toi…

et il m’offre le cache-objectif cérémonieusement. Puis il explose de rire !

Ils m’ont plaisantée pendant tout le trajet de retour vers le ponton, Hugues m’a consolée en expliquant que cette mésaventure le faisait rire parce que ça lui rappellait toutes les bêtises faites à ses débuts : oublier de mettre une pellicule dans l’appareil, oublier de mettre le flash en fonction en surface puisque, plus bas, avec la pression de l’eau c’est trop tard (ça m’est arrivé lundi dernier…), ne pas recharger les batteries de son flash la veille, oublier le cache sur l’objectif, etc… Et évidemment, c’est immanquablement le jour où il se passe quelque chose d’intéressant !

(extrait de mon journal de plongeuse, 21 août 2001)


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