Botswana, l’une des tentes de luxe à Abu Camp © Marie-Ange Ostré

Après avoir bataillé pendant trois jours pour retrouver un blog fonctionnel, j’ai laissé mes souvenirs m’entraîner si loin ce matin que j’ai eu du mal à en revenir pour vous raconter l’une de mes escales de rêve.

Si je vous laisse à entendre, parfois, les difficultés que nous rencontrons sur le terrain, s’il ne faut pas oublier que nous avons, en majorité, des conditions de vie que vous n’accepteriez pas pendant vos voyages, j’aime aussi à vous décrire les quelques lieux exceptionnels dans lesquels nous avons la chance de séjourner pour une nuit, ou quelques heures. Je sais que vous êtes moins friands d’Afrique que de mes îles sous le soleil, mais laissez-moi vous emmener là où quelques rares privilégiés ont le bonheur de vivre, au milieu de nulle part, au fond, tout au fond du Botswana…

Nous voici au coeur du delta de l’Okavango, dans un domaine si vaste qu’il faut plusieurs jours pour en faire le tour : Abu Camp. Créé il y a dix-sept ans par Randall Jay Moore, cette propriété aux multiples hectares est une immense réserve. L’objectif de Randall ? Réintégrer à la vie sauvage les éléphants issus de cirques ou de zoos du monde entier, en les assistant. Et dans ce domaine sans clôture qui dispose de multiples points d’eau (étangs, lacs, marais, bras du delta de l’Okavango), tous les animaux du Botswana accourent pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Randall est, je l’apprendrais très vite, un charmeur, et un homme d’affaires, mais de goût : il s’installe au Botswana avec un camp sommaire et quelques tentes, et flaire très vite l’intérêt touristique d’une telle propriété à condition de s’orienter vers le haut de gamme pour financer ses actions diverses en faveur de la protection des animaux. Après avoir développé pendant quelques années un camp d’une dizaine de tentes aux dimensions confortables, il a aménagé plus récemment un autre site à quelques kilomètres, face à un petit lac entouré de bois touffus, avec une volonté délibérément plus élitiste. Et le résultat est tout bonnement à la hauteur de ses ambitions : unique !

Si je me demandais à quoi pouvait ressembler le luxe dans la savane africaine, j’ai rapidement compris…

Nous avons passé quatre nuits dans ce petit paradis, au cœur de la vie sauvage, et dans un confort exceptionnel pour l’endroit. Huit tentes indépendantes dressées sur pilotis, sur des planchers de bois verni, avec des accès privés afin de préserver toute intimité ; elles courent autour du lac, dans une végétation permettant de profiter des oiseaux, mais aussi des serpents qui se défilent soudain sous vos pas… Je m’offre à peine un petit frémissement d’intérêt négligent tant je suis impatiente de découvrir l’intérieur de la tente royale qui nous a été réservée (privilège du couple, en défaveur des autres membres célibataires de l’équipe qui n’auront tout de même pas à se plaindre).

Si je me demandais ce que pouvait être le luxe dans la savane africaine, j’ai rapidement compris : une jeune femme avenante mais discrète, au sourire explosif, ouvre chacun des pans de notre tente en nous rappelant qu’il faut prudemment utiliser les fermetures à glissière chaque nuit pour éviter l’introduction d’insectes déplaisants, de petits rongeurs ou de serpents tel celui que nous venons de faire fuir… Je note l’information et l’appliquerai scrupuleusement, faites-moi confiance.

Puis elle me laisse entrer et je ne fais pourtant qu’un pas sous l’immense toile de tente greige qui abrite notre espace pour les jours à venir : je suis soudain transplantée dans un décor digne des grands films hollywoodiens, de ceux qui racontaient les transhumances d’explorateurs du début du siècle dernier !

Un immense lit à baldaquin trône dans la chambre, avec un amoncellement de coussins, oreillers et gros édredon (que j’apprécierai à la nuit tombée). Des tapis tissés sur le sol, des tables basses, des meubles de chevets en bois précieux, des fauteuils au tissu rebrodé autour d’une table basse, des photos encadrées avec goût, quelques livres de choix, des lampes au pied de cuivre,… Tout concourt à recréer l’ambiance de l’Afrique ancienne, de cette Afrique coloniale qui a charmé les Occidentaux. Jusqu’au ventilateur sur pied qui est habillé de cuivre…

Mais mon plaisir de « fille » est ailleurs : nous sillonnons les routes depuis quinze jours, au Malawi, en Namibie et au Botswana. Quinze jours à avaler la poussière, à compter les douches sur les doigts de la main, à profiter du moindre espace privé pour faire un brin de toilette. Et là, derrière l’immense lit qui me tend les bras, je découvre un autre espace ouvert avec des penderies, des toilettes indépendantes (chasse d’eau traditionnelle à poignée de bois verni), et une salle de bains dont je tombe immédiatement amoureuse : j’ignore la douche façon tente berbère et le lavabo encastré dans du bois précieux pour me concentrer sur la superbe baignoire de cuivre qui, dans la lumière du couchant, joue la carte de l’éblouissement au gré des reflets du soleil sur sa peau dorée !…

J’écoute à grand-peine les instructions de la jeune femme qui s’acharne à vouloir m’expliquer comment fermer le coffre-fort dont je n’ai que faire ici, puis, dès qu’elle nous abandonne à notre propre sort, je me jette sur mon sac de voyage. Elle a pris le temps de me signaler que chaque tente dispose de sa cuve d’eau indépendante chauffée par le soleil, et je n’ai pas l’intention de m’en priver ! Trousse de toilette, shampoing, après-shampoing, je jongle avec dextérité avec les éléments essentiels à mon bien-être parce que, égoïstement, j’ai bien l’intention de profiter de la concentration de l’Homme sur d’autres éléments (le moelleux des oreillers…) pour jouir du confort dont nous avons été privés ces derniers jours : une immersion totale dans un bain de jouvence !

C’est l’effet que me feront ces vingt minutes de béatitude à l’abri des flancs cuivrés de ma baignoire de charme, au son des stridulations d’insectes nocturnes qui s’ébrouent dans les arbres qui nous isolent des regards, en écoutant le chant de quelque oiseau mystérieux qui salue la tombée du jour, dans les lueurs mordorées qui filtrent à travers la moustiquaire des fenêtres laissant apercevoir la cîme des arbres. Un pur moment de bonheur…

Pour le dîner nous rejoignons nos amis autour de la table d’hôte qui s’anime au gré des plaisanteries de Randall et auxquelles ses managers répondent avec bonhomie. L’ambiance est à la bonne humeur, dans des plaisirs simples mais avec le souci constant d’une sophistication discrète qui rivalise avec l’élégance. Sensible aux détails je remarque les couverts d’argent, la porcelaine fine, la nappe damassée. Un chemin de table a été dressé par des mains anonymes mais douées, mêlant branchages et fruits, fleurs et épices, pour s’harmoniser avec les effluves subtiles des mets qui nous sont offerts. Grillades abondantes et cuites à la perfection (et j’apprends combien de temps nécessite celle d’un cuissot de gazelle), légumes fondants et parfumés, crème brûlée à la cardamome embaument l’atmosphère et participent à notre décontraction (ou est-ce la sélection de vins associés ?…).

Une soirée d’exception, dans un lieu d’exception.

Nous passerons quatre jours en compagnie de Randall pour filmer ses éléphants et parcourir son domaine en tous sens. Quatre jours de travail intensif mais dans des conditions qui reflètent le plaisir de ses hôtes, triés sur le volet. Je ne vous parlerai pas ici des tarifs (ils incluent le transfert en avion privé depuis l’aéroport national), cela gâcherait peut-être votre lecture. Favorisons le rêve au détriment de la réalité…

D’ailleurs vous le savez depuis quelques années déjà, je ne parle jamais de tarif : sur Internet les prix deviennent vite obsolètes, parfois même d’une semaine à l’autre en fonction du remplissage des hôtels.

Néanmoins, si vous aussi vous avez envie de vivre une expérience incomparable à Abu Camp, sachez que l’autre camp, plus « modeste » (le terme est mal choisi parce que le confort y est important) est tout aussi agréable tout en étant moins récent, donc moins cher également. Je vous laisse regarder les photos ci-dessus afin de pouvoir comparer.

Les deux camps ne sont éloignés que de quelques kilomètres d’une piste de sable sur laquelle vous croiserez phacochères et kudus. Chaque tente est aménagée pour deux personnes, dans un décor moins opulent mais tout aussi recherché. Pas de baignoires, mais une douche pour chaque tente conçue pour deux personnes, en lit double ou lits simples.

Si j’ai eu l’occasion de goûter aux charmes de nombreux hôtels exceptionnels un peu partout dans le monde, je ne m’attendais pas à vivre l’ambiance d’Abu Camp, avec des détails qui font toute la différence, tel mon thé earl grey servi sur la terrasse au lever du soleil lorsque la jeune femme vient murmurer devant votre tente qu’il est temps de songer à ouvrir les yeux…

Sortir pieds nus sur le plancher de bois, parcourir une dizaine de mètres dans la lumière rosée du matin pour chercher du regard les girafes, les hippopotames ou les éléphants qui boivent encore autour du lac face à votre tente, écouter l’éveil de la savane et respirer les premières senteurs du jour faites de bois odorants et d’herbe sèche, tout cela participe à la magie d’un séjour dans un autre monde, dans un autre temps.

Essayez. Vous verrez…

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage au Botswana ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en mai 2008 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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